Festival d'Avignon 2022 : Florence Coste nous présente les deux spectacles dans lesquels elle joue !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Florence,

Quelle joie d’effectuer cette nouvelle interview avec vous !

Vous participez actuellement au Festival d’Avignon, avec une double actualité, sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir. A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que ce doit être pour vous ?

C’est assez merveilleux ! C’est mon septième festival en tant que comédienne…en tant que festivalière, je ne sais pas, au moins dix…C’est un endroit qui m’apporte vraiment énormément de joie parce qu’on joue pour un public qui est absolument passionné de théâtre. Donc ce sont des gens qui sont hyper enthousiastes. On les rencontre dans la rue, on discute du spectacle avec eux, ils nous disent, le lendemain quand on les croise, à quel point ils ont aimé. On tracte des gens, on les convainc de venir voir notre spectacle, après on a leur retour. Enfin, voilà, on est très proches des gens, il y a beaucoup d’enthousiasme, c’est une effervescence où on voit plein de pièces…je vais aussi en voir en tant que spectatrice donc je me nourris de choses, après je repars sur scène encore nourrie d’autres énergies. J’ai la moitié de mes amis qui sont en Avignon pendant le mois de juillet, je connais tous les bons restos, c’est vraiment un mois de fête, de culture, où on est bouleversé par les spectacles. Je me rappelle que, l’année dernière, c’était vraiment très intense de revenir-là et de revivre ça, je me demandais, cette année, comment j’allais le vivre et je vois que ça m’apporte toujours la même joie. Je pense que je vais passer beaucoup « d’Avignons » et de mois de juillet ici dans ma vieJ.

A 13h, vous jouez dans « Bien au-dessus du silence ». Avec vos mots, comment présentez ce spectacle ?

En fait, c’est un spectacle de poésie, sur les poètes engagés. C’est un montage de textes, on est cinq comédiens sur scène, on dit les mots, on dialogue ensemble à travers les mots de dix-sept poètes différents. On est vraiment sur la crème de la crème du poète, on a Victor Hugo, Aragon, Eluard, Pablo Neruda, …en plus, c’est dans des univers très différents et on aborde plein de thématiques. Ce sont des poètes qui se sont engagés pour lutter contre l’injustice, l’oppression, le racisme…donc des thèmes parfois lourds et forts. Mais, d’un autre côté, ils se battent avec leur plume, avec beaucoup de solidarité, d’entraide et d’espoir aussi. Parce qu’ils ont vraiment l’espoir de faire changer les choses par l’art donc ça questionne aussi le rôle du poète et de l’artiste dans notre société, ça questionne le public lui-même sur son propre engagement également. Donc c’est un très beau spectacle. Et c’est rendu accessible aussi…parfois, les gens peuvent être un peu réfractaires à la poésie, ils ont l’impression que ça ne va pas leur parvenir. Je pense que la force de ce spectacle est que, justement, on incarne ces mots à travers des personnages et des mises en situation. Ce qui fait que l’on y a plus facilement accès et accès aux émotions qui y sont associées. Il y a aussi tout un travail chorégraphique, Violaine Arsac signe une très belle mise en scène. Donc c’est un sujet fort et rendu accessible. C’est vrai que les gens sont touchés en fait. Souvent, dans les pièces de Violaine, ça va toucher à des questions essentielles de nous en tant qu’humain. J’avais fait « Les passagers de l’aube » avec elle avant, là ça parlait d’expériences de mort imminente, de spiritualité, de pourquoi on est là…des vrais sujets de fond, qui sont aussi très émotionnels.

De faire cela est aussi un tout autre exercice. Aller tracter des gens pour leur dire de venir voir un spectacle de poésie n’est pas le tractage le plus facile du monde mais, du coup, quand on a fait cela, quand on a réussi à convaincre les gens et que l’on voit leur réaction, alors qu’ils n’étaient pas particulièrement passionnés de poésie, on se dit que l’on a réussi notre pari. C’est assez satisfaisant.

 

 

Justement, quels sont les principaux retours que vous pouvez avoir du public, à la sortie du théâtre ?

Les gens sont très touchés, justement parce que ce sont des sujets forts. Ces poètes ont écrit des textes magnifiques, interpréter ces mots-là et aller toucher le public avec cela est très beau. Ils sont aussi étonnés de la forme parce que ce n’est pas une pièce qui raconte une histoire mais il y a un fil rouge où on traverse le féminisme, la misère, le racisme, la guerre. Ce qui est fort aussi et qui revient beaucoup de la part des gens, c’est que ce sont des mots qui raisonnent tellement avec l’actualité du moment. Il y a l’Ukraine, il y a ce qui s’est passé sur l’avortement aux Etats-Unis. Quand on dit ensuite des mots d’Anne Sylvestre sur le féminisme, d’un coup ça a une résonnance folle. Donc, oui, je pense que c’est un spectacle qui a sa place et particulièrement en ce moment.

Si on se replonge quelques temps en arrière, lorsque vous avez commencé à préparer ce spectacle, on peut penser qu’il y avait certains textes que vous ne connaissiez pas, que vous avez découverts et qui ont sans doute dû vous marquer, vous interpeller…

Complètement ! Il y en a qui sont très connus, il y en a d’autres qui le sont moins, il y a de la poésie contemporaine. En fait, on a commencé à travailler ce spectacle il y a plus d’un an parce qu’on devait le jouer au dernier festival. Avec les histoires de timing et les horaires qui ont changé à cause du Covid, on n’avait pas l’horaire que l’on voulait…on s’est dit que l’on allait revenir mais au bon horaire. Depuis, il s’est passé des choses, j’ai lu des bouquins entre temps et, maintenant, j’ai un œil différent sur ces poèmes. En fait, c’est tellement riche…Quand on était au lycée, on en faisait des études de texte pendant quatre heures donc c’est sûr que quand on les interprète, au fur et à mesure des représentations, il y a des choses qui nous parviennent, que l’on redécouvre. C’est vrai qu’en tant qu’interprète, c’est un parcours très dense. Et puis c’est très important de rendre cela concret. Ce sont des mots qui, parfois, sont un peu lyriques. De les rattacher à des situations concrètes pour vraiment raconter des choses, pour vraiment faire ressentir des choses aux gens, c’est un travail pour une comédienne qui est très intéressant.

En début de soirée, vous reprenez « Titanic, la folle traversée », également à l’affiche à la Renaissance, à Paris. Ce doit sans doute être une chouette histoire que de poursuivre cette aventure ici, en Avignon ?

Cette aventure est un peu folle. On travaille dessus depuis quatre ans. On est douze sur scène donc ça demandait un gros travail préparatoire. Le Covid est passé par là, ça a été reporté. Ça a été un gros pari parce que c’est une petite compagnie, qui a déjà fait beaucoup de succès, qui est autofinancée. C’est donc un gros pari dans un contexte pas facile. Ce fut vraiment un gros succès l’année dernière, ce qui a fait que l’on se retrouve dans un théâtre parisien sublime et immense, alors que c’est un travail qui est très familial, presque artisanal. C’est très beau, c’est un super bel accomplissement d’arriver dans ce théâtre-là. Et, là, de revenir à Avignon, où, finalement, tout cela a commencé est génial. C’est un festival où c’est presque facile, le bouche à oreilles a été fait, les gens connaissent et, surtout, ils ont un enthousiasme fou, c’est la folie dans la salle. C’est un public très chaleureux. Sur un spectacle d’humour comme cela, où il y a beaucoup d’attente sur les réactions du public, c’est vraiment un bonheur de jouer ici.

 

 

En quelques mots, pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, que dire sur ce spectacle ?

C’est une adaptation de l’histoire du Titanic, de la vraie histoire et de celle du film mais en version parodique, détournée. Donc on est vraiment dans de l’humour, avec beaucoup de fantaisie, d’inventivité. Il y a les personnages mythiques, le mien s’appelle Lise maintenant, mais c’est Rose, qui vit une histoire d’amour avec James (Jack). Autour, il y a aussi plein de personnages qui sont inventés, qui sont hauts en couleurs. C’est vraiment un spectacle de troupe, où on chante également, on danse, on a des musiciens sur scène et c’est immersif. Ça joue sur le plateau mais ça joue aussi dans la salle, on fait rentrer les gens par la salle comme s’ils montaient sur le bateau. C’est une vraie expérience ! Et le bateau coule quand même à la fin. Là où on a vraiment réussi notre pari, c’est quand on retourne le truc, après avoir faut rire les gens pendant une heure et demie, on revient au fait que ça a été un drame, que cela s’est réellement passé et que ce n’est pas que rigolo.

Concernant le festival en lui-même, globalement, les journées doivent sans doute être riches, intenses et chargées, dans le bon sens du terme, entre le jeu, le tractage et la découverte d’autres spectacles…

C’est mon grand plaisir ! L’année dernière, j’ai fait vingt spectacles, là je ne sais pas si je vais réussir à en faire autant. De toute façon, nous, pour avoir après des choses à donner sur scène, il faut aussi que l’on aille se nourrir ailleurs. C’est un vrai lieu de rencontres…Je sais que je suis sur « Titanic » parce que, il y a cinq ans, le metteur en scène était venu me voir sur un autre spectacle. On rencontre des gens dont on a été voir le travail, on les rencontre dans la rue, on parle, ils viennent te voir sur scène. Donc, en fait, là où à la télé et au cinéma, ça se passe vraiment par les agents, le monde du théâtre est vraiment un monde de relationnel. Avignon est le meilleur endroit pour cela, pour découvrir les gens avec qui tu as envie de travailler plus tard, les rencontrer, qu’ils viennent te voir jouer. C’est vraiment là que beaucoup de choses se font. C’est vraiment là que les succès de l’année prochaine commencent…C’est « The place to be », je vous le disJ.

 

 

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite du Festival ?

A ce moment-là du festival, les choses sont un peu jouées, les spectacles ont démarré, on a du monde, on voit que la réception est bonne. Maintenant, juste de profiter…On va continuer le tractage, c’est important mais les grosses périodes sont derrière nous. Le festival est lancé, il faut juste profiter et espérer que les spectacles aient une belle vie après, qu’ils soient programmés dans plein d’endroits en France. Et puis de profiter de ce festival….

Merci, Florence, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre

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