Anne Plantey évoque sa belle actualité au théâtre !

Bonjour Anne,
C'est un plaisir d'effectuer cette interview avec vous !
Vous serez sur scène, au Festival d'Avignon, avec une nouvelle pièce, « Des plans sur la comète ». Comment présenteriez-vous ce spectacle ?
C'est la nouvelle pièce de Tristan Petitgirard, qui avait écrit « Rupture à domicile », dans laquelle j'avais jouée avec Benoît Solès et Olivier Sitruk. C'est une comédie non pas de boulevard typique mais un peu profonde, sérieuse. Nous avons commencé la création il y a trois semaines, nous avons encore une résidence de dix jours, avant de partir en Avignon.
C'est l'histoire de trois amies, trois jeunes femmes, interprétées par Noémie de Lattre, Hélène Degy et moi-même. Hélène joue une scientifique fâchée depuis des années avec son père et ses deux amies tentent de la réconcilier avec ce dernier, joué par Jérôme Anger. L'une des deux va tomber folle amoureuse du père et va entamer une relation, évidemment dans le secret.
On y évoque donc cette relation d'amour caché au sein de cette relation d'amitié très forte entre les trois femmes, aussi le père qui essaye de refaire partie de la vie de sa fille, le tout sous fond de cosmologie et de forme de l'univers. Car Estelle, jouée par Hélène, travaille sur la réponse à la question un peu insoluble « quelle est la forme de l'univers ? ».
Quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage ?
Ce personnage a évidemment plusieurs couches et sous-couches, comme fait souvent Tristan. Je joue l'amoureuse du père, elle en est dingue, malgré leur trente années de différence. Elle a aussi une profonde amitié avec les deux femmes, qu'elle veut vraiment préserver, malgré sa situation inconfortable. Sans oublier sa fragilité très personnelle, du fait d'une histoire familiale très compliquée. Elle a cette envie folle de tout vivre vite, de profiter, c'est aussi pour cela qu'elle s'est laissée aller à son histoire d'amour, même si elle peut briser leur amitié.
C'est donc un personnage très intéressant, qui a plein de moments très différents, entre scènes d'amour et scènes de comédie. Aussi entre dureté et tristesse.
En termes d'appropriation de votre personnage et de votre rôle, avez-vous eu des sources particulières d'inspiration ? Plus généralement, y retrouve-t-on des parts de vous ?
Complètement ! J'ai beaucoup travaillé par le passé avec Tristan, je le connais donc parfaitement, dans le travail. Il y a, du coup, quelque chose d'assez fluide entre nous dans ce qu'il attend de moi et dans ce que je comprends de ce qu'il veut. Je n'ai donc pas fait de recherche particulière car, à la lecture même du texte, avant de savoir que je serai dessus, je savais à peu près où il voulait amener ses personnages.
Évidemment, c'est une histoire contemporaine, c'est une jeune femme de mon âge, j'ai donc l'impression qu'elle me ressemble beaucoup. En tout cas, à la base, elle m'est très proche.

C'est peut-être encore un peu tôt pour le savoir mais, selon vous, selon vos premiers ressentis, qu'est-ce qui pourra plaire aux spectateurs qui viendront voir la pièce ?
Je ne le sais pas encore, effectivement mais comme nous sommes à peu près dans la même forme de travail que « Rupture à domicile », on retrouve quelque chose de très intelligent dans l'écriture de Tristan. Oui, ce sont des comédies mais il y a toujours un fond. On fait rire les gens, c'est le but premier mais il y a vraiment quelque chose qui nous ramène à des moments soit très intelligents, soit un peu poussés dans les rapports humains, de couples, d'amitié. Des scènes qui nous ramènent à des choses très vraies, parfois même très dures. Parfois, en une seule phrase, on passe d'un éclat de rire à une émotion voire une réflexion. Cette alternance fait que cette pièce-là est intéressante. Rien n'est injustifié, c'est du rire intelligent. On ne transforme pas les choses juste pour faire marrer les gens. C'est vraiment bien écrit.
Il y a tellement de couches dans l'écriture que les spectateurs passeront par toutes les émotions, ce qui est très intéressant.
Nous sommes à quelques semaines de votre première. Dans quel état d'esprit êtes-vous actuellement ?
On est pile dans la phase d'angoisse du démarrage. On fait une sortie de résidence le 8 juin pour un vrai démarrage ensuite en Avignon mais, seulement à quelques jours de cette première, nous serons surexcités, avec l'envie que ça commence.
Surtout, il nous manque quelque chose de primordial et de fondamental dans nos répétitions, le public. On n'a donc pas le rire qui nous donne notre rythme, face à cette écriture très musicale.
On vient de sortir de notre première résidence pendant laquelle nous avons fait nos premiers filages. Il nous reste encore pas mal de choses à faire, on sait où l'on va et on a encore besoin d'un peu de temps pour cela. Mais je suis confiante.

Le Festival d'Avignon est, chaque année, de plus en plus riche dans sa programmation. A ce titre, existe-t-il des astuces particulières pour essayer de sortir du lot ?
Évidemment le tractage, le fait d'être présents dans la rue, d'échanger nous-mêmes avec les gens. Mais nous avons un énorme avantage, nous sommes au Théâtre Actuel, une salle qui a maintenant six ans je crois et qui a un vrai public, une vraie reconnaissance des spectateurs et des programmateurs. Les gens y viennent un peu les yeux fermés. C'est la meilleure des choses pour nous. La salle est hyper agréable.
C'est la même équipe de création que « La machine de Turing ». Aussi bien pour la musique, pour la lumière, pour les vidéos, pour les costumes, pour les décors que pour la mise en scène. Le Molière de Tristan va aussi, j'imagine, donner l'envie aux gens de venir voir sa nouvelle création.
On peut imaginer que vous avez le souhait que ces premières en Avignon ne soient que le début d'une nouvelle belle et longue aventure ?
Absolument ! D'ailleurs, c'est pour cela que ce théâtre a accepté de nous suivre et de nous accueillir. Le but est évidemment de montrer notre travail à des programmateurs. Avec « Rupture à domicile », nous avons eu la chance de faire trois belles tournées. Il y a donc plein d'endroits que nous connaissons, nous avons noué des liens avec certaines personnes. Enfin, le but est aussi de trouver une salle sur Paris pour l'année prochaine. Ce Festival est vraiment une rampe de lancement.
J'y crois en tout cas car c'est vraiment un beau spectacle.
En parallèle, on peut vous retrouver dans un autre registre, au théâtre Rive Gauche, dans « Monsieur Haffmann ». Pièce que vous jouerez aussi en Avignon et, à la rentrée, en tournée au delà de nos frontières. Ce spectacle connaît un franc succès depuis son lancement. Qu'est ce que cela vous inspire ?
Ce spectacle a été créé au Festival d'Avignon en 2016. Je jouais à l'époque, dans la même salle, « Rupture à domicile ». J'étais allée voir la troisième ou quatrième représentation de cette création et, pour la seule fois de ma vie, en sortant, j'ai foncé droit sur Jean-Philippe Daguerre, l'auteur, pour lui dire que je voulais travailler un jour avec lui. Je m'étais dit, à la sortie, que c'est exactement ce genre de pièce que j'ai envie de jouer et de défendre.
Par le hasard merveilleux de la vie, trois ans plus tard, je rejoins l'équipe en alternante de Julie Cavanna, après avoir passé une audition. J'arrive au milieu de la course, il y a déjà eu trois tournées et quatre Molières mais j'ai vraiment l'impression d'arriver dans une famille. Tous les alternants sont super bien accueillis. C'est une pièce magnifique, je suis hyper heureuse de pouvoir jouer quasiment tous les soirs. Le succès ne s'arrête pas, les gens sont toujours aussi émus, aussi touchés. Les équipes sont maintenant mélangées, c'est passionnant, on ne s'ennuie pas une seule seconde, aucune habitude ne s'installe. De l'intérieur, je suis fière et heureuse de jouer cela, c'est un pied phénoménal. C'est vraiment le bonheur.
Merci, Anne, pour toutes vos réponses !