Hélène Péquin évoque avec nous son beau parcours artistique ainsi que son actualité !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Hélène,

Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes une artiste aux multiples cordes, aux multiples casquettes, comme en témoignent notamment vos expériences à l’image et sur scène. Pour prendre un peu de recul sur votre parcours, qu’est-ce qui vous avait donné l’envie de faire de l’artistique votre métier et votre quotidien ?

Il y a plusieurs étapes. Enfant, l’été, j’aimais participer aux spectacles dans ma colonie de vacances en Ardèche. Puis, à 16 ans, quand je suis partie un an aux Etats-Unis, j’ai fait partie de la compagnie de théâtre du lycée. Mais je n’étais pas encore consciente que je voulais en faire mon métier. Plus tard, j’ai vu Nathalie Baye dans un film puis dans une émission télévisée où elle était interviewée. C’est une étape qui m’a marquée, la voir me donnait envie de jouer et je m’amusais à improviser toute seule. Puis, en Hypokhâgne à Grenoble, il y avait un atelier théâtre en cité universitaire. Je me suis inscrite et ça a été un peu un déclencheur, particulièrement parce que la personne qui s’occupait des ateliers avait commencé à parler de Paris et des Cours Florent. A cette période-là, je voulais devenir journaliste mais, au fond de moi, intuitivement, je n’avais pas l’impression que c’était pour moi, il y avait autre chose qui m’appelait. Je suis alors partie à Paris et je me suis inscrite justement aux Cours Florent. J’ai tout de suite senti à quel point ça me plaisait de jouer mais sans avoir conscience encore du métier que c’était.

Je dirais que quand je suis arrivée à Paris, c’est le plaisir du jeu qui m’a plu, le côté ludique, le fait de créer à partir de soi et avec les autres. J’étais très scolaire à la base et là tout un univers s’ouvrait, celui du jeu et de l’imaginaire. Après, petit à petit, il y a des raisons plus profondes qui viennent, quand on commence à plonger dans les textes et qu’on est vraiment touchés, que ça raconte des choses qui nous dépassent. Cela me fascine et c’est ce qui continue de me nourrir aujourd’hui. Il y a tout qui s’amplifie ensuite : avec le temps, j’ai encore plus envie de jouer avec les autres, d’exprimer les multiples couleurs de la vie et d’aller à la fois dans les profondeurs et dans la légèreté grâce à des textes d’auteurs qui sont magnifiques. 

Il y a certainement aussi ce côté hypersensible, cette envie, ce besoin d’exprimer plein de choses à travers ces histoires, de mettre notre humanité avec toutes ses nuances et ses paradoxes au service d’une histoire. 

Parmi toutes les expériences que vous avez pu avoir jusqu’à présent, en retenez-vous certaines plus encore que d’autres ?

Les deux premières images qui me viennent sont mes deux premiers tournages télé. La première, c’est le téléfilm « La Promesse du feu » réalisé par Christian Faure. Parce que ça demandait d’aller dans des endroits qui peuvent être très inconfortables. C’était une expérience riche et je me suis surprise à prendre plaisir à jouer des choses sombres. Le film avait été adapté d’un roman et ce fut un cadeau de pouvoir le lire avant de commencer le tournage. Ça aide à développer tout un imaginaire qui nous habite ensuite pendant nos scènes. Je me souviens tout particulièrement de mon tout premier jour de tournage. On a tourné la scène finale dans les ruines du Château d’Aumelas qui surplombe un paysage magnifique. Les pompiers allumaient le feu et l'éteignaient à la fin de nos scènes, c’était intense et assez unique comme expérience.

Après, la deuxième image qui m’est venue, c’est  « Candice Renoir ». C’était mon tout premier jour de tournage télé dans ma vie d’actrice, je jouais une danseuse de salsa accusée de meurtre. On a passé la journée à danser la salsa et j’ai adoré passer autant par le corps. Je suis assez traqueuse et le fait de commencer par la danse m’a aidée à me détendre, à entrer dans le ludique et à ensuite passer ce cap de la première scène parlée. J’ai une image magnifique en tête de ma découverte du plateau où d’autres comédiens étaient déjà en train de tourner. Il était tôt, la lumière naturelle était particulièrement belle et il y avait quelque chose de singulier dans l’air pendant leur scène, une qualité de présence qui m’a marquée. C’est mon tout premier souvenir de tournage. 

Après, au théâtre, je pense à « Antigone » de Sophocle. Pouvoir jouer, rejouer, traverser et retraverser cette histoire, c’est sûr que ça marque à vie. C’était très intense et engageant. C’est un rôle que j’aimerais jouer à nouveau, différemment. Une fois de plus, c’est un souvenir qui correspond à mes débuts.

Considérez-vous ces deux domaines artistiques que sont l’image et le théâtre comme le même métier, où il faut ouvrir et fermer des tiroirs ? Ou comme deux arts différents ?

En fait, ça dépend du style de jeu. D’une manière générale,  je les considérerais à la base de la même manière. Idéalement, je fais des recherches sur le contexte de l’histoire puis je me pose plein de questions sur l’histoire du personnage, sur ses valeurs, ses rêves, ses intentions, ses secrets, ses enjeux, son challenge du moment… J’essaie d’imaginer son univers et je me laisse traverser dans le jeu par des impulsions physiques, émotionnelles en aspirant à une certaine vérité de jeu. Je peux très bien utiliser la même méthode à l’écran et au théâtre en ajustant le volume et l’expression corporelle. Après, c’est en fonction aussi du metteur en scène avec qui on travaille. Sans oublier l’écriture et la forme théâtrale. Si c’est un spectacle jeune public, comme une adaptation des Fables d’Esope dans un style burlesque, je ne vais pas du tout travailler de la même manière. Mais j’ai encore tellement à apprendre et à expérimenter. J’ai toujours cette impression et cette sensation que ce n’est que le début. Là, je termine un stage de théâtre/cinéma avec le coach américain Robert Castle et je sens qu’il y a encore des fenêtres qui s’ouvrent, ce n’est qu’un autre début, je peux aller tellement plus loin dans l’exploration des histoires et j’en ai envie. C’est ce qui me passionne. 

Plus récemment, vous avez participé à plusieurs quotidiennes en télévision. On le sait, le rythme de tournage y est très soutenu. Artistiquement parlant, ce doit être une très belle école ?

Oui ! Il vaut mieux arriver prête, disponible et détendue. On n’a souvent que deux ou trois prises. Personnellement, j’aime préparer en amont, m’approprier au mieux l’histoire et connaitre le texte comme une seconde nature. J’ai croisé sur « Plus Belle La Vie » des acteurs tellement expérimentés et si bien installés dans leurs personnages qu’ils ont des méthodes complètement différentes. Ils découvrent le texte juste avant de tourner la scène et ils ont développé une telle mémoire immédiate qu’ils sont capables de l’apprendre au dernier moment et de jouer de manière vivante comme s’ils improvisaient mais en ayant vraiment le texte. C’est assez admirable.

J’ai une autre manière de travailler, même si pour le casting de “Plus Belle la Vie” j’ai dû justement apprendre la scène juste avant de la jouer parce que le directeur de casting voulait me voir sur ce rôle de directrice de casting pour enfants (alors que j’étais venue pour un rôle de photographe). Je me suis amusée à le faire pour le casting mais quand il y a plusieurs scènes à jouer dans la même journée, j’aurais peur de m’emmêler les pinceaux et de faire perdre du temps à l’équipe. 

Du coup, oui, j’aime travailler en amont, imaginer plein de choses, j’ai même un questionnaire que je reprends à chaque fois pour chaque personnage, j’aime écrire pour répondre à ces questions et quand j’écris, je sens et découvre différents aspects de l’histoire. Il y a également beaucoup de choses qui se passent sur le plateau, quand on rencontre les comédiens, dans la spontanéité. J’aime préparer, je pense que ça me rassure, j’aime me raconter une histoire mais j’aime aussi quand c’est transformé sur le plateau et qu’il se passe des choses auxquelles je ne m’attendais pas du tout. J’adore ça même! Je me suis laissé surprendre souvent sur « Plus Belle La Vie », j’étais partie dans une direction et, naturellement, c’est allé ailleurs. Ça m’a plu. 

En tous cas j’étais ravie de ce tournage avec Stéphane Hénon et Jérôme Bertin. Ils ont été des partenaires de jeu à la fois drôles, généreux et attentionnés. Et ce fut un vrai plaisir de tourner avec les quatre réalisateurs/réalisatrices que j’ai rencontrés ainsi que toute l’équipe de la série, une belle famille, une belle aventure !

Même si ce n’est jamais toujours évident, aimez-vous voir le rendu final lors de la diffusion à l’écran, pour capitaliser les points forts et ceux à améliorer ?

Oui, bien sûr ! Dès fois je suis contente et parfois, c’est l’inverse. J’apprends à accepter que mon jeu aurait pu être différent et que mon image ne correspond pas forcément toujours à celle que j’aimerais avoir. Sur le plateau d’une quotidienne, on a un coach pour nous accompagner face à ce rythme soutenu. J’ai principalement travaillé avec Eric Hénon. Il est très doué, il y voit clair et sait dire des choses précises qui aident dans l’ajustement du jeu. 

J’ai une scène en tête, tournée en fin de journée, c’était la huitième. Je manquais de repos et pour garder l’énergie, j’étais malgré moi en mode efficace. A la base, j’avais eu l’intention de traverser la scène différemment mais au moment de jouer, je suis allée droit au but et j’ai trouvé ça dommage.  Il y avait du rythme, oui, mais ça a enlevé des couleurs, il y aurait pu en avoir d’autres, plus vivantes et plus intéressantes à mes yeux. Donc je me suis dit « ok, la prochaine fois, même si c’est la fin de journée et que j’ai l’impression que l’équipe a envie d’arrêter, prends le temps quand-même ». J’ai failli poser une question au réalisateur pour proposer une autre version et je me suis ravisée mais peut-être qu’il aurait bien voulu. Il était adorable en plus. Comme si je n’avais pas voulu déranger…

Sur une autre scène, j’avais un peu peur du résultat et plus tard, en voyant les images, j’ai été rassurée. C’est au final une de mes scènes préférées. Ce qui est important pour moi, en tant qu’actrice, c’est d’apprendre à lâcher prise là-dessus, de faire au mieux puis d’accepter que, dans le parcours, il peut y avoir des loupés, des déceptions ou des bonnes surprises.  En tout cas, ça fait partie du métier de lâcher prise sur le résultat, même si ce n’est pas toujours évident, comme vous le dites.

On pourra vous retrouver le 7 novembre en prime-time sur TF1 dans « Le sentier des loups ». Cela a dû être pour vous une belle aventure et un chouette tournage ?

Oui, oui, carrément ! Quand je suis arrivée sur le tournage, j’ai retrouvé un accessoiriste que je connais depuis mes débuts à la télé, ça m’a fait tellement plaisir de le revoir. Tout de suite, juste avant de tourner une scène, il m’a dit « Hélène, tu vas voir, il y a une bonne ambiance sur ce tournage ». A ce moment-là, c’est marrant, il y a eu un grand silence et je me suis demandé s’il me faisait une blague. Mais non, ça a été un tournage très joyeux et riche en belles rencontres!

Julien Seri, le réalisateur, est à la fois très pro, très doué et très jovial. C’était un plaisir de tourner dans ces conditions-là. J’étais très heureuse de jouer avec Karim Belkhadra et de rencontrer Philippe Bas, Sara Mortensen, Jérôme Anger, Edouard Montoute, Denis Braccini, John Guedj, Maximilien Fussen… C’était super de pouvoir échanger avec eux à la fois sur nos passions en tant qu’acteurs et sur d’autres sujets. Et puis on a beaucoup ri, je me souviens d’énormément de bonne humeur sur ce tournage. On avait également des scènes avec beaucoup de personnages, avec toute la bande d’ados notamment, c’était très chouette de les voir jouer et de sentir leur complicité. J’ai aimé ces scènes où on était tous ensemble. Vous le verrez, il y a un chouette tableau à la fin du téléfilm où on est tous ensemble. J’ai un beau souvenir de notre dernière scène collective. C’était la toute dernière soirée de tournage. C’était juste magique, magique par l’humour, par les rires, l’atmosphère… Il faisait nuit, on a attendu que tous les avions de la base aérienne aient atterri pour commencer à tourner et  il y avait une pleine lune magnifique. Tout cela est important pour moi, les liens qui se tissent, l’ambiance, le décor…. Là, découvrir la base militaire aérienne de Salon de Provence et une partie des personnes qui y travaillait, c’était très chouette. En tant que comédien, on raconte des histoires qui nous amènent à découvrir des lieux, des métiers, des personnes, des univers que l’on n’aurait jamais découverts autrement, pour moi c’est une chance !

En complément, quels sont vos autres projets du moment ?

Je suis en pleine préparation d’un casting pour un téléfilm. Au théâtre, j’ai rendez-vous dans quelques jours avec un acteur et metteur en scène anglais pour la lecture d’une pièce. J’ai très envie de remonter sur scène. Je sors du stage dont je vous ai parlé, qui m’a passionnée et donné une grande énergie. Je vais continuer à explorer ce que j’ai commencé à travailler, « La Femme Juive » de Brecht. J’aime me laisser guider par mon intuition et voir où les projets me mènent. Cette année, je me lance dans la mise en scène de spectacles en anglais avec des lycéens. Je donne, en parallèle, des cours de théâtre en anglais et en français dans une école de théâtre à Montpellier et à la fac de Nîmes. Ce côté transmission est important pour moi, ça me nourrit à la fois en tant que personne, en tant que professeur/accompagnant et en tant qu’actrice. J’apprends beaucoup et je partage des moments merveilleux avec les élèves. Je fais aussi de la voix-off, pour des livres audio, du documentaire et des pubs. Je me suis équipée récemment de mon propre matériel et même si j’aime beaucoup aller enregistrer en studio avec l’équipe, je suis aussi contente d’avoir cette possibilité d’enregistrer chez moi, en prenant bien le temps de tout peaufiner. Tout me passionne, je n’ai rien envie de mettre de côté.

Merci, Hélène, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre, Télévision

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