Festival d'Avignon 2022 : Interview croisée des deux comédiens de la pièce à succès, Les sphères ennemies !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Jean-Baptiste, bonjour Olivier,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes présents au Festival 2022 d’Avignon, avec la pièce « Les sphères ennemies », que vous jouez chaque jour impair, à 21h 15, au théâtre Notre Dame. A titre personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que cela doit être pour vous ?

Olivier : Oui, effectivement ! C’est notre deuxième Avignon, on en a fait un en 2018. C’est un projet entre potes qui a changé de dimension, on avait eu de bons retours et, du coup, on s’était dit qu’il fallait tenter l’aventure d’Avignon. On a fait 10 jours cette année-là, c’était un peu notre baptême du feu, une expérience assez incroyable, à la fois humainement entre nous et en interaction avec le milieu du théâtre, que l’on découvrait de l’intérieur cette fois-ci. Là, on est revenus pour représenter la pièce, avec un peu plus de rodage et un petit palmarès aussi, grâce aux Petits Molières. C’est également l’occasion de présenter la version féminine. On revient un peu plus gonflés à bloc, avec une équipe un peu plus conséquente et l’envie d’en profiter, afin que le public apprécie. On a envie d’avoir des échanges avec les gens, pour tous s’enrichir les uns des autres.

Jean-Baptiste : Il y a aussi une attente du public après la période du Covid, on sent qu’il est très réceptif. En tout cas, quand on explique le pitch de la pièce, on sent que les gens ont envie de découvrir des nouveaux spectacles. Il y a quand même généralement une jolie ambiance à Avignon mais, là, cette année, on sent que les compagnies ont envie de présenter leur spectacle, avec un public qui répond présent. On fera le bilan à la fin mais ça a l’air de bien partir pour un joli Avignon cette année.

Avec vos mots, comment présenter cette pièce ?

Jean-Baptiste : C’est une pièce atypique, ça ne se passe pas dans un appartement ou sur une terrasse de café, ni même dans une entreprise…Ça se passe dans le cerveau d’un jeune homme, Jonathan. Où il y a deux hémisphères, le gauche et le droit. L’hémisphère gauche, Nathan, est la partie civilisée, raffinée, romantique, rationnelle et on a Jo, l’hémisphère droit, la partie plus reptilienne, plus primaire, plus animale, le séducteur incorruptible. Ces deux-là sont des frères ennemis, des sphères ennemies et ils incarnant les petites voix que l’on a tous dans la tête, qui se disputent devant les petits et les grands dilemmes de la vie. Ça nous a beaucoup amusé de faire exister ces deux personnages un peu cartoon, ces deux archétypes, qui sont un peu le yin et le yang de la psychologie humaine. C’est l’occasion, du coup, de proposer un spectacle qui fait rire, on en profite pour parler des relations homme-femme, de ce qui se passe dans nos têtes et ça explore aussi la psychologie humaine. Donc c’est un spectacle qui, lui-même, réconcilie les hémisphères, celui qui a envie de se détendre, de passer un moment de rire et l’autre, celui qui a envie de réfléchir aux rapports humains, à la psychologie, à comment on avance dans la vie. C’est ce qui nous amusait, de faire un spectacle pas patoche, un spectacle où on apprend des choses.

 

 

Olivier : Et un spectacle un peu complet, il y a du théâtre mais il y a aussi un travail de mise en scène, un travail presque chorégraphique. On a voulu aborder cette confrontation entre les hémisphères à la fois par le texte mais aussi, sans trop dévoiler la pièce, par des combats, des chorégraphies, des joutes. L’idée est vraiment de pouvoir incarner ces clashs mais aussi ces réconciliations de plusieurs façons.

Un mot peut-être, chacun, sur les principales caractéristiques de votre rôle ?

Jean-Baptiste : Jo représente beaucoup l’égo et, finalement, l’égocentrisme, c’est-à-dire qu’il est focalisé sur la satisfaction de ses désirs personnels, quels qu’ils soient. Il a un rapport à l’amour et à la femme de sa vie, Mary Jane, extrêmement charnel, primaire et impulsif. Mais il a aussi un regard cynique sur la société, il n’y a pas beaucoup d’idéalisme dans sa tête, il va avoir, oui, un côté très individualiste, c’est lui avant tout. Du coup, ça va avec un certain nombre d’autres caractéristiques, une forme de sexisme, de machisme, d’égoïsme mais ça va aussi avec une espèce de force vitale, une capacité à agir, une capacité à avoir du courage dans les moments importants, à dépasser ses limites. Et puis aussi, tout simplement, c’est bête mais aujourd’hui, dans la tête d’un homme, au moment d’aborder une femme, il y a vraiment un combat dans la tête : est-ce qu’on la dérange ? Peut-être que c’est la femme de notre vie et ce serait trop dommage de passer à côté. Donc, quelque fois, dans la vie, il faut aussi être capable de faire preuve de force mentale et physique pour avancer. C’est ça qu’il incarne…

Olivier : Jo, qui est ancré dans l’instant présent, dans l’action sera un peu en opposition avec Nathan qui, lui, sera beaucoup plus social, civilisé, romantique, dans la prise en compte des attentes et besoins d’autrui, dans l’échange, dans le collectif, dans le long terme, dans l’empathie. Vraiment, il ne vit pas pour lui mais pour les autres, pour avancer ensemble et de façon collective. Donc ça va se traduire à travers les engagements qu’il va prendre, à travers la façon qu’il aura de programmer sa vie, de se projeter, de toujours prendre les mesures du présent à l’aune des conséquences dans le futur…Ce que Jo ne fera pas. Pour le coup, ça s’équilibre !

Jean-Baptiste : On m’a posé la question une fois de quel bord politique étaient Jo et Nathan et si on caricature extrêmement les choses, on pourrait presque dire que Jo est de droite, dans le sens où il a un côté comme ça un peu souverain, il a un esprit de compétition, il pense d’abord à sa réussite personnelle, il va être entrepreneur. Et on a la partie gauche, Nathan, qui est dans une forme de réussite collective, de bien commun, d’utopie presque, dans l’idéalisme. Jo est beaucoup plus dans l’immédiateté du réalisme et de la survie. D’ailleurs, à un moment, on s’était même dit que ce serait intéressant de faire différents chapitres des « Sphères ennemies » mais sous l’angle politique, les problématiques étant : est-ce que l’on va voter ? Est-ce que, aujourd’hui, ça sert à quelque chose d’aller voter ?

Olivier : Nathan, évidemment, voudra voter, « on contribue, c’est collectif, les gens se sont battus pour ça, il y a un sens ». Alors que Jo sera beaucoup plus cynique…

Jean-Baptiste : C’est ça…est-ce que l’on fait la grève ? est-ce que l’on va avec les gilets jaunes ? Si on décide de voter, pour qui vote-t-on ? Il y a tout un champ comme cela à explorer…

 

 

Olivier : Entre parenthèses, ça fait un peu penser aux Sophistes qui, dans la Grèce antique, partaient du principe que l’on pouvait défendre à peu près tous les avis. On peut percevoir cela un peu, avec l’idée que, dans la tête de Jonathan, on a la capacité de défendre à la fois une position mais aussi la position contraire, mais avec des arguments toujours très bien fondés et réfléchis. Du coup, après, souvent, le terrain d’entente et la conciliation se trouvent sur les concessions, la discussion, les échanges et la volonté d’avancer, d’aller plus loin. Mais c’est vrai que, théoriquement, d’un point de vue purement rhétorique, on est capable d’argumenter pour les deux positions.

Quels principaux retours pouvez-vous avoir du public, à l’issue des représentations ?

Jean-Baptiste : On a d’excellents retours du public depuis le début, on a toujours eu de bonnes critiques dans la presse. Il faut savoir que c’est une pièce quand même atypique et même inclassable parfois, elle réconcilie deux types de théâtre, la comédie et le conte philosophique. C’est vrai que c’est un spectacle qui s’adresse à un public qui a envie de découvrir un théâtre un peu différent.

Olivier : En gros, il faut arriver sans parti pris.

Jean-Baptiste : On est capables d’avoir aussi bien le ton d’un Alexandre Astier de « Kaamelott », tout en détournant des vers de « Cyrano ».

Olivier : Dans les retours que l’on a, les gens s’y retrouvent, homme ou femme, ou retrouvent leur conjoint. Ils font des parallèles avec leurs vies personnelles. Ça se confirme aussi dans la version féminine d’ailleurs.

Jean-Baptiste : On raconte les différents chapitres d’une histoire d’amour, il y a la première rencontre, le premier rendez-vous amoureux, la première nuit d’amour. Donc les couples de 30/40 ans sont en plein dedans. On a aussi des couples de 60/70 ans qui nous disent que l’on a raconté les 30 ans de leur histoire d’amour. Ce sont de jolis retours, sympas et touchants. On se dit que l’on a touché à quelque chose d’assez intemporel, d’assez universel, on ne s’y attendait pas du tout et c’est extrêmement flatteur.

 

 

Pour terminer, que peut-on vous souhaiter pour la suite du festival ?

Jean-Baptiste : Du public ! Que le plus de gens possible viennent découvrir ce spectacle. C’est pour ça que l’on fait ce métier. Jouer devant une salle pleine, où les gens passent une bonne soirée, est, pour nous, la meilleure des récompenses, la meilleure des reconnaissances. On est très fiers de ce bébé, de cette création qui est vraiment une aventure familiale. On a vraiment envie de la faire découvrir donc plus on aura de gens qui viendront voir la pièce et qui la partageront autour d’eux, plus on sera contents. Tout le reste n’a aucune importance.

Olivier : C’est un peu un voyage que l’on propose et si les gens arrivent à monter à bord et rire, pleurer avec nous…Voilà, des salles combles de gens heureux, qui disent « c’était sympa, on ne s’y attendait pas » ou « ah, c’est génial », c’est tout ce que l’on attend, de passer ensemble un bon moment.

Merci à tous les deux pour vos réponses !

Publié dans Théâtre

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