Djinda Kane revient sur son parcours et évoque ses projets artistiques !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Djinda,

 

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.

 

 

Vous êtes une artiste aux multiples casquettes, au travers de vos expériences notamment au théâtre, à l'écran ou encore en réalisation. De façon générale, qu'est-ce qui vous plaît dans votre quotidien artistique ?

 

Ce qui me fait kiffer dans mon quotidien d’artiste c’est quand ça marche. Quand je travaille.

 

Car en tant qu’actrice, on met tellement d’énergie, de travail et d’espoir pour avoir un rôle. En tant que réalisatrice on peut bosser pendant très longtemps avant l’aboutissement d’un projet. Dans les deux cas, la limite est très fine entre la concrétisation d’un projet ou pas et ce qui fait qu’on est prise ou pas. Quand ça marche enfin, c’est une montée d’adrénaline tellement exceptionnelle.

 

J’ai un ami qui utilise souvent la comparaison à un footballeur. Je trouve que ça colle très bien comme image. Quand le footballeur est sur un match, il tente des dizaines de fois de marquer et quand le ballon entre enfin dans le filet, c’est une joie incroyable. On se sent très chanceux et on déborde de bonheur.

 

Nous évoquions les divers domaines artistiques que vous pratiquez. Considérez-vous que c'est à chaque fois le même métier ? Ou y voyez-vous de grandes singularités ?

 

C'est complètement différent, être sur scène ou sur un plateau n'a rien à voir, ce n'est pas la même façon de travailler, ce n'est pas du tout le même genre de plaisir, ce n'est pas la même appréhension non plus. Le théâtre est un spectacle vivant, en général sur du long terme, on y consacre une grande partie de sa vie, on refait la même chose chaque jour pendant des mois, il y a un côté très organique spécifique au théâtre. Pour autant, ce n'est jamais pareil, selon le public, selon l'ambiance, selon la façon dont on se sent, dont sont les collègues, il y a une magie que l'on ne retrouve pas forcément sur un plateau car on est dans l'instant.

 

En tournage, c'est différent, c'est beaucoup plus technique, on a des préoccupations de placement et de cadrage notamment, de choses qui n'ont rien à voir avec notre boulot, mais que l'on est obligé de prendre en compte et qui peuvent parasiter notre travail. C'est très difficile de se concentrer sur un plateau. La dernière personne qui doit faire son métier, en entendant « action », est le comédien mais les aspects techniques perturbateurs font partie du job, on est d'autant plus content lorsque l'on arrive à donner quelque chose de correct dans ces conditions.

 

Êtes-vous, à titre plus personnel, davantage attirée par un domaine en particulier ?

 

Je suis plus sensible effectivement au cinéma parce que je suis plus sensible globalement à l'image qu'à un spectacle vivant, en tant que spectatrice. Le cinéma fait partie de ma vie, j'ai grandi en regardant des films, ma grand-mère était assistante d'Orson Welles, on a dans la famille une grande culture filmique. Je suis passionnée de cinéma donc, forcément, je vais plus facilement vers une expression cinématographique que sur scène mais l'un n'empêche pas l'autre.

 

En tant que réalisatrice et que créatrice de projets, je fais plus des films que des spectacles vivants.

 

Parmi vos nombreuses expériences, en retenez-vous une plus encore que toutes les autres ?

 

Il y a tellement de choses qui marquent... Tout ce que l'on fait marque plus ou moins et implique que l'on évolue plus ou moins différemment. Je crois que mon souvenir le plus fort dans ma vie de comédienne est quand j'ai joué avec Gérard Depardieu. J'appréhendais beaucoup de tourner avec ce grand monsieur du cinéma mais j'ai hyper contente et fière de lui donner la réplique. Cela s'est très très bien passé. Ça restera gravé, d'autant plus que c'était mon premier tournage avec une grosse production, dans « Marseille » sur Netflix. Cela m'a vraiment boosté, ce souvenir restera longtemps en moi.

 

En amont des plateaux de tournage, avez-vous une méthodologie de préparation particulière ?

 

Je prépare toujours mes personnages avec ma coach. Une fois que j'ai le rôle, on fait un travail en amont, on revoit les scènes, je suis plutôt alors en préparation de l'histoire de mon personnage. Souvent, on manque quand même d'informations pour se nourrir et créer le rôle. J'invente quand je n'ai pas la chance d'en parler avec le réalisateur. Je me nourris, j'imagine des choses, je prépare des interviews pour mon personnage, je me demande s'il a ou pas des frères et sœurs, qui ils sont, où est-ce qu'il a grandi, … On se crée, avec ma coach, une base assez forte pour pouvoir y piocher ensuite au moment où le réalisateur me demandera d'adapter mon personnage.

 

Ensuite, je suis évidemment sur les textes. Selon la difficulté, je les apprends par cœur et je demande aussi au réalisateur s'il tient à ce que je sois au mot près, ce que je peux comprendre. Souvent, on a quand même une marge de manœuvre. L'important est que ça sonne bien dans ma tête et mon cœur. Il m'arrive, plus tard sur le plateau, de faire des propositions, selon le contexte.

 

On vous a retrouvé, tout l'été, dans la série à succès de France 3, « Plus Belle la Vie », en tant que DRH de Green Tech. Quels souvenirs gardez-vous de cette riche expérience ?

 

De très très bons souvenirs ! C'est un rythme de travail acharné, compliqué, très intense, ça ne s'arrête pas. Ce n'est pas un rythme de diffusion habituel, tout le monde essaie de copier mais c'est le seuil feuilleton à tenir ce rythme et ce rendement. C'est une ambiance particulière, quinze réalisateurs différents alternent, ils changent chaque semaine, avec plus d'une cinquantaine d'acteurs au générique. C'est un brassage industriel qui est très motivant et très formateur pour un acteur. On apprend à être efficace très rapidement, on découvre ce qui va arriver au personnage très peu de temps avant d'avoir à tourner.

 

 

Sur le plateau, on est obligé de réagir rapidement, de ne pas avoir de regrets. La première étape qui a été difficile à franchir pour moi a été de passer ma frustration d'acteur. On a au mieux trois prises par scène, on tourne neuf à dix séquences par jour avec des changements de décors, il faut être en forme et rapide dès le début. Il faut donner rapidement ce que l'on a envie de donner. Une fois que l'on a pris le rythme, ça va, ça roule mais, au début, on n'est pas forcément content de ce que l'on fait, ça peut être difficile à accepter. Il m'a fallu passer cette frustration et faire confiance à tous les réalisateurs qu'il y avait sur le plateau. J'ai eu besoin de trois semaines pour y parvenir car, comme ce sont des gens différents à chaque fois, on recommence l'exercice systématiquement.

 

C'était formateur, je peux à présent tout faire, j'ai beaucoup pris confiance en ma capacité à travailler, en mon efficacité de comédienne sur un plateau, ce qui est hyper important.

 

Pour faire le lien avec la question précédente, comment avez-vous préparé votre interprétation d’Élodie, votre personnage ?

 

Au début, sur le papier, c'était une expatriée des États-Unis, qui voulait monter une société. Elle avait donc ce côté « je parle anglais, je suis universelle ». On ne savait pas trop d'où elle venait. J'ai vécu aux USA, ce qui m'a sans doute aidé.

 

Encore une fois, je me suis créé l'histoire du personnage, dont on ne sait pas grand chose en fait, ce qui est important car il était bien de garder du mystère autours de lui. La réalisation voulait que j'apporte ma personnalité au personnage et c'est ce que j'ai fait, je me suis donc demandée comment je réagirais à sa place, je me suis mis au service total du personnage au travers de mon histoire personnelle.

 

Quant à l'aspect écologique mis en avant dans cette arche, en étiez-vous sensible et proche ?

 

Ce côté Green me ressemble aussi :) Je suis hyper sensible à l'écologie et à la nature, j'ai même fait des années d'études de paysagiste en parallèle de celles d’actrice. J'étais donc touchée par la cause.

 

En parallèle, vous allez démarrer le tournage d'une nouvelle série pour Canal +. Comment présenteriez-vous ce nouveau projet ?

 

« Roman photos » est une succession de petits sketchs humoristiques, en photos. On prend des pauses, on est figé et on joue toute une scène. Comme si, en regardant une photo, on s'imaginait les mouvements et ce qui pourrait se passer à ce moment-là. C'est humoristique car ce que l'on raconte est complètement décalé par rapport à ce que l'on est en train de faire sur la photo.

 

Il y a un fil conducteur, dans le monde de l'entreprise. Je suis Doria, un récurrent, qui est la start-upeuse hyper dynamique et un peu plus sérieuse que les autres. Elle est très sûre d'elle.

 

Selon vous, qu'est-ce qui pourra plaire dans ce programme aux téléspectateurs de la chaîne ?

 

C'est quelque chose de complètement novateur. A la différence des autres programmes de la sorte qui sont humoristiques et qui sont très dans la gestuelle, dans le débit verbal, ici le côté absurde et le comique physique sont très drôles. Ce n'est pas banal, ce n'est pas du déjà vu.

 

Benoît Blanc m'a castée, je l'en remercie. Avec son acolyte Matthias, ils sont très forts. Ils ont une chaîne Youtube et font des choses très drôles dans l'humour décalé.

 

Vous revenez aussi du tournage des premiers épisodes de la saison 14 de « Section de recherches », pour TF1. Dans un cadre très sympathique, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie. Comment se sont passées vos deux semaines sur place  ?

 

J'ai pris un peu le train en route, le tournage avait démarré un mois avant. J'ai sauté dans l'avion le lendemain de mon dernier jour sur « Plus Belle La Vie » pour 30 heures de voyage. Une fois sur place, après ce périple interminable, l'endroit et la beauté de cette île m'ont remplie de joie. L'équipe était déjà soudée, il y avait une atmosphère humaine chaleureuse, j'ai été vraiment très bien accueillie. Il y avait un aspect mystique car les lieux sont très orientés vers l'ancien culte, on sentait cet aspect biblique de ce que nous étions en train de vivre sur l'instant.

 

 

J'ai trouvé intéressant, dans mon personnage, le fait qu'elle vivait des choses plus horribles les unes que les autres. C'est la première fois que je devais jouer un rôle aussi torturé et chamboulé. Ce n'était pas facile, je devais être en souffrance pendant une semaine sur le plateau, alors que nous étions dans un cadre tellement paradisiaque que les gens jonglaient avec des noix de coco. C'était très particulier mais cela m'a beaucoup apporté en tant qu'actrice. Je suis très très fière d'avoir fait partie de cette aventure.

 

Pour terminer et boucler la boucle, nous le disions, vous êtes également réalisatrice et vous préparez actuellement un court métrage. Que pouvez-vous déjà nous en dire ?

 

C'est une comédie dramatique, sur le thème : "L'amour n'a pas de genre". C'est l'histoire d'un couple hétérosexuel qui se sépare parce que la femme veut entamer sa transition sexuelle et devenir un homme. Le film raconte le moment où ils se rencontrent à nouveau, par hasard, quelques années plus tard. Que va-t-il alors se passer entre ces deux personnages là qui s'aiment toujours beaucoup ?

 

J'ai pris part à toutes les étapes et je termine actuellement l'écriture. Avec Anne-Sophie Nanki, qui a sorti un film il y a peu, « A genoux les gars », en tant que scénariste. Océan Rose-Marie sera l'acteur principal, il est justement en train de vivre cette transition. Par la suite, nous allons caster le reste des acteurs en faisant des impros avec lui. Je réaliserai ce film, tout en y jouant un petit rôle.

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours artistique ?

 

Que cela continue ainsi, j'ai envie de dire. Que je continue à avoir des rôles intéressants, à être dans de bonnes conditions pour pouvoir faire des films, que je puisse continuer à m'exprimer en tant qu'artiste.

 

 

Ce fut un plaisir, Djinda, d'échanger avec vous !

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Publié dans Télévision

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