Marie Réache évoque sa riche actualité artistique !

Bonjour Marie,
Merci d'avoir accepté de répondre à quelques questions pour notre blog.
1/ Vous êtes actuellement à l'affiche au Lucernaire de la pièce « Orphée et Eurydice à bicyclette ». Pour commencer, comment présenter ce spectacle ? Quels thèmes et quelles thématiques y sont abordés ?
La compagnie des Épis Noirs, avec laquelle je travaille, a pour spécialité de prendre des mythes et de les déflagrer en quelque sorte. On part effectivement du mythe d’Orphée et d'Eurydice mais on retrouve Bernard et Jeanine, deux personnes qui s'aiment beaucoup et qui décident de raconter l’histoire des deux héros pour sauver le monde.
Dans l'histoire, on croise aussi notamment les parents d'Orphée et d'Eurydice. Il y a en fait plein de personnages que l'on va tous jouer pour raconter une aventure. Ça donne un espèce de spectacle complètement vertigineux, avec un cadre et, dans celui-ci, on fait exister de nombreux univers.
Sans arrêt, on revient sur Bernard et Jeanine, c'est donc vraiment du théâtre dans le théâtre. On passe d'un univers à l'autre en l'espace d'un mouvement de cadre. On passe de personnages très caricaturaux et comiques à Orphée et Eurydice qui ont une sorte de pureté, à Bernard et Jeanine qui se disputent mais qui sont tous deux très sympathiques.
Bernard est à fond sur sa volonté de sauver le monde. Jeanine est plus légère, elle fait cela pour lui faire plaisir donc elle ne se rend pas vraiment compte qu'il y a du public, elle lui parle de ses bas de contention, de ses varices. Cela donne un décalage très sympa.
Les gens apprécient énormément ces changements de cap très abrupts.
2/ Comment basculez-vous d'un personnage à l'autre ?
Ce n'est pas du théâtre d'incarnation, ce n'est pas du tout du théâtre psychologique. Dès le départ, on a travaillé avec un cadre pour symboliser cette cassure. De suite, on a mis en avant le fait de passer d'une chose à une autre en une seconde. Mais ce n'est pas facile, les personnages ont notamment des voix totalement différentes.
Je joue à un moment la mère, une abominable femme, une sorte de Cruella d'Enfer. Pour tout raconter, Eurydice est une sirène qui vient d'un monde sous marin et qui est envoyée sur terre pour sauver le monde, par Hadès, le dieux des Enfers. Elle est accompagnée d'Orphée.
Se développe ensuite une histoire d'amour avant qu'Eurydice ne descende aux enfers. C'est en fait une prostitution dans le monde des films pornos. A la fin, Orphée vient la chercher mais, comme dans le mythe, Hadès lui dit de ne pas se retourner, ce qu'il n'écoute pas, entraînant la mort d'Eurydice. Sur le fond, c'est donc une histoire assez dramatique mais le spectacle n'est pas traité de la sorte du tout.
3/ Justement, quelles ont été vos principales sources d'inspiration à tous pour développer, mettre en scène et interpréter ce spectacle ?
La compagnie est axée principalement sur du théâtre musical, les deux casquettes étant mises en avant équitablement. Pierre Lerick écrit les textes et fait les musiques. D'habitude, il fait la mise en scène mais là, comme nous ne sommes que deux pour interpréter une dizaine de personnages, nous sommes mis en scène par Manon Andersen, une comédienne extraordinaire fétiche de la compagnie. Elle a fait un travail incroyable, les gens sont ravis.
C'est un spectacle inclassable, un ovni. Il faut se laisser porter, il ne faut pas chercher à comprendre. Tout est donné et il faut surtout se laisser porter dans ce tourbillon, qui est autant musical que théâtral. Du coup, je me retrouve à jouer de l'accordéon, ce que je n'avais absolument jamais fait, à chanter, ce que j'ai très rarement fait et à danser, ce que je n'avais carrément jamais fait. C'est assez complet. Je n'ai d'ailleurs jamais fait un spectacle aussi physique, je sors en transpiration.
Tout est très affirmé par rapport au théâtre psychologique. Pour passer d'un monde à l'autre, on ne peut pas être dans de la demi teinte. Eurydice commence en enfant, le travail associé m'a beaucoup plu car je l'ai souvent fait. Plus je vieillis, plus on me donne des rôles jeunes, ce qui est plutôt agréable. Après, elle devient une jeune fille puis une femme. Un peu comme dans le mythe, un serpent va même arriver dans cette histoire d'amour entre Orphée et Eurydice, qui s'appelle Victorio, un salopard, un mac qui va casser cette belle idylle naissante sur l'île d'Ouessant. C'est le début de la descente aux enfers dont je vous parlais.
4/ Le spectacle est présenté depuis quelques jours maintenant. Quels sont les premiers retours des spectateurs ?
On a plutôt vraiment des bons retours. La première était complète. Il y avait une petite longueur à la fin que nous avons résolue. Entre la première et maintenant, on a enlevé dix minutes de spectacle, pour arriver au bon format d'une heure quinze.
Beaucoup de gens nous félicitent pour notre performance et nous disent être embarqués dans ce tourbillon. D'autres disent avoir du mal à suivre mais la plupart aiment ce vertige dans lequel on les embarque. C'est vraiment un type de théâtre particulier et la compagnie fait de véritables cartons depuis des années, notamment en Avignon. L’humour est très particulier, on n'est pas dans quelque chose de connu et c'est ce qui fait l'originalité de la pièce.
5/ En parallèle, les fidèles téléspectateurs de France 3 peuvent vous retrouver depuis quelques années dans la série à succès « Plus Belle la Vie ». Où vous interprétez le personnage de Babeth Nebout. Que dire de cette belle aventure ?
Certains téléspectateurs sont venus voir la pièce, se sont laissés emporter et, en sortant, m'ont dit que c'est incroyable de me retrouver dans un registre aussi différent. Ce qui me fait super plaisir.
C'est une aventure extraordinaire et incroyable. Comme je le dis souvent, il n'y a pas de star dans la série, personne n'a la grosse tête et on retrouve un esprit de troupe juste formidable qui n'existe sur aucun autre tournage. Il n'y a pas un acteur de la série dont je pourrais dire que je ne l'aime pas. Je les aime tous, particulièrement les membres de ma famille. On est vraiment très soudés. Il faut d'ailleurs savoir que Jean-Marie Galey, qui joue mon père dans la série, est la personne qui m'a lancée dans le métier de la télé à mes vingt ans.
5/ Pour terminer, que dire de plus aux lecteurs pour les inciter encore davantage à venir voir la pièce ?
C'est un spectacle d'une heure quinze d'évasion, dans un tourbillon. Laissez vous aller, c'est vraiment du théâtre populaire, fait pour plaire à tout le monde. Nous avons vraiment bon espoir, c'est très bien parti.
Ce fut un plaisir, Marie, d'effectuer cet entretien avec vous !