Marion Aydalot : Le vrai problème du Psg se passe au milieu et, pourquoi pas, en défense centrale !

Bonjour Marion,
Merci de prendre le temps de répondre à une nouvelle interview pour notre blog, autours d'un petit café, quelques minutes avant l'antenne d'Europe 1.
1/ A mi-saison, le PSG a pris une avance significative en tête du championnat de France, avec neuf points de plus que ses principaux rivaux. Quel bilan tirez-vous de cette première moitié de saison de l'équipe de la capitale ?
Si on s'intéresse aux choses vraiment positives, sans se poser trop de questions, je pense que c'est un début de saison quasi parfait. Si, en revanche, on se concentre sur les sujets plus négatifs, il y a, selon moi, un petit problème au milieu. Je ne suis pas convaincue non plus qu'Areola soit le gardien rêvé. Enfin, j'ai toujours un petit soucis avec l’entraîneur, Unai Emery.
En Ligue des Champions, le club a, encore une fois, un tirage au sort très compliqué. Ce 1/8è de finale est vraiment dur, quelque soit l'entraîneur. Mais c'est vrai que je ne sais pas si Emery est taillé pour Santiago Bernabeu, pour rencontrer la grande équipe de Zidane. Même si cette dernière n'a pas montré des choses folles depuis le début de saison, on sait très bien, qu'en année de Coupe du Monde, tout commence maintenant. Je reste très méfiante.
C'est là le seul bémol. En championnat, c'est parfait, c'est maîtrisé, c'est joué intelligemment, c'est très beau.
2/ Quel regard portez-vous sur leur mois de décembre un peu plus compliqué ? Au-delà des deux défaites consécutives, l'équipe a aussi eu plus de mal à développer son jeu et les scores n'étaient plus tous aussi larges.
L'équipe avait rencontré le Bayern Munich une première fois en début de saison, mais les Allemands étaient alors clairement en crise. Là, les Parisiens ont retrouvé un Bayern entraîné par un Allemand, un vieux de le veille, qui est capable de remettre l'équipe sur les bons rails. D'ailleurs, ce club ne doit être entraîné que par des Allemands, si j'ai bien compris.
On a revu un Bayern qui se tient, qui sait maîtriser le jeu, qui joue à l'Allemande, sérieusement, précautionneusement, sans beaucoup d'éclats mais avec efficacité. Quant à la défaite à la Meinau, c'est autre chose. Un match avant ou après une rencontre de Ligue des Champions ne veut absolument rien dire. Pour tous les grands clubs d'ailleurs. Si, par exemple, on imagine Manchester City perdre contre Stoke à trois ou quatre jours d'un match européen, je ne trouverais pas cela inquiétant du tout, ce serait même presque normal. Pour moi, ce n'est pas un sujet.
C'est effectivement lors du match retour en Allemagne que j'ai été un peu plus inquiète mais, en même temps, le travail était fait, l'équipe est première du groupe. La critique est trop facile, finalement le Psg a des statistiques incroyables en Europe, au même titre que City. Ça ne part pas si mal.
3/ Intéressons nous, si vous le voulez bien, aux points positifs de ce début de saison. Edinson Cavani, bien que souvent décrié, présente des statistiques juste incroyables, avec, en plus, un état d'esprit presque irréprochable. Peut-on dire qu'il fait partie des cinq meilleurs joueurs du monde ?
Le problème, aujourd'hui, n'est pas Cavani. Même s'il n'est pas le meilleur joueur du monde, il appartient quand même à cette catégorie des vingt ou trente meilleurs joueurs de la planète football. Je trouve que, depuis le début de saison, il est extrêmement intéressant, il sauve Paris, sans lui ce ne sont pas les mêmes matchs. Ce n'est pas le meilleur mais il reste très intéressant et il peut permettre à Paris de remporter la Ligue des Champions.
Encore une fois, le vrai problème, pour moi, se passe plutôt au milieu et, pourquoi pas, en défense centrale. Tout le monde a l'air de trouver Marquinhos exceptionnel. Mais il n'est pas Ramos, Boateng, Silva, Chiellini. Il y en a beaucoup avant lui. Même chose pour le gardien. On sait que Paris a les meilleurs joueurs du monde à d'autres postes, avec Alves, Neymar, Mbappé, mais l'équipe n'a pas encore la solidité du Bayern ou du Real. Elle l'a presque, elle s'en rapproche mais pas encore tout à fait. Au milieu, il manque un Iniesta à l'époque de ses grandes saisons, un Rakitic, un Modric, un Kroos. Mais ce n'est pas loin, parce que Verratti n'est pas loin de ce niveau, parce que Rabiot est intéressant. Ce n'est pas encore l'excellence totale. Si le Psg gagne l'Europe cette année, cela ressemblera plus, pour moi, à un Chelsea de 2012 qu'à un Real de la saison dernière.
4/ Justement, croyez-vous en la victoire européenne du Psg ?
Si le Psg passe les 1/8è de finale, tout dépendra ensuite du tirage. Si c'est encore un match difficile, il y a quand même un moment où l'équipe s'épuise, même quand on est un gros club. Si, après le Real, Paris affronte City, ce sera difficile. Par contre, si c'est l'AS Roma, bien sûr, j'y croirai.
Mais c'est la première année que je trouve aussi ouverte, pour beaucoup de clubs. Bien malin qui sait dire qui va gagner la Ligue des Champions et je trouve cela génial. Au moins cinq clubs peuvent remporter la compétition. C'est l'année la plus surprenante depuis très longtemps, ce qui est sympa.
5/ L'AS Monaco, malgré de nombreux départs l'été dernier, se maintient dans le haut du classement. Êtes-vous plutôt contente de ce que l'équipe a pu montrer ? Ou est-ce quand même décevant ?
Tous ces départs ont été durs à encaisser. La perte des Bakayoko, Mendy, Mbappé a été compliquée à digérer. Mais je pense quand même que Monaco finira deuxième du championnat. Parce que le budget est là, parce que c'est un club qui, même s'il a chuté en Ligue des Champions, n'a plus de gros rendez-vous réel. Je trouve l'équipe intrinsèquement, ligne par ligne, joueur par joueur, plus intéressante que l'OM et l'OL, vraiment.
Même s'ils ont mal commencé, même s'ils ont perdu Fabinho qui, visiblement, avait la tête à Paris, même si on ne reconnaît pas Subasic, même si Falcao est un peu vieillissant malgré un début de saison canon, il y a quand même du talent, il y a une tranquillité que l'on ne retrouve pas, selon moi, dans les autres clubs.
Encore une fois, le budget est quelque chose de très important en Ligue 1. A la fin de la saison, il y a toujours une petite surprise mais, malheureusement, ça suit souvent le budget. Donc, pour moi, Monaco vit une année de transition et, pour ce club, tout va se jouer lors du mercato d'été.
6/ Au-delà de la deuxième place monégasque que vous envisagez, qui finira troisième selon vous ?
Je crois qu'il n'y aura pas de grande surprise. Cela va se jouer entre Marseille et Lyon. Je ne vois pas Nantes tenir même si je dois dire que le travail de Ranieri est fou et extraordinaire. Il donne une confiance à ses joueurs et il sait les faire jouer. C'est un père et, vous l'avez peut-être remarqué, les joueurs, après avoir marqué un but, se dirigent souvent vers leur entraîneur, ce qui prouve plein de choses.
Peut-être que Nice reviendra fort mais je ne crois pas qu'il y aura de surprises folles cette saison.
7/ Pour terminer, Christophe Galtier, qui vient d'arriver à Lille, est-il l'homme de la situation pour sauver le Losc ?
Grâce au Multiplex d'Europe 1, j'ai pu voir à peu près tous les matchs de Lille cette saison. Je me suis toujours demandée ce que Bielsa avait en tête. Il n'y avait pas de psychologie, pas d'analyse. Cet entraîneur était un peu l'anti Ranieri. C'est un club qui est épuisé, fatigué et un peu traumatisé. On voit bien qu'il y a du talent chez les joueurs mais des talents qui n'arrivent pas encore à éclore.
J'espère que Galtier sera l'homme de la situation car le Losc est un club très aimé en France, où il y a des moyens, où il y a eu un début de construction. J'ai envie d'y croire mais il est sûr que si Galtier arrive à les mettre dixièmes ou douzièmes, ce sera déjà énorme. Mais je ne crois quand même pas que le club descendra en Ligue 2.
Ce fut un plaisir, Marion, d'échanger une nouvelle fois avec vous !