De retour de la CAN, Lee-Roy Kabeya en dévoile les coulisses !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Lee-Roy,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Nous pouvons vous retrouver actuellement régulièrement sur La Chaine L’Equipe, vous avez aussi récemment couvert la CAN pour Canal + Afrique. On aura d’ailleurs l’occasion d’en parler. Si on revient à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion du journalisme sportif ?

A la base, je suis une personne très curieuse, tropJ. J’ai toujours voulu tout savoir et raconter. Je suis super sportif, je fais énormément de sport, j’ai même fait du sport de compétition à assez haut niveau, ça me semblait évident de lier les deux, de lier mon intérêt pour la curiosité et le sport. J’aurais pu m’essayer à percer dans le sport mais, assez rapidement, je me suis dit que le journalisme sportif était vraiment ma voie, je sentais que c’était fait pour moi. Une fois que j’ai commencé mes études et que j’ai fait mes premiers plateaux en essai à l’école, j’ai vraiment su que c’était ce que je voulais faire et je savais que j’allais foncer, même si j’étais conscient que ça serait difficile.

Depuis votre sortie de l’école, quelles sont les grandes lignes de votre parcours jusqu’à ce jour ?

En Belgique, c’est un peu différent, j’ai fait un bachelier en communication donc c’était plutôt général. J’avais beaucoup d’ateliers, j’avais beaucoup de cours où je pratiquais, je sentais déjà que c’était un métier pour moi. J’ai fait des stages dans des grands médias, RTL, Canal +. Après, j’ai fait un Master et c’est là où vraiment tout s’est enchainé. On avait un reportage à faire pendant deux ans sur un sujet sociétal de notre choix et, avec trois amis, on l’a fait sur l’Athletic Bilbao et la manière dont ils gèrent leur entité sportive avec uniquement des joueurs basques ainsi que la manière dont le peuple est lié à cette entité. J’ai fait ce reportage, j’ai réussi mon année et, quand j’ai postulé à l’Equipe pour faire mon stage de Master II, ça a pris énormément de temps pour me faire valider, ce n’était pas facile, il y avait énormément de concurrents mais ils m’avaient demandé de dire une chose qui faisait la différence par rapport à tous les autres, je leur ai expliqué mon parcours et ils ont été convaincu. Mon Master m’a servi aussi à entrer à la chaine l’Equipe, c’était un parcours très enrichissant, il y avait beaucoup de pratique et cela m’a permis d’arriver là où je suis.

 

 

Nous le disions, on peut actuellement vous retrouver régulièrement à l’image, dans différents programmes…

Oui, c’est incroyable ! J’ai cette chance d’y être arrivé en plus très jeune, c’est très chouette. Etre à l’antenne pour la chaine l’Equipe est un privilège, c’est une chaine que j’aime énormément. Dès fois, je me dis que c’est fou d’y être. Juste avant, c’est Téléfoot La Chaine qui m’avait donné ma première chance, je serai toujours reconnaissant envers Axel Benchina, mon chef d’édition qui m’a lancé. Donc, dans l’ordre, il y a eu Téléfoot, L’Equipe et puis Canal+ Afrique. Cette dernière expérience est assez inattendue, je travaille là-bas depuis un an et demi mais je ne faisais pas d’antenne. Pour la CAN, ils m’ont dit m’avoir vu sur la chaine l’Equipe et m’avoir senti prêt, ce qui les a incités à me confier le poste. Tout a été hyper rapide, ça ne fait même pas un an que je suis à l’image, j’ai eu beaucoup d’opportunités, c’est énorme, c’est difficile aujourd’hui même pour moi de m’en rendre compte.

Vous êtes rentré de la CAN il y a quelques jours. Personnellement comme professionnellement, vivre sur le terrain cet évènement doit être quelque chose de dingue ?

Ça n’a pas de prix ! Franchement, c’est l’expérience de ma vie je crois. Le terrain est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, je savais qu’il y avait peu d’élus mais j’avais la foi d’y arriver. Sincèrement, je ne pensais pas faire une CAN aussi rapidement. L’Afrique est tellement différente de l’Europe, il y a tellement de barrières qui tombent entre les joueurs et les journalistes. Ici, c’est très compliqué d’avoir des informations aussi rapidement que celles que j’ai eues là-bas. C’était rapide de se faire copain avec certains joueurs ou avec des personnes qui peuvent vous donner des informations. Donc tu vis un moment fou, c’est tous les jours de l’agitation. En plus, j’avais la chance de bosser pour la chaine référente, ça m’a ouvert des portes, c’était inimaginable.

 

 

En termes de rythme, cela a dû être sans doute particulièrement intense et soutenu ?

Je ne m’y attendais pas ! Dès que je suis arrivé, on m’a dit que je n’étais pas en vacances, je le savais mais le fait de faire plusieurs duplex par jour et de chercher des infos au quotidien pendant un mois peut certes paraitre simple mais quand tu n’as pas fait de terrain autant de fois, ce n’est pas facile. Je me suis vite mis dans ce rythme-là parce que c’est excitant. C’est une adrénaline que tu prends tout au long de la compétition mais c’est clair que, en rentrant, j’ai dormi pendant deux joursJ.

Justement, au moment de rentrer, vous deviez avoir la tête pleine de souvenirs et d’émotion ?

Oui, j’ai des souvenirs énormes, des choses inoubliables qui me sont arrivées. En rentrant, j’ai regardé les photos et les vidéos pendant une journée. Si je devais me rappeler d’une ou de plusieurs choses, ce seraient notamment les interviews d’après-match, qui se sont super bien passées. J’ai eu plusieurs fois les sénégalais, qui ont été très cool, ils étaient vraiment adorables. Quelles que soient les conditions, ils tenaient leur engagement et venaient à mon micro.

Un souvenir qui m’a marqué, c’est après le Cote d’Ivoire – Algérie, j’interviewe Nicolas Pépé, l’homme du match et j’entends « attention ». On se regarde tous les deux, on se demande ce qui se passe et on voit alors une invasion du terrain. On voit que le public courre sur la pelouse, on se regarde avec Nicolas et on se dit que l’on est quand même un peu en danger. La sécurité autour de nous bloquait les gens mais un supporter a réussi à se faufiler et saute sur Nicolas Pépé. Il l’attrape et le sers super fort…Nicolas me regarde et, moi, de panique, j’ai reculé, je n’ai pas très agi, j’aurais dû l’aider. J’étais désolé, je ne savais pas trop quoi faire. Le supporter le serrait, lui demandant son maillot et son short et Nicolas lui répondait qu’il ne pouvait car il allait passer en direct en interview sur Canal+. Nicolas me regardait, me demandant quoi faire. Là, un collègue est arrivé et a écarté le supporter. Nicolas me regarde hyper choqué et je lui réponds que l’on est en direct dans 5 secondes. Au moment de la prise de l’antenne, on se regarde, on rigole tous les deux mais, derrière leur écran, les gens ne savent pas pourquoi, ne savent pas que c’est parce que l’on venait de vivre un moment intense.

 

 

Journalistiquement parlant, pour préparer ces interviews d’après-match, il n’y a pas que l’œil du passionné qui regarde le match, il y a l’œil du journaliste pour savoir sous quel angle ensuite vous allez orienter vos questions ?

Totalement ! C’est vraiment quelque chose que j’ai découvert parce que je ne l’avais jamais fait. Il a fallu trouver des angles particuliers pour chacun des joueurs et travailler les questions très vite. Dès fois, on ne se rend pas compte…je vais prendre l’exemple du match Maroc – Egypte, la rencontre se termine en prolongations. C’était très compliqué car je devais annuler les questions préparées, j’ai dû travailler dans l’urgence. Mais c’est bien aussi, les questions sont parfois plus spontanées, c’est ce qu’il y a de mieux.

Je me souviens, après un match du Mali, joueurs que j’aimais beaucoup, ils étaient très sympas, on avait un lien particulier avec Canal+ parce qu’un collègue était en inside avec eux, ils sont éliminés et c’est mon travail de poser les questions qui fâchent. Leur entraineur vient en interview, peut-être qu’il s’attendait à ce que je pose des questions lisses mais ce n’est pas ma personnalité, je ne suis pas comme ça et je lui ai posé les questions qui fâchent. Je lui ai dit que s’ils sont éliminés, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas marqué un seul but dans le jeu de toute la compétition. Là, il m’a regardé d’une façon qui sous-entendait presque que je me moquais de lui. Mais j’étais obligé de lui poser cette question. Il répond à côté, je la repose et, là, il m’a vraiment mal regardé. Après l’interview, je sais qu’il était en colère…C’est ça aussi le travail de journaliste…Malgré les liens créés, chacun son travail, lui c’est d’essayer de mener son équipe, moi c’est d’avoir le maximum d’informations via ce qu’il va dire.

Pour faire le lien avec la spontanéité que vous évoquez, en fonction du contexte du match on imagine que le choix du joueur interviewé peut changer presque à la dernière minute, vous obligeant à vous adapter ?

Totalement ! Lors de l’élimination du Cameroun, pendant toute la rencontre contre l’Egypte, tu sens que le Cameroun est supérieur. J’ai préparé mes questions en fonction de cela et quand l’Egypte gagne, le medias officer m’alerte sur le fait qu’il ne sait pas qui je vais avoir. Ce n’est pas facile car il faut quand même préparer ses questions, pour une interview qui dure entre trois à quatre échanges. Là, aucun camerounais ne veut venir, je tente de les convaincre…les égyptiens veulent venir mais mettent la contrainte de ne parler qu’en arabe, langue que je ne connais pas. Je suis un peu embêté et heureusement les joueurs camerounais ont été plutôt cool après et reviennent. Aboubakar vient, il est super souriant, je m’étonne mais je sens qu’il a quelque chose et l’interview finit mal, il pète un câble avec ses coéquipiers, disant qu’ils jouaient tous pour leur tête. Toko-Ekambi vient ensuite, sans que je ne le sache, heureusement Aboubakar m’avait servi mes questions sur un plateau et je demande à l’interviewé quelle réponse il souhaite apporter. C’est là qu’il y a, du coup, une séquence qui se crée.

 

 

En tout cas, la CAN est le genre d’évènement que vous seriez sans doute ravi de couvrir à nouveau ?

Mon ticket pour la prochaine CAN est déjà réservéJ. Je veux y retourner, c’était une expérience incroyable, j’ai très peu de mots pour définir ma coupe d’Afrique mais c’est une expérience que je souhaite à tout le monde parce que l’Afrique est vraiment différente, les gens vivent le foot d’une manière totalement différente. Quand on voit combien le foot y est important, une CAN est quelque chose d’inestimable là-bas et la vivre avec eux donne l’envie d’y retourner, tellement c’est exceptionnel. Même si c’est fatiguant, vivement la prochaine !

En complément, sur la Chaine l’Equipe, quelle est votre méthodologie de préparation en amont de vos interventions à l’antenne ?

Cela dépend de l’émission. Si je fais « L’Equipe de Greg » ou « L’Equipe du soir », c’est vraiment très différent. En synthétisant, l’EDG demande énormément de travail de recherche parce qu’il faut avoir beaucoup de tableaux et de statistiques pour les nombreuses interventions. Sans oublier le Footoir, ce petit journal où on raconte tous les évènements de la journée, hors thèmes. En plus, il faut vraiment rester en veille parce que des choses tombent, du coup la réécriture se passe tout le temps. L’EDS est très différente, la préparation est plus courte mais tes interventions sont plus pointues. En plus, il y a deux parties donc tu fais ta P1 puis tu dois écrire un autre JT pour la P2, ce qui est chaud. Mais travailler dans l’urgence fait partie du métier et c’est peut-être ce que l’on n’a pas dans l’EDG. En plus, la P2 dépend du match du soir donc ton texte est fonction de ce qui va s’y passer. Dès fois, avec Mémé, on se regarde et on gomme tout ce que l’on vient d’écrire et on recommence. C’est donc beaucoup de travail dans l’urgence !

 

 

Parmi les points communs de ces deux émissions, c’est d’ailleurs l’une des forces de la chaine, vous êtes entouré de chroniqueurs de renom et d’anciens professionnels récemment retraités…

C’est une vraie force. Par exemple, Etienne Didot ou Ludovic Obraniak sont des personnes qui voient le foot avec leurs yeux de jeunes retraités. C’est différent pour Vikash Dhorasoo, qui a quitté le milieu il y a dix ans, il a forcément une vision différente, les notions de groupe ne sont plus les mêmes, à son époque il n’y avait pas les réseaux par exemple. C’est intéressant de confronter leurs regards à tous aux nôtres, de journalistes qui n’avons pas vécu dans des groupes d’équipes de foot. On doit servir à donner l’information et eux à donner un ressenti. C’est très vivant je trouve.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite de votre parcours professionnel ?

En vrai, j’avais toujours rêvé de faire la CAN, c’est fait ! J’aime bien aussi me laisser guider par ce qui m’arrive, je n’avais pas prévu de faire une CAN si tôt, je n’avais pas prévu l’année dernière de faire l’Euro en plateau, ce sont des choses que j’ai appréciées. J’aime bien l’aventure, j’espère garder la même passion et faire de l’antenne, ainsi que du terrain.

Cet Euro, en tout cas, a été une aventure incroyable, deux à trois mois seulement après mes débuts à l’image. Je ne m’y attendais pas, j’ai trouvé cela énorme et super cool, l’aventure a été superbe, j’étais avec Messaoud, j’ai fait un mois avec lui, c’était fantastique, il m’a beaucoup aidé à savoir comment travailler dans l’urgence, comment travailler pour une quotidienne, je n’avais pas les codes, il m’a guidé. On arrivait à 4 heures du matin, pour une prise d’antenne vers 9 heures jusque 13 heures, on était devenus une mini famille. On a créé cette émission de toute pièce, c’était super ! Cette aventure était aussi inoubliable.

Merci, Lee-Roy, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision

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