Aurélie Bargème évoque sa belle actualité !

Bonjour Aurélie,
Quel plaisir de vous retrouver pour ce nouvel entretien.
Il y a quelques jours a été diffusé sur TF1 l'épisode de « Joséphine, Ange Gardien » un peu spécial, en ambiance western, que vous aviez proposé, coécrit et dans lequel vous avez joué. Avoir autant de casquettes en même temps fut une première pour vous. A froid, quels souvenirs en gardez-vous ?
D'abord, le souvenir d'un tournage absolument exceptionnel, sur les terres de Sergio Leone, là où Audiard a tourné « Les Frères Sisters ». Donc une ambiance incroyable, complètement désertique, c'était absolument dingue. Beaucoup de cohésion entre les comédiens, nous avions l'impression d'être des enfants en train de jouer aux cow-boys et aux indiens. C'était formidable.
Ensuite, l'écriture a été extrêmement intéressante parce que c'est compliqué d'écrire un « Joséphine, Ange Gardien », beaucoup plus qu'il n'y paraît. Il faut plaire aux parents et aux enfants, il faut aborder de vraies thématiques tout en restant très politiquement correct. Cela a été un processus long, d'un an et demi. J'ai découvert le plaisir de la co-écriture avec Virginie Parietti, grâce à laquelle j'ai vraiment beaucoup appris. Donc c'était tout à fait passionnant.
Enfin, quel plaisir de proposer quelque chose qui sort de l'ordinaire, et de le voir diffuser en prime time sur TF1, en intéressant 4,4 millions de téléspectateurs ! Et tout a commencé sur un coin de la table du salon… Donc, vraiment, je ne retire que le meilleur. Après, il y a eu des moments un peu compliqués, dans les relations entre les différents interlocuteurs : auteurs, producteur, chaîne. Beaucoup d’allers-retours, de péripéties. Mais, pour moi, cela a surtout été un énorme apprentissage de ce qu'est le métier de scénariste à la télévision. On se fait beaucoup de fantasmes mais, finalement, la réalité n'est pas simple. La position du scénariste en France n'est pas du tout la même qu'aux États-Unis, elle est beaucoup moins valorisée.
J'ai beaucoup appris aussi sur l'écriture, en pratique, ce qui est absolument génial. Donc que du bon... :)
Vous évoquiez ce long processus de co-écriture. Avez-vous eu des sources particulières d'inspiration ? Notamment en lien avec le côté western.
Bien sûr ! J'ai regardé des tonnes de westerns, j'ai relu plein de « Lucky Luke » parce que, dans « Joséphine, Ange Gardien », il y a de la comédie. C'est donc important de mettre des personnages qui sont un peu hauts en couleurs pour retrouver les codes. Quand on travaille sur une écriture de genre comme celle-ci, c'est nécessaire. Il faut les identifier pour pouvoir les placer de façon intelligente.
Ce goût pour l'écriture se prolonge. Vous sortez d'une résidence pour « Mauvaises filles », une nouvelle pièce de théâtre dont vous êtes l’auteur, qui sera proposée au Festival d'Avignon en juillet. Pour poser un peu le cadre, comment présenteriez-vous ce spectacle ?
Cela se passe au début des années 2000. C’est l'histoire de Maud, une jeune femme qui a une vie un peu étriquée. Elle vit sous la coupe de sa mère autoritaire et a un boulot sans intérêt à la Poste. Un jour, elle tombe sur une lettre qui s'est perdue au courrier, qui date de 1989 et qui a été écrite en Irlande par une religieuse dans un couvent. Cette lettre annonce à Chris Roberts, habitant aux États-Unis, qu'il a été adopté.
Maud, avec l'aide de sa meilleure copine Vava, décide de retrouver cet homme, pour lui révéler la vérité sur sa naissance. Tout au long de cette enquête, nous allons nous replonger dans les années 50, en Irlande, là où la religieuse a écrit cette lettre.
La pièce est donc conçue selon une double temporalité.
On explore, dans les années 50, le destin de Rose, une fille mère qui arrive au couvent et qui est séquestrée, maltraitée par les bonnes sœurs, jusqu’à ce qu’elles lui fassent vivre la pire des épreuves… Je n’en dis pas plus. Et l’enquête que Maud, dans les années 2000, fait sur toute cette histoire, va l’aider elle-même à se révéler en tant que femme, à comprendre des choses sur sa féminité, sur la vie qu'elle veut. Cela lui permettra de faire un choix décisif pour son avenir…
On a donc deux destins qui s’entremêlent, autour de cette thématique assez universelle de la liberté de la femme à disposer de son corps.

Sans indiscrétion, qu'est ce qui vous a donné l'envie de mettre en avant ces thèmes-là sur scène ?
Cette histoire absolument abominable est connue sous le nom des « Couvents de la Madeleine ». Entre 1922 et 1996, 30 000 femmes ont été séquestrées et leurs enfants volés ou maltraités. C'est seulement en 2013 que l’état irlandais a reconnu sa responsabilité, qu'il a beaucoup minimisée, ne parlant « que » de 10 000 femmes. Il y a quelques années aussi, on a retrouvé 700 cadavres de petits enfants morts, dans une fosse commune sur un terrain ayant appartenu à l'un des couvents.
Coup sur coup, je suis tombée sur deux articles. Ce fut un déclic pour moi, je me suis dit que c'est une histoire bien sûr horrible mais qui ferait un très beau sujet de théâtre. Je me suis beaucoup documentée sur le sujet, j'ai regardé les rares films qui en font état, deux en l'occurrence, j'ai relu pas mal de témoignages, ce qui m'a renforcée dans ma conviction théâtrale.
Mais je n'ai pas eu envie de traiter ce sujet de façon complètement premier degré, réaliste car, trouvant cela tellement horrible, je n'avais pas le souhait de plomber l'ambiance ! Cette problématique étant incroyablement actuelle, je me suis dit qu'il serait intéressant, pour davantage toucher le public et aussi pour donner une sorte de légèreté que le sujet ne peut pas avoir par essence, de faire une double histoire. J'ai alors cherché à lier les deux, d'où l'idée de l'enquête.
Cette double temporalité me permet de donner, dans les scènes modernes, des touches de comédie, avec des personnages très drôles. Cela permet d'autoriser le côté ultra dramatique et terrifiant de cette histoire, sans que l'on soit submergé par le pathos.
A deux mois des premières en Avignon, dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Je suis hyper impatiente, hyper enthousiaste, hyper contente, hyper excitée et aussi hyper flippée ! Parce que c'est ma première vraie mise en scène. Je saute à pieds joints dans l'inconnu.
Je suis entourée de gens absolument formidables, j'ai donc envie d'être à la hauteur. Ce qui me fait le plus peur, ce n'est pas tant la direction d'acteurs qui viendra, je pense, assez naturellement grâce à mes quinze ans d'actrice. C'est plus au niveau de l'écriture car j'écris mes pièces comme j'écris des épisodes télé. Je suis un peu lassée par le théâtre qu’on propose dans la plupart des salles, avec l’unité classique de lieu et d’action, le canapé au milieu du salon, la chambre à cour, le couloir à jardin… Je m'ennuie souvent et parfois même je m'endors ! Je trouve qu'aujourd'hui, avec les systèmes de vidéo, et l’habitude qu’on a pris, à l'écran, de voir des séries au rythme effréné, on peut se permettre des narrations beaucoup plus dynamiques.
C'est dans cette direction que je vais, avec presque des scenarii de films, mais au théâtre. Ce sont donc des scènes courtes, on change très vite d'un personnage à un autre, d'un décor à un autre. Ça rend, je pense, la pièce extrêmement dynamique, ludique et facile à suivre. C'est génial, je l'ai déjà vu à la lecture. Par contre, pour la mise en scène, c'est un enfer. Un vrai casse-tête chinois. Il va donc falloir que je réussisse à faire tenir la route à tout cet équilibre mécanique très instable, entre les scènes, le jeu, les décors, les personnages multiples. C'est ce côté très mécanique de la pièce qui va me donner beaucoup de fil à retordre.
Donc aussi cette appréhension mais, avant tout, beaucoup de plaisir et d'excitation. Heureusement, mon équipe artistique est géniale ! Les comédiens sont vraiment talentueux et de bonne composition, et l'équipe technique très expérimentée, je peux leur faire entièrement confiance.
Vous démarrerez en Avignon en juillet prochain, on peut imaginer que vous souhaitez emmener cette pièce plus loin encore ?
Oui, bien sûr. De toute façon, il est probable qu'une tournée sera organisée ensuite. On l'espère très belle. Éventuellement une programmation à Paris sera envisagée plus tard mais cela dépendra avant tout des retours du public.
Pour terminer, en conclusion, comment définitivement inciter les lecteurs à venir voir la pièce ?
C'est une pièce qui est assez haletante au niveau de la tension. Elle donne envie d'aller jusqu'au bout. Je pense que j'ai une équipe de comédiens absolument hallucinante. C'est un spectacle émouvant, prenant mais, en même temps, qui fait sourire souvent. Et surtout la thématique parlera à tous, et surtout à toutes les femmes…
Merci Aurélie pour toutes vos réponses !