William Malatrat évoque sa belle actualité sur les planches !

Bonjour William,
Merci de nous accorder un peu de votre temps.
Vous serez sur scène, tout le mois de juillet, au Festival d’Avignon, avec la pièce « Quel beau dimanche ! » d’Élidie Duranton. Pièce dont vous êtes aussi le metteur en scène et qui sera proposée à 21h 30 à l’espace Roseau Teinturiers. Pour commencer, comment présenter ce spectacle ?
C’est avant tout une comédie. Dans un second temps, je dirai que c’est une comédie qui se rapporte aux divers aspects de la vie sociale des individus, une comédie « sociétale » donc. C’est un terme que j’ai trouvé et qui correspond assez bien à ce que l’on a voulu faire avec ce spectacle. On campe quatre personnages, un père de famille, sa femme et ses deux filles d’une vingtaine d’années. Le premier cité, que je joue, est le maire conservateur d’un petit village auvergnat, ce qui va engendrer pas mal de joutes amusantes et intenses.
Le politique et l’intime vont complètement se mélanger parce que Christian Michodeau a décidé, ce dimanche là, d’annoncer, au moment du traditionnel « rôti – pommes de terre », qu’il se présente aux prochaines élections législatives. C’est, du moins, ce qu’il croit pouvoir faire. Il s’avère que sa femme Hélène et ses deux filles, Clara et Sophie, ont décidé, ce jour-là précisément, qu’elles avaient elles aussi de grandes choses à annoncer à la famille sur leur choix de vie et de carrière. La mère informe par exemple qu’il y aura du poulet bio à table et non pas de rôti... A partir de là, on va apprendre beaucoup de choses sur chacun des personnages et Christian ne va jamais pouvoir faire son annonce et va aller de surprises en surprises en frôlant les crises cardiaques. Sa femme Hélène va bien entendu apporter son grain de sel dans tout ce remue-ménage…
Je ne vais pas tout dévoiler du spectacle. Je dirais simplement que les thématiques sont celles du monde dans lequel nous vivons tous. Grâce à ce huis-clos familial et ces personnages hauts en couleur, on essaie de coller en permanence à l’actualité, pour le plus grand plaisir du public qui s’y retrouve à la seconde même. Les spectateurs sont aussi des citoyens face à cette histoire de révélations. Il n’y a aucune moralisation, ce ne sont pas les gentils contre les méchants, ce n’est pas une pièce politique, c’est pour cela qu’elle est sociétale. On ne prend pas parti, on n’est pas dans le débat « pour ou contre » ceci ou cela, on cherche uniquement à montrer que les personnages se révèlent et s’émancipent face à une forme de « conservatisme » symbolisé par le père et le politicien. C’est un aller retour constant entre le privé et le public en quelque sorte.
Vous avez commencé à en parler, quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage ?
C’est un homme de 55 ans, bourré d’énergie, qui adore jouer au tennis surtout quand il gagne, qui adore sa femme. Il s’adore surtout lui-même car il pense qu’il a beaucoup d’envergure et qu’il est un personnage très important…d’une ville de 3 000 habitants comme le lui rappelle sa fille Sophie. Malheureusement pour lui, la réalité est tout autre et personne ne le voit « beau » comme lui se voit. Il a de nouvelles ambitions politiques qui vont naitre autour de ce non « rôti-pommes de terre » grâce à l’adversité et la volonté de sa femme et de ses filles de s’affirmer et de changer les choses. Il est politicien avant tout, il est ambitieux certainement, il aime aussi beaucoup son 4x4, qu’il a semble-t-il financé avec l’argent de la mairie…
Il est de mauvaise foi quand il sent qu’il est pris en défaut mais au final, il saura écouter sa famille pour enfin gagner une véritable envergure grâce à elle.
Pendant la pièce va se révéler chez lui une ambition folle de changer complètement de dimension en tant qu’homme politique. Les évènements qui vont se passer pendant le repas vont multiplier son ambition par 100. Il va avoir assez de finesse pour sentir que le vent tourne dans le bon sens. Ce n’est pas un crapuleux, j’essaie de le rendre assez clownesque, notamment au travers de son costume et de ses attitudes un peu démesurées parfois. Il est un grand enfant, il est attachant tout de même. Ce personnage me rappelle un peu mes huit ans de théâtre jeune public, c’est un « politicien cartoon » mais pas uniquement. Il sait faire preuve aussi de sérieux, ce qui le rend redoutable parfois.
Nous le disions, vous avez une double casquette sur cette pièce. Comment la gérez-vous ?
J’ai la chance de travailler avec Élidie Duranton, qui a écrit le texte et qui joue une de mes filles dans l’histoire, Clara Michodeau. Je ne suis donc pas seul à créer ce spectacle. Élidie a un regard extérieur sur ce récit et ses péripéties et surtout sur la manière dont on les fait évoluer. C’est une chance de pouvoir travailler directement avec un auteur. On se complète très bien et, du coup, cela permet une mise en scène lisible et dynamique. Elle a un vrai talent d’écriture. C’est ce qui m‘a plu immédiatement pour rejoindre le projet « Quel beau Dimanche ! » quand elle me l’a proposé l’an passé.
Nous affinons l’ensemble du spectacle et la mise en scène au fur et à mesure des répétitions et je vais encore continuer dans ce sens même quand le spectacle se jouera déjà. J’ai la chance d’avoir déjà travaillé sur plusieurs spectacles avec les trois comédiennes, Noëlie Merlo, qui joue Sophie la fille cadette, Marie-Cécile Veyrenc, qui joue Hélène Michodeau la mère et Élidie Duranton donc, qui joue Clara Michodeau la fille aînée. Nous faisons beaucoup de « travail à la table » autour des enjeux du texte, du propos, en dehors du plateau. On est très soudés artistiquement et humainement, on s’entend très bien. C’est un plaisir de voir qu’elles sont toutes les trois si investies et inspirées par leurs personnages qui ont décidé de s’affirmer pleinement. Leur créativité et leur sens du jeu sont une source d’inspiration essentielle à la création. Je n’oublie pas Christophe Mentrel qui a réalisé toute la bande son et les effets spéciaux du spectacle. C’est un travail d’équipe.
A quelques jours de votre première en Avignon, quelles sensations prédominent dans l’équipe ?
Beaucoup d’impatience de partir au Festival d’Avignon, avec une création, une comédie, dans un lieu référencé comme L’espace Roseau Teinturiers. Nous avons une belle équipe, je sais que l’on part « armé », ce qui nous permet de nous projeter assez loin déjà. L’envie d’y aller est décuplée aussi par la « trouille » que l’on a d’y être. On n’a pas peur d’aller jouer, on a en fait une sorte de trouille positive liée à la concrétisation effective du projet. On a hâte d’y être !
J’accompagnerai aussi le spectacle de Valérie Gaillard « Movie show ! » au Sham’s Théâtre, pour lequel j’ai également signé la mise en scène. Un programme chargé m’attend J
Ce fut un plaisir, William, d’échanger avec vous !