Ingrid Dupont évoque sa belle et riche actualité artistique !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Ingrid,

Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !

On peut actuellement vous retrouver sur scène, chaque mercredi soir, au théâtre Montmartre Galabru dans le spectacle d’improvisation « La brigade voltige ». Avant de s’intéresser au programme en lui-même, on imagine sans doute le plaisir hebdomadaire que cela doit être pour vous de monter sur les planches ?

Tout à fait ! C’est vraiment le plaisir numéro un parce que l’improvisation est encore, pour beaucoup de personnes, une activité amateur. Très peu peuvent en être professionnels et avoir un spectacle programmé aussi régulièrement, toutes les semaines, avec un beau public, dans un beau théâtre est déjà une chance en soi, effectivement. Parce que la plupart des spectacles d’impro ont lieu dans des bars, les gens peuvent consommer en même temps ou discuter, c’est un peu moins formel, les rémunérations se font au chapeau donc à la discrétion des spectateurs. Alors que, là, on paie son billet, on s’installe dans un joli fauteuil rouge, on a un beau rideau, une belle scène. Donc, oui, oui, c’est vraiment une chance de faire rentrer l’improvisation dans les murs d’un beau théâtre.

Avec vos mots, comment caractériser ce spectacle ?

C’est un spectacle d’improvisation long format, c’est-à-dire que c’est une histoire qui dure une heure et quart, différente d’un format cabaret où les impros sont des histoires courtes. Là, l’univers reste le même tout au long du spectacle, il est connu, ça se passe dans les années 80 et nous sommes les trois personnages principaux (trois des quatre agents de la Brigade Voltige). On est quatre comédiens et, chaque semaine, les trios tournent. Nos personnages sont définis, on a des archétypes et, ensuite, chacun de ces personnages a sa propre mission, donnée par le public. Nous sommes en 1984, le public remplit donc des faxes, que nous recevons aux QG, nous choisissons chacun celle qui nous parait la plus urgente pour sauver le monde. Comme, bien entendu, on ne peut pas conclure une mission seul, les deux autres font tous les personnages secondaires qui alimentent notre mission. Du coup, on a trois histoires entremêlées. Il y a une petite gymnastique parce que les histoires sont vraiment entrecoupées. On a les mêmes costumes, on n’a pas d’accessoire pour faire comprendre que l’on est un autre personnage, on a notre voix, notre corps, notre texte, on écrit au fur et à mesure. C’est ce qui fait la richesse de ce spectacle en tout cas.

 

 

Chaque spectacle est donc unique...

Ah oui, il est unique. Les gens du public et les comédiens sont les seuls à connaitre l’histoire, il n’y a qu’eux qui l’ont vue. Le spectacle ne sera jamais rejoué, jamais diffusé, c’est tous les mercredis une nouvelle histoire et un nouveau spectacle. C’est pour cela que l’on peut revenir très régulièrement puisque c’est différent toutes les semaines. Les agents, eux, ne changent pas, c’est un peu le repère pour nous et le public. Mais, effectivement, ce sera quelque chose de nouveau, avec trois missions différentes.

A titre plus personnel, comment appréhendez-vous votre jeu ? Vous êtes sans filet, vous n’avez pas le texte d’une pièce traditionnelle à dérouler…

Tout à fait ! Quel que soit le spectacle d’impro, on est à la fois acteur, metteur en scène et auteur. Effectivement, les trois viennent se cumuler sur un instant très très court, très précis. Alors, c’est difficile, je ne vais pas le cacher mais c’est aussi ce qui fait qu’il y a de l’adrénaline et qui fait que, oui, c’est un peu plus risqué qu’une pièce de théâtre classique. Donc, forcément, il y a de la peur liée à l’inconnu, on dépend aussi de nos partenaires : qu’est-ce qu’ils vont nous donner ce soir-là pour nous permettre d’avancer ? Ce qui est rassurant, je dirais - et c'est ce que j'enseigne en tant que prof d'impro par ailleurs - c’est qu'il ne faut pas chercher à avoir une bonne idée. Il ne faut pas chercher non plus ni à être drôle ni original. On vient vide et on voit ce que l’autre nous propose. Donc, finalement, on n’est jamais seul puisque c’est l’autre qui va alimenter nos idées, il va envoyer quelque chose, un mouvement du corps, une idée, il va dire quelque chose et, en fait, normalement, on n’a plus qu’à dérouler. Donc, si on est bien à l’écoute de ce qui se passe et de ce que l’autre a envie de jouer ou de l’idée qu’il propose, normalement les deux n’ont plus qu’à faire la même chose, à s’écouter pour que ça se construise. Donc, d’un côté, c’est très dur et, d’un autre, il y a quand même ce cadre qui nous permet de savoir que l’on n’est pas complètement sans filet parce que l’on n’est pas vraiment seul, tout est là. Il y a aussi les attentes du public et celui-ci s’invente ce qu’on ne lui a pas forcément montré. Il comble, naturellement, les trous et notre job est aussi de satisfaire cette attente. Il y a alors deux choses : soit on la satisfait et il y a ce soulagement, « c’est bon, c’est ce que l’on attendait, tout va bien », soit on ne le fait pas, il y a l’effet de surprise, qui est aussi génial parce que surprendre un public, c’est le pompon, la cerise sur le gâteau. Mais, oui, c’est flippant parce que, cinq minutes avant, on n’a aucune idée des personnages. En moyenne, je dirais que l’on a cinq à six personnages minimum par spectacle. Dès fois même plus…

 

 

A la fin, en sortant, ce doit être un vrai plaisir et une réelle satisfaction d’avoir su répondre, une fois encore, à l’enjeu et aux attentes ?

Oui ! Effectivement, il y a deux choses. On est allés jusqu’au bout, on a bouclé les histoires, on a réussi, on a rempli la promesse, en général le public est quand même très très content et assez impressionné parce qu’il y a une performance pas négligeable. Après, on reste des comédiens, des artistes, on est exigeants donc on n'est jamais pleinement contents (rires). A chaque fois, on se demande ce que l’on pourrait améliorer, comment on aurait pu mieux réussir. Nous, de l’intérieur, voyons les choses qui auraient pu être encore mieux. Donc on ne se contente pas simplement de se féliciter, on a toujours cette posture de se dire « ok, c’est génial mais il faut qu’on continue encore de s’améliorer, d’aller plus loin, d’être encore plus impressionnants ». Mais, oui, on est contents quand même…et fatigués.

D’ailleurs, quels principaux retours pouvez-vous avoir du public ?

C’est vraiment le côté « waouh ! Comment vous faites ? ». Parfois, on fait des transitions tellement rapides que le public n’a pas forcément pris conscience qu’on avait changé de personnages que nous sommes déjà sur le fil de l’autre histoire. Dans notre têtecette mécanique est devenue une seconde nature, pour nous c'est évident. Il y a un côté très cérébral dans le fait de pouvoir entremêler et comprendre ces histoires. C'est assez complexe et le public est à la fois impressionné et satisfait de cette complexité. Ils aiment aussi beaucoup nos personnages. Encore une fois, on a des costumes très marqués, qui sont ceux des agents officiels mais ça n’empêche pas de devoir faire croire par exemple à une hooligan très violente et très vulgaire. En costume de Pamela, je peux aussi être amenée à faire une voyante ou une animatrice radio, voire même un extraterrestre ou encore un animal. La performance est donc de faire croire à ce nouveau personnage alors que l'on est habillé avec la tenue de l'agent que l'on a présenté.

On nous remercie aussi souvent pour l’humour. En ce moment, l'improvisation chercher à s’intellectualiser un petit peu, à être plus « sérieuse » (parler du deuil, jouer des émotions sincères, moins être dans la caricature...). Ce n’est pas notre truc, on sait le faire mais on a vraiment choisi d’être du divertissement, notre but est que le public se marre. On peut être un peu caricaturaux et c’est aussi pour cela que ça se passe dans les années 80, c’est plus facile de rigoler de quelque chose qui est passé et qui n’est plus vraiment nous. C’est aussi une période qui s’y prête vachement, que ce soient la mode ou la musique, c’était très marqué. Souvent, le public nous remercie de les avoir fait rire, tout simplement. Les gens rigolent bien et voient que l’on prend du plaisir sur scène. Ils voient que l’on s’amuse et le public prend un peu les émotions du comédien. Donc le côté drôle ressort beaucoup. Et puis la performance d’avoir écrit pendant une heure et quart, alors que l’on n’avait aucune idée de ce que l’on allait jouer dix minutes avant.

 

 

Au travers des différents rôles et personnages que vous devez interpréter dans la même représentation et d’une date à une autre, cela doit sans doute être très plaisant, artistiquement parlant, de pouvoir utiliser une palette de jeu très large ?

Oui, tout à fait ! Ce personnage doit rester le même finalement, son carcan est tout petit – un super héros qui sait tout faire et qui peut tout réussir. Après, en effet, tout est possible, plus c’est diversifié plus c’est agréable et plus on fait de spectacles plus on s’autorise de nouvelles choses. Au fur et à mesure, on s’ouvre un peu plus sur les différentes choses que l'on sait faire les uns les autres, nous qui avons quatre personnalités bien différentes, en tant que comédiens et personnes. C'est génial de pouvoir faire autant de personnages différents et d'essayer de nouveaux trucs. De temps en temps, on a des personnages refuges, que l’on maitrise et avec lesquels on sait que ça va marcher mais, là, en jouant toutes les semaines, je suis obligée d’aller me renouveler, de me surprendre moi-même en essayant des choses que je n’aurais peut-être pas eu besoin de faire si c’était un spectacle moins exigeant. Il y a aussi la demande des autres comédiens. Un soir, ils ont eu besoin d'une humoriste avec un gros costume pour les enfants. Alors question : comment on improvise un comique déguisé ? Il a fallu y aller. J´ai aussi dû faire des extraterrestres, ce n'est pas du tout mon truc (rires). On l’essaie en live, est-ce que ça marche ou pas ? Donc, oui, ça oblige à aller chercher, comme un comédien classique mais lui a des mois et des mois pour trouver le personnage, là où nous n’avons que quelques secondes. On y va, l’urgence en général fait qu’il sort.

En complément, vous développez un autre projet, celui des « Imparfaits ». Un mot sur cette autre aventure ?

Avec les autres membres des « Imparfaits »,  nous nous sommes rencontrés parce que l'on est improvisateurs-comédiens. C’est un savant mélange des deux, nous avons les deux casquettes. A l’origine, on devait surtout proposer un spectacle sur ce que l’on appelle le jeu de scène, qui est quelque chose que l’on développe moins en improvisation en France. Souvent, en improvisation, on raconte une histoire, on a un début puis une évolution. Le jeu de scène est tout l’inverse, on prend une bizarrerie sur une scène et on l’étire, on l’étire, on l’étire, on l’exagère, on la transpose, on s’amuse avec. De ces spectacles d’improvisation est née l’idée d’en faire des sketchs. L’impro n’est donc pas très loin, elle est quand même source de cette écriture. On fait des impros entre nous et si le sketch nous fait rire, on se dit « ok, on l’écrit ». Là, on s’autorise à le refaire, on teste des trucs, on improvise, on part – c’est la magie de l’impro – sur une autre piste,… Quand on a suffisamment de matière, on l'écrit, on l’apprend, on le tourne et on le partage sur les réseaux. Depuis le 26 octobre, on en diffuse trois par semaine sur notre chaine Youtube « lesimparfaits.latroupe », un beau rythme, très intense. Une fois par mois, en général le quatrième samedi, on se produit dans un bar très célèbre de l’impro, l'Improvi'bar. C’est chouette aussi !

Merci, Ingrid, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision, Théâtre

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