Millie Duyé évoque le Festival Traits d'Union !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Millie,

 

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions sur le blog.

 

Le Festival "Traits d’Union" est d'abord l'histoire d'une rencontre. Une rencontre artistique et humaine entre une jeune compagnie, les Entichés et un lieu solidaire et citoyen du Val de Marne, Le Théâtre El Duende. Puis un constat : la difficulté de la professionnalisation des jeunes compagnies en Ile de France et limportance du réseau. Nous avons uni nos forces : celle d’avoir un lieu à soi (le Théâtre El Duende) et celle de l’expérience de la jeune création (Les Entichés) et avons imaginé trois semaines autour d’une thématique pour offrir aux jeunes compagnies sélectionnées et aux jeunes photographes les meilleures conditions possibles : des lieux de répétition, une prise en charge financière de leur communication, une véritable co-réalisation (sans ce fameux minimum garanti), la présence de programmateurs et presses parmi leurs spectateurs, etc. 

 

Merci à nos partenaires : Gare au Théâtre, Théâtre Antoine Vitez, 94 citoyens, BNP-Paribas, La Villa Mais d’Ici, Actisce Les Halles-Le Marais, La Jonquière, Point du jour, le département du Val-de-Marne, la Ville d’Ivry-sur-Seine. 

 

1/ Du 11 au 28 janvier se déroule la deuxième édition du Festival « Traits d’Union ». Pour commencer, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore ce jeune programme, comment le présenter ? Quel en est le principe ?

 

C'est un Festival de la jeune création. Il ne faut pas du tout entendre théâtre amateur mais théâtre professionnel, jeunes compagnies, à savoir compagnies en voie de professionnalisation. L’idée est que ce festival puisse être un tremplin pour ces compagnies et puisse leur permettre un accompagnement.

 

Ces compagnies ont reçu une formation professionnelle et commencent à avoir une diffusion professionnelle aussi. Que ce soit par le biais de théâtres franciliens ou de productions en Avignon. Pour la plupart, ils ne touchent pas, pour autant, tous un salaire et leur fonctionnement n'est pas complètement autonome, ce qui est tout à fait logique.

 

Nous voulions vraiment un endroit qui puisse créer du lien entre ces jeunes compagnies, où nous pouvons être là pour les accompagner. Notre compagnie, «  Les Entichés  », les soutient professionnellement, en les accompagnant sur la communication, sur la diffusion, nous essayons de les mettre en relation avec des presses et des professionnels. Pour les accompagner sur tout le temps de diffusion de leur spectacle et leur assurer éventuellement une base, un avenir professionnel après le Festival.

 

L'idée est donc vraiment celle-ci, un accompagnement de la jeune création et un lieu qui soit créateur de liens entre toutes ces jeunes compagnies. Pour pallier à ce que nous avons pu vivre par le passé. A part quelques Festivals, il y a très peu de lieux de rencontre pour les troupes en voie de professionnalisation, qui sont jeunes et qui ont des questions. Le but est d'avoir un vrai échange de compétences.

 

2/ Pour cette deuxième édition, quels sont les grands sujets, les grands thèmes et les grands axes qui sont présentés ?

 

Les frontières ! L'année dernière, c'était la discrimination, cette années ce sont les frontières, au sens très large. C'est simplement le lieu de séparation entre deux choses fondamentalement différentes, pas forcément une ligne de démarcation, ça peut être une frontière psychologique, une frontière générationnelle dans une famille, une frontière entre les parents et les enfants, une frontière en amour, des frontières géographiques d'un territoire, des frontières géopolitiques.

 

En tout cas, selon moi, le théâtre est un lieu de crise, c'est un endroit de clivage, il y a théâtre quand il y a crise, quelle qu'elle soit. Ça peut être une crise sympathique. Pour moi, les frontières et même le première thème, la discrimination, amènent toujours cette idée de crise, de différence, d'une situation de clivage entre deux choses. De là, il y a un questionnement ou un débat qui peut naître.

 

Comme on envisage vraiment le théâtre aussi comme cela dans notre compagnie et au Duende, en tout cas comme un théâtre citoyen qui donne lieu à un débat social avec son public, ce thème nous correspond bien. On n'aborde jamais aucune vérité mais les pièces présentées mettent en avant un théâtre qui questionne. A notre sens, toutes les pièces, même si elles sont différentes, rentrent dans le thème des frontières et dans cette idée de soulever un questionnement.

 

3/ En parallèle des spectacles, d'autres manifestations artistiques sont aussi proposées autour, pour un contenu très riche et très varié.  Que dire sur cette diversité artistique ?

 

Il y a six compagnies principales de spectacles vivants qui ont la possibilité de jouer deux représentions chacune. Deux autres compagnies ont des interventions ponctuelles, le dimanche à 15h, sous une forme plus courte. Notamment deux spectacle de danse et une intervention théâtrale presque documentaire sur la Révolution et la guerre d'Algérie. Sans oublier la projection d'un documentaire, « Au pied du mur », l'histoire d'un jeune humoriste français de confession juive, qui rencontre Dieudonné.

 

Il y a aussi cinq jeunes photographes féminines, sélectionnées sur dossier. L'une est permanente et les trois autres exposent chacune sur une semaine et nous accueillons de nouveau cette année la photographe Sixtine Leroy, marraine du Festival pour la section photographie. Chaque jeudi s'ouvre sur un vernissage de ladite photographe, sur le même thème.

 

4/ Pour toutes, au delà de se faire connaître, les compagnies se voient proposer d'autres accompagnements ultérieurs. Quel en est l'objectif ?

 

Nous essayons de développer beaucoup de choses.  Il y a la solidarité inter compagnies, c'est très important pour nous que les uns aillent voir les autres et qu'ils se soutiennent. Sans forcément être présents tout au long du Festival, nous attendons au moins qu'ils connaissent les spectacles. Nous essayons aussi de les mettre dans les meilleures conditions avant la représentation car, pour la plupart, ces spectacles n'ont jamais été créés ou n'ont jamais été joués.

 

Nous avons un partenariat avec « Gare au théâtre », à Vitry sur Seine, un très beau lieu de diffusion, ainsi qu'avec le théâtre Antoine Vitez à Ivry et celui du Duende. Les compagnies ont l'occasion, dans ces trois salles, de répéter. Beaucoup de temps leur est donc donné.

 

Puis, nous établissons également des jurys pour que ce ne soit pas uniquement des dates de diffusion mais pour que, en aval, il puisse y avoir des retombées. Un jury de cinq presses s'engage à aller voir chaque spectacle et à écrire un article associé. Ces presses élisent ensuite une compagnie coup de cœur. Il y a aussi un jury professionnel, nous avons notamment un partenariat avec les centres d'animation Actisce qui s'engagent à choisir trois compagnies auxquelles ils proposeront des dates sur la saison suivante. Tous ensemble, ils en sélectionnent ensuite une à laquelle un partenariat est proposé avec les trois Centres d’Animations (Point du Jour, La Jonquière et Les Halles le Marais). La Villa Médicis assurera aussi une semaine de résidence à la compagnie coup de cœur pour sa prochaine création.

 

Et enfin nous avons reçu une subvention du Département qui nous permet notamment d’inviter des institutions scolaires du Val de Marne. On essaie au maximum de faire venir des publics de scolaires. Dans ce cas, nous incitons à l'échange, au débat. Ce dialogue est, pour nous, très important.

 

5/ Pour finir, que dire de plus pour inciter, si ce n'est pas déjà fait, les spectateurs à venir assister au Festival ?

 

Toutes ces compagnies présentent une forme de théâtre extrêmement contemporaine, elles sont toutes très différentes mais, dans tous les cas, c'est du théâtre très actuel. Ces sujets sont rarement mis en avant et ces compagnies amènent une autre vision du théâtre, beaucoup plus populaire, beaucoup plus actuelle. Qui pourrait s'adresser aussi à des gens qui n'ont pas les codes du théâtre.

 

C'est aussi un vrai lieu d'échange et de partage, un endroit familial avec de jeunes compagnies passionnées, avec une dynamique pour créer aussi des expositions, des interventions et des formes courtes. Cela amène une vision du théâtre qui est, je pense, encore un peu rare. Il y a une vrai idée de liant avec le public.

 

Ce fut un plaisir, Millie,  d'échanger avec vous !

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Publié dans Théâtre

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