La peau d'Elisa : Elina Gaumondie et Julie Macqueron évoquent leur pièce de théâtre actuellement à l'affiche !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Elina, bonjour Julie,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes respectivement comédienne et metteuse en scène de la pièce que nous allons aborder pendant l’échange.

La pièce « La peau d’Elisa » est actuellement à l’affiche, au théâtre Les Déchargeurs. Après la période compliquée que l’on a connue, ce doit sans doute être une joie et un plaisir de rencontrer le public ?

Elina : Oui, effectivement, c’est vraiment l’apothéose de pouvoir jouer et enfin pouvoir présenter notre pièce au théâtre des Déchargeurs. C’est un projet qui a été rythmé par, malheureusement, les confinements, le Covid, les reports, les annulations, on a vécu beaucoup de moments difficiles.

Julie : Normalement, la première série de 12 dates devait être en octobre 2020, finalement ça avait été reporté. Quelques mois plus tard, on a fait une date puis les théâtres ont refermé, ça a été annulé. Les projets qui reprennent, revenir au théâtre, avoir du monde, ça fait du bien.

Elina : Il y a vraiment eu de la frustration, pour ma part, même de la colère, de la tristesse énorme et un gros questionnement : est-ce qu’on va vraiment pouvoir, à un moment, remonter sur les planches ? Est-ce qu’on va pouvoir vraiment montrer ce spectacle  ? Est-ce qu’il va vraiment voir le jour ? Alors qu’on était prêt.es…!!! On a refait des répétitions, forcément et je crois que tous ces évènements ont nourri d’une certaine manière la mise en scène. Notre rapport aux spectateur.trices, ces retrouvailles avec le public ont été encore plus approfondis, je pense, grâce, ou à cause,  des confinements.

 

@ Sarah Cotten

 

Avec vos mots, comment pitcher ce spectacle ?

Julie : « La peau d’Elisa », c’est une femme qui raconte des histoires d’amour, différentes histoires, différents amour, dont on ne sait pas si elles lui appartiennent ou pas. Elle a besoin de les raconter pour sauver sa peau. 

Elina : Elle a un “je” qui est un petit peu déstabilisant, au début, pour les spectateurs.  Tantôt une femme, un homme, une personne âgée…Elle pose beaucoup de questions au public pour lui demander régulièrement s’il comprend bien, si elle raconte bien et s’il voit des différences notables sur sa peau depuis le début de la représentation. 

Julie : Il y a des interactions avec les spectateur.trices, du moins s’ils.elles le souhaitent. Il y a des représentations où il n’y en a pas. Ce n’est pas un spectacle interactif dans le sens où on ne fait monter personne sur scène et on ne force pas les gens à parler s’ils n’ont pas envie mais, en tout cas, il y a plein de portes et de fenêtres ouvertes où, s’il.elles le souhaitent, il.elles peuvent répondre ou prendre la parole.

 

 

Après plusieurs dates à l’affiche, quels premiers retours avez-vous pu avoir du public ?

Elina : On a eu des retours extrêmement chaleureux, des personnes qui étaient très touchées, certaines histoires ont même bouleversé des gens. Chacun.e va trouver une histoire qui va peut-être lui parler plus que les autres, parce que ça fera écho à un souvenir personnel. 

Julie : Je dirais même plus largement, qu’il s’agit d’histoires d’amour de rencontres, de coups de foudre, de frissons, de cœurs qui battent. Il y a quelque chose d’universel, chacun.es peut être touché.es. L’amour est bien une des choses que l’on partage quel qu’il soit et quelle que soit sa forme. Il y a des gens qui en sortent bouleversé.es, il y a aussi des gens qui en sortent très heureu.ses, optimistes. Selon l’humeur du jour, le spectacle peut être reçu très différemment.

Elina : On a aussi eu cette grande chance, qui est que lors des deux premières représentations, au théâtre des Déchargeurs, on a pu organiser deux évènements spéciaux. D’une certaine manière,la pièce a continué après le spectacle, je suis restée dans mon personnage d’Elisa, Jean-Baptiste le comédien qui est avec moi et qui dessine aussi sur scène, a pu dessiner les gens et leur proposer de repartir avec leur croquis. Il y a eu vraiment toute une sorte de happening, durant lequel le public a pu venir continuer à raconter ses propres souvenirs amoureux à Elisa. On a la chance d’avoir pu enregistrer cela, le filmer. Ça a été un vrai moment d’échanges merveilleux, le public a été extrêmement généreux, j’ai reçu des histoires magnifiques qui m’ont bouleversée, ils.elles ont vraiment participé.es à la suite de la pièce. C’était super d’avoir ces moments magiques, hors du temps.

On ne l’a pas encore dit, Elina, en plus d’être sur le plateau, vous accompagnez aussi Julie à la mise en scène…

Elina : Je dirais que le terme de “co- mise en scène” est surtout là parce que, je suis la porteuse du projet, j’ai découvert le texte, j’ai eu envie d’en faire quelque chose, de le monter, j’en suis tombée amoureuse. J’ai proposé l’aventure à Julie, dont je connaissais le travail et la sensibilité artistique, et avec qui j’avais très envie de travailler. Je suis arrivée avec des idées, évidemment, des propositions puisque j’avais rêvé sur ce texte. 

Au fur et à mesure des répétitions,cette passation s’est faite naturellement. J’avais amené des idées de base et Julie m’a ensuite emmenée dans son univers. Etant sur le plateau,la mise en scène, le son, la direction d’acteurs,  c’est Julie.

Julie : Il fallait lâcher prise, se laisser diriger, ce qui n’empêche pas de discuter des axes pris.

Elina : C’est elle qui a le dernier mot là-dessus et je lui fais totalement confiance.

 

@ LifeStream

 

Pour vous, Julie, sans doute que ces textes, très beaux, ont été très inspirants pour la mise en scène ?

Julie : Je ne voulais pas aller dans l’effet de mise en scène, au risque de perdre le texte. Ce que l’on veut mettre au centre, ce sont les mots de Carole Fréchette. Comment les mettre en valeur ? De manière très poétique ? ou très concrète ? Nous avons décidé de nous amuser à jongler entre les deux … On a essayé plein de choses, on a changé, changé, changé et, là, je pense que l’on s’approche de la forme finale. Même si, avec le recueil de témoignages des spectateur.trices des représentations précédentes, on est encore en réflexion sur l’intégration de ces souvenirs. Le tout sans dénaturer le travail de l’autrice.

Elina : Pour le moment, l’enregistrement du public précédent se fait entendre lors de l’entrée spectateurs. Quand le public entre, il y a une bande son, on entend les anciens publics des représentations précédentes et leurs échanges. Le spectacle commence donc dès que le public passe la porte.

Julie : Chaque représentation est unique. Dans ce que l’on a voulu faire, le public repart avec un petit secret supplémentaire de ce que les autres spectateur.trices donnent ce soir-là. 

Elina, concernant l’interprétation, avez-vous eu des sources complémentaires d’inspiration ?

Elina : Déjà, j’essaye de ne jamais oublier que ce sont de véritables histoires d’amour qui sont racontées. Nous avons à cœur d’honorer chacune d’elles et de respecter les singularités de ces paroles intimes que Carole Fréchette est allée recueillir dans la ville de Bruxelles. Justement pour s’inspirer de cela, on s’est rendues à Bruxelles, dans chacun des lieux bien précis dont on parle dans la pièce. Pour moi, c’était hyper important de voir ces lieux, d’imaginer les personnes là-bas, ça a été une grosse source d’inspiration. Et puis, évidemment, il y a forcément des histoires qui vont rappeler quelque chose de plus personnel, de ma propre vie. Forcément, je pars un petit peu de moi pour chacune d’elles. Je m’inspire donc de mon expérience, de mon ressenti pour prendre et donner corps à chacune de ces histoires.

Julie : Ça fait du bien d’avoir 12 dates, ça permet au spectacle de prendre de l’ampleur. Ce n’est forcément pas le même rendu qu’avant.

Elina : Ce rapport régulier au public, je le sens, j’en avais besoin et je me sens progresser, je suis de plus en plus à l’aise quand je parle avec eux, j’ai de moins en moins peur de l’improvisation. J’ai une confiance totale maintenant sur ce qui peut se passer, sur le fait de laisser le public prendre la parole. Cela s’aiguise au fur et à mesure des représentations, on s’amuse de plus en plus ensemble. C’est vraiment super ! C’est d’ailleurs mon moment préféré dans le spectacle.

 

 

Pour terminer, au-delà des 12 dates de juin, on imagine que vous avez l’envie de poursuivre l’aventure plus loin ?

Julie : Évidemment ! L’idée est que ça nous serve de tremplin. On invite plein de salles, plein de professionnels, plein de programmateurs. On espère que ce n’est que le début, en tout cas ça a l’avantage d’enfin ancrer le spectacle pour nous permettre de nous déployer plus pleinement qu’avec des dates trop séparées les unes des autres.

Merci à toutes les deux pour vos réponses !

Publié dans Théâtre

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