Pass Ligue 1 : Julien Ielsch évoque les premiers mois d'antenne sur Prime Video !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Julien,

Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !

Depuis le début de saison de Ligue 1, on peut vous retrouver sur le Pass Ligue 1 de Prime Video. A titre plus personnel, on imagine sans doute le plaisir et la joie que ce doit être de faire partie de cette nouvelle aventure, dès sa naissance en plus ?

Ça fait bizarre, déjà parce que, clairement, on m’appelle pour me proposer de rejoindre cette aventure-là. Il y avait énormément de confrères qui avaient candidaté, qui avaient postulé. Finalement, pas grand monde ne me connaissait, quand je vois la liste des commentateurs, des présentateurs, des journalistes bord terrain et que je me vois dans cette liste, je me dis que c’est limite une anomalie. Mais, vraiment, honnêtement. Ce ne sont que des personnes hyper compétentes, qui ont une solide expérience de terrain, de premium dans différentes chaines, sur Canal, à beIN, dans l’éphémère aventure de Téléfoot la chaine. Me retrouver au milieu d’eux me fait bizarre. Au début, je n’y crois absolument pas, je me dis que c’est une blague mais, en même temps, il y a une énorme fierté d’être avec ces personnes-là et l’envie de prouver que je suis à ma place. C’est peut-être le challenge le plus excitant et le plus important. Les places sont tellement chères que, quand on a cette opportunité-là, au-delà du plaisir que l’on prend, qui est absolument immense tous les week-ends, il faut aussi avoir conscience de la chance que l’on a et de la quantité de travail qu’il faut fournir. J’arrive avec énormément d’humilité et je bosse, je bosse, je bosse pour prouver que ceux qui m’ont fait confiance ont raison. Il est important aussi que mes collègues soient contents de travailler avec moi car je bosse bien et que les abonnés n’aient pas trop de remarques à faire à l’issue du match.

Au-delà d’une nouvelle aventure, c’est aussi un nouveau support, dans un format différent de celui que l’on avait l’habitude de connaitre….

C’est nouveau pour tout le monde, sauf pour moi. Parce que mon expérience a été faite de web, de web, de web et de linéaire. J’avais lancé une web radio il y a bientôt douze ans pour suivre le national, on commentait les matchs sur site, à la demande, avec donc juste une fenêtre. On arrivait dix minutes voire, sur les gros matchs, quinze à vingt minutes avant le coup d’envoi et on repartait dix à vingt minutes après le coup de sifflet final. Sur certaines saisons, au Paris FC, on avait même les entraineurs qui venaient à notre micro en tribune de presse. Donc ce n’est pas un format de diffusion qui m’est inconnu.

J’ai travaillé longuement également, et je travaille encore un petit peu, pour une plateforme de la FFF. C’est exactement le même principe de fenêtrage, on vient voir son match, on déguste ce petit bonbon et on part. Au total, j’ai donc dix ans d’expérience avec ce format de diffusion. La seule chose qui change est que l’on était sur de la télé qui n’est pas de la télé. Au final, quand on fait de la web radio, on adapte forcément la production pour du web. Mais on faisait de la télé quand même.

C’est une manière de consommer qui, certes, est différente pour un droit majeur, manière que l’on a pu expérimenter avec Roland-Garros mais, en même temps, elle correspond complètement aux usages d’aujourd’hui. On habitue le public à juste venir voir le match et à repartir, avec un avant et un après match éditorialement très forts. On ajoute aussi des contenus typiques de chaines télé, avec du sujet via des formats montés. « Dimanche Soir Football » est aussi une très belle illustration de faire un format type linéaire mais sur une plateforme en fenêtrage. Pour du sport, on ne l’avait pas encore fait en France. En tout cas, ce n’était pas matérialisé d’une manière aussi forte. Mais l’usage pour le public était finalement déjà un peu présent, avec notamment les canaux additionnels des chaines sportives ou encore avec Netflix par exemple. Là, avec Prime, on l’ancre de manière très forte et très concrète dans les usages de tous les fans de foot en France.

Prime Video diffuse huit des dix affiches de chaque journée, avec quatre rencontres en parallèle le dimanche après-midi. Vous commentez principalement l’un de ces quatre matchs, au stade…

Effectivement ! J’ai fait beaucoup la Bretagne et l’Alsace d’ailleurs, je suis habitué, je connais tous les horaires des trains SNCF par cœurJ. Je suis sur le dimanche 15h et j’ai déjà fait douze des vingt clubs de Ligue 1 cette saison. Ce qui est quand même un bon petit total. Beaucoup dans le bas du classement, quelques-uns aussi du haut du tableau, en prenant le classement à date. Je crois que La Meinau est le stade que j’ai le plus fait. J’ai souvent fait Lorient, Brest, je suis allé à Clermont, à Bordeaux, à Angers ou encore à Troyes. Je découvre certains stades, comme récemment Raymond Kopa et j’en retrouve d’autres que j’avais couverts pour d’autres catégories, ça fait vraiment bizarre. Par exemple, j’avais fait le stade de l’Aube en Ligue 2, là je le fais pour la Ligue 1, c’est le même stade mais ce n’est pas pareil, ce n’est pas le même match. Donc il y a un énorme plaisir de faire tous ces stades. C’est aussi hyper important, à titre personnel, de retrouver le stade parce que, ces dernières années, je commentais essentiellement en cabine. Le commentaire n’y est pas pareil que sur site. Quand on a passé autant d’années comme moi à faire du site en National, en CFA, en CFA2 puis en Ligue 2, on retrouve aussi ses habitudes au stade.

La cabine change même la vision du match, on n’a pas les mêmes habitudes, ni les mêmes automatismes. Au stade, on n’est pas dépendant à 100% de ce que le réalisateur nous propose. Il y a un plus grand travail commun avec l’équipe technique, c’est beaucoup plus agréable, plus confortable et je pense que, pour l’abonné aussi, il y a une vraie différence. Je trouve que l’on apporte plus en étant au stade, on y est plus naturel.

Plus généralement, en amont de l’antenne, quelle est votre méthodologie de préparation ?

Tous les lundis après-midi, je fais des fiches bristol A5, je reprends absolument tous les matchs qui se sont joués dans le week-end en Ligue 1. Je fais une fiche à chaque journée avec tous les buteurs, tous les passeurs, je note systématiquement comment le but a été marqué, sur quelle phase de jeu, à quel endroit la frappe a été faite, si c’est du pied droit, du pied gauche, de la tête, de la poitrine,…S’il y a un pénalty, qui l’a obtenu et qui l’a concédé. S’il est marqué, raté, à quel endroit il est frappé, quelle zone est choisie par le gardien. S’il y a carton rouge, qui l’a pris et à quelle minute, pour quel motif, avec quel arbitre. S’il y a des buts refusés, des poteaux…Voilà, tous ces éléments statistiques sont notés et je me fais un bilan. Ce qui me prend une heure et demie. C’est ma routine, la préparation de la semaine commence systématiquement par le bilan de la journée précédente.

De cela, je prends mes fichiers, un fichier par club et je remplis les statistiques de chacun. Le temps de tout rentrer dans les tableurs, là aussi cela me prend une bonne heure. Ce sont des datas de contexte, assez générales, avec les buts par quart d’heure, les incidences, les séries,…Après, au fur et à mesure, dans la semaine, je fais un travail de vidéo, à revoir le dernier match de l’équipe. Quand c’est un club que j’ai commenté récemment, c’est plus simple. Il faut savoir que tous les dimanches, une fois rentré, je ne me couche pas avant une ou deux heures du matin, je me refais le match que j’ai commenté et je fais dans les grandes largeurs les autres matchs du jour diffusés par Prime. Je fais donc tous le contenu antenne du Pass Ligue 1 pour voir comment on a tous bossés sur les différents stades, comment on a amené tel élément, comment on a pu observer telle ou telle équipe. C’est bien aussi de voir, pour les clubs que l’on a faits le week-end précédent, comment les collègues les ont traités après.

Ce travail vidéo est d’autant plus long sur des équipes que je n’ai pas ou peu commentées, ou quand de nombreux joueurs sont absents soit parce qu’ils sont par exemple à la CAN ou blessés. Une fois ce travail fini, je me lance des pistes de réflexion pour aller rechercher des statistiques un peu plus poussées, qui ne me serviront peut-être absolument pas. J’accorde énormément d’importance à la data, je n’ai pas joué en club comme la plupart de mes collègues donc je n’ai pas ce ressenti terrain aussi poussé. Mais j’ai l’œil d’arbitre et j’ai aussi une culture statistique assez poussée qui fait que j’ai besoin d’avoir énormément de chiffres et de données pour pouvoir me mettre en relation avec certains types d’actions ou certains comportements de joueurs. Je vais aller chercher des petits bonbons sur des aspects collectifs, essentiellement en fin de journée le mardi et le mercredi.

Pour ensuite passer au détail des joueurs. Je les reprends un par un, sur chaque club. Je repasse facilement quarante-cinq à cinquante joueurs, je refais en détails chaque fiche individuelle avec l’âge, le parcours en clubs, les prêts éventuels,…Je pousse tous ces détails, j’ajoute les stats de la saison précédente ainsi que quelques anecdotes sur son parcours. Sans oublier celles de la saison en cours, dont le nombre de matchs joués, le nombre de titularisations, les séries, le dernier but inscrit, le dernier carton récolté, le dernier pénalty frappé. Récemment, à Angers, Thomas Mangani marque deux pénaltys, j’avais ses statistiques, je savais qu’il avait marqué ses quinze derniers. J’ai pu montrer qu’il était hyper important pour cet exercice. Il a frappé les deux au même endroit et j’avais l’info qu’il tirait toujours de la même façon…Il est donc important que ce travail de préparation que j’évoquais soit fait. Il est colossal mais nécessaire. A l’antenne, par contre, il est nécessaire de hiérarchiser les informations. D’ailleurs, coup de chance, on avait, à Angers, des images de pénaltys de Mangani en stock, on a pu faire un petit focus à la mi-temps.

Au stade, en amont de l’antenne, en profitez-vous pour des échanges en off avec des journalistes locaux ou des membres des deux clubs ?

J’essaie au maximum, quand je les connais, d’échanger avec les journalistes locaux en veille de match. Ils sont au quotidien dans le club, ce sont eux qui connaissant le club, les joueurs, les entraineurs. Après, c’est ma première saison de Ligue 1, j’avais simplement fait la demi-saison de Canal mais en cabine. Forcément, contrairement à d’autres, je n’ai pas autant d’expérience premium donc de relations premium. Pour avoir les contacts avec les clubs, c’est un peu plus compliqué. Pour ceux passés par le National ou la Ligue 2 ces dernières années, ou pour les joueurs que j’ai pu connaitre dans des clubs franciliens, c’est naturellement beaucoup plus simple. Là, effectivement, je peux être amené à leur passer un petit coup de fil. Je fais aussi des revues de presse locale assez importantes en amont, notamment le matin du match, où c’est obligatoire.

Au stade, c’est aussi un travail d’équipe, je suis accompagné d’un journaliste bord terrain, d’un journaliste chef d’édition et d’un consultant. Chacun a un peu ses petites relations qui nous permettent de remonter une information. Le consultant connait peut-être même encore, dans certains clubs, l’entraineur, le staff, l’intendant. On fait tous notre petit mélange, pendant la préparation collective de la semaine ou au stade. On a, à chaque fois, notre groupe Whatsapp, où on établit notre conducteur, les pistes de ce que l’on va voir en avant-match, on évoque les infographies et les stats. Chacun apporte son petit truc dans la préparation collective de l’antenne, c’est hyper intéressant. Le travail éditorial est tellement fort dans la semaine que, quelques soient ses entrées dans les clubs, on arrive à avoir les informations clés.

Pendant le commentaire, vous adaptez-vous bien sûr à ce qui se passe sur le terrain, au rythme, à l’ambiance mais aussi à l’endroit du terrain où se déroule l’action ?

Les trente derniers mètres sont incontournables ! On ne s’efface jamais dans les trente derniers mètres, c’est quand même l’endroit le plus important. Dans les soixante-dix autres mètres, je m’efface facilement et c’est même très bien si on n’est pas forcément bavards. Mais les trente derniers mètres sont clés, que l’on soit au Maracana ou à Charléty, on commente, on suit l’action, on est présent parce que l’on nous attend là.

Quand on évoque le terme d’ambiance, on pense à des chants de supporters, à des cris, à un fumigène, on pense à un évènement qui fait du bruit et qui vient accompagner le jeu. Mais l’ambiance peut aussi être un super silence…que l’on ne valorise pas toujours. Il faut aussi que le stade, qui est l’épicentre de notre évènement, puisse vivre en dehors de nous. Je n’ai aucun mal à m’effacer en fonction d’un bruit énormissime, comme à La Meinau, où l’on a l’une des plus belles ambiances de Ligue 1. Sur des stades plus calmes, ce n’est pas grave, je vais passer de la même manière, je vais laisser le jeu respirer, le stade vivre. Mais, sur certains buts, c’est arrivé à La Meinau, je crois face à Saint-Etienne, le ballon était à peine rentré que je me suis effacé. J’ai fait signe à mon consultant, Edouard Cissé, pour qu’il ne dise rien non plus, j’ai fermé les micros, on a retiré les casques, on s’est regardés, l’ambiance était encore au-dessus sans les casques, on les a remis, on a attendu que toute la célébration passe, que le « Merci » - « De rien » du speaker passe. Sur les buts des équipes recevantes, il y a toujours un petit creux, c’est presque le meilleur moment : le speaker fait son annonce, le public reprend le nom du buteur et, là, ça tombe pendant une à deux secondes, avant que ça ne reparte avec un tambour, un chant, un cri. Ce petit sas de décompression est, je crois, le meilleur moment. C’est après ce moment que l’on reprend le commentaire. On laisse le jeu vivre, on laisse les joueurs vivre, on laisse l’ambiance vivre, on laisse le stade vivre et, si on peut se permettre de s’effacer complètement, c’est parfait. Je trouve que c’est important, dans ces instants-là, de laisser place à l’ambiance. Je ne le dirais jamais assez, une ambiance est un privilège, il faut donc la laisser vivre.

Vos différentes casquettes, notamment celle d’arbitre, vous aident aussi sans doute à l’antenne, pour mieux comprendre ce qui se passe…

Ça m’aide à me mettre en retrait parce que je vais davantage regarder, par séquence, le corps arbitral, pas uniquement le central mais aussi les assistants. Par exemple, sur une action en profondeur, je vais avoir le réflexe de regarder le départ du ballon, l’arbitre assistant puis le joueur à la réception. Maintenant, il me suffit d’un simple coup d’œil sur l’assistant pour savoir s’il va sanctionner une infraction de hors-jeu. Le petit pas de côté de l’arbitre assistant ou le petit arrêt, le bras baissé, le changement de bras pour le drapeau…je sais qu’il va signaler ou pas le hors-jeu et donc, en fonction, je sais si je vais commenter l’action de manière plus intense ou non. Il faut avoir ce petit temps de recul et d’adaptation par rapport au jeu, même d’anticipation. Je ne vais pas aller perdre de l’énergie ou m’enflammer sur un potentiel face à face avec le gardien si je vois que le joueur est hors-jeu de cinquante centimètres ou que je vois que l’arbitre a déjà fait signe qu’il allait lever le drapeau. Par contre, les actions où il y a un petit doute et où ça va au bout, on le sait, on la suit normalement. Donc, oui, ces petits détails me permettent un certain recul sur le commentaire.

Mais, autrement, ça reste du commentaire classique, en fonction des faits de jeu et des situations…ma casquette d’arbitre ne va pas forcément m’aider sur une passe ratée. Ma casquette d’arbitre va aussi m’aider, par exemple, sur une situation de carton jaune/carton rouge. Ça va m’aider sur une potentielle infraction de main dans la surface ou en dehors.

Sportivement parlant, quel regard portez-vous sur les six premiers mois du championnat ?

Incroyables ! Passionnants ! La plupart des équipes ont changé de paradigme, en voulant proposer un football peut-être un peu plus offensif et chatoyant, un peu plus spectaculaire. Cette saison est très plaisante. Pour nous, arriver sur un championnat de Ligue 1 qui change de paradigme, qui a une notion de spectacle offensif avant tout, c’est le jackpot. On se régale tous les week-ends. Même des matchs pour le maintien nous offrent des configurations de jeu qui sont beaucoup plus ouvertes que celles que l’on avait pu avoir lors des précédentes saisons. Collectivement, on a une Ligue 1 qui s’est renforcée, qui a décidé d’aller de l’avant dans le jeu, chose que l’on louait beaucoup dans les autres grands championnats européens. La Lige 1 se rapproche, en intensité, de ce que ces championnats-là proposent. Tant mieux car ce sont des championnats valorisés par le grand public pour la qualité de leur spectacle. C’est très bien, continuons dans ce sens-là, continuons à avoir de gros suspenses, à tous les niveaux. A part deux ou trois clubs qui sont dans le ventre mou, tous ont des choses à jouer.

Finalement, en Ligue 1, il n’y a aucun entraineur qui refuse le jeu. La Ligue 1 est géniale, il faut que ça continue. C’est bien parti pour en tout cas.

Merci, Julien, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision

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