Radio, télé,... : Joris Crolbois évoque ses différentes casquettes de journaliste sportif !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Joris,

Quelle joie d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes un jeune journaliste sportif et l’on peut vous retrouver dans différents médias, on aura l’occasion d’en parler. Pour en revenir à la genèse de votre parcours, d’où vous vient cette passion ?

Elle me vient de loin, j’ai une famille de footeux, mon père et mon frère sont dingues de foot donc ils m’ont transmis cette passion-là. J’ai toujours aimé jouer au journaliste, au commentateur. Quand j’étais petit, je jouais à FIFA et je commentais moi-même mes propres matchs, j’adorais cela. Cette passion-là m’est venue, j’ai beaucoup étudié le foot, j’ai surtout connu beaucoup de clubs, je regardais beaucoup de matchs, je regardais énormément aussi la coupe de France, ce qui me permettait de découvrir des clubs même inconnus. J’ai toujours aimé connaitre beaucoup de choses sur le foot, j’ai toujours aimé jouer au journaliste, les deux passions se sont jointes.

Ce qui est marrant aussi, c’est que je ne me suis jamais dit que, un jour, je serai journaliste sportif, ça n’a jamais été un but, j’ai toujours été dans le « on verra». Et, au moment de choisir, je me suis tourné vers STAPS. Peut-être parce que je pensais que le journalisme n’était pas pour moi, qu’il fallait que j’oublie et que je passe à autre chose. Au final, à un moment donné, ça m’a rattrapé et je me suis dit « allez, je vais tenter ». Ça vient de loinJ.

A l’heure actuelle, que ce soit au travers de vos différentes casquettes de journaliste ou pour votre plaisir personnel, combien de matchs regardez-vous chaque semaine ?

Beaucoup, beaucoup ! Ca varie en fonction de ce que je prépare mais je pense que je regarde entre une vingtaine et une trentaine de matchs par semaine. Parce que j’ai un rôle particulier, celui de l’analyse tactique donc je dois beaucoup regarder. Je regarde beaucoup le championnat anglais, le championnat italien, la Ligue des Champions, la Ligue 1. Ma priorité est la Ligue 1, je suis un amoureux de ce championnat, je regarde les six matchs en intégralité et le multi pour voir le plus de choses possibles. Il suffit d’une semaine de coupe d’Europe pour que je regarde aussi six matchs le mardi, six le mercredi et pareil le jeudi. Je regarde énormément de matchs par semaine parce que c’est indispensable pour mon travail et parce que, au-delà de ça, je le faisais même avant de travailler. Aujourd’hui, je suis payé pour le faire donc pourquoi se priver ?

 

 

Vous occupez différents rôles en fonction du média sur lequel vous intervenez. Sans doute sont-ils complémentaires les uns avec les autres ?

Oui, c’est ça. En fait, j’ai un chef qui m’a dit, quand je suis arrivé en stage à RMC, que si je voulais être face à la caméra, il fallait que je vois ce qui se passe derrière. Je n’étais alors pas forcément d’accord, je pensais savoir très bien comment fonctionne un plateau mais, en fait, pas du tout. Pour savoir comment faire, il faut savoir effectivement ce qui se passe derrière. J’ai commencé en tant qu’assistant d’édition, c’est celui qui prépare l’émission, les images, les stats, les résumés,…En fait, de voir cela, ça me permet aujourd’hui quand je suis en plateau, de me dire qu’il va falloir que je le fasse comme ça parce que, derrière, ils vont le faire comme ça. C’est important !

En tant qu’assistant d’édition, je veillais à être le plus efficace possible pour toucher à mon premier but, celui d’être commentateur. Beaucoup de commentateurs de RMC sont partis à Téléfoot et je me suis engouffré dans la brèche. C’était mon rêve depuis petit, c’était le moment d’y aller. J’ai demandé, j’ai fait des tests, ils étaient concluants, j’ai fait un premier match de coupe d’Europe puis un deuxième, puis un troisième, puis un quatrième…et c’est venu comme ça. A RMC aujourd’hui, je ne commente plus beaucoup parce que l’on m’a mis dans un autre rôle, qui est celui de la tactique. Je fais beaucoup beaucoup de tactique parce que j’ai toujours adoré cela. Dans ma jeunesse, j’ai eu la chance d’avoir beaucoup d’entraineurs qui étaient partis sur la tactique et qui me mettaient au centre de ce projet. Cela m’a permis d’avoir un œil tactique peut-être plus avisé que d’autres parce que je joue au foot depuis que j’ai cinq ans.

Aujourd’hui, le côté tactique me parle. Quand je vous disais que je regarde trente matchs par semaine, je ne les regarde pas de façon traditionnelle, je les regarde en me demandant pourquoi untel est positionné à droite, pourquoi lui joue à trois derrière et non pas en 4-4-2, pourquoi la possession est laissé à l’adversaire. C’est cette analyse constante qui me fait progresser petit à petit. Je pense que j’avais une bonne solidité, on m’a mis dans ce rôle-là, j’ai montré que j’étais capable d’avoir des discussions avec des anciens pros, des Balzaretti, des Anelka, des Djourou, des Saha. D’avoir fait cela m’a amené en plateau cette année, j’ai ma chronique « Séance vidéo », qui permet de décrypter une équipe, d’analyser comment elle joue, avec différents thèmes.

Chaque chose que j’ai faite m’a amené ailleurs. L’assistanat d’édition m’a amené au commentaire, le commentaire m’a amené à Amazon, aujourd’hui je commente sur Amazon parce que j’ai commenté à Téléfoot, j’ai commenté à Téléfoot parce que j’ai commenté à RMC. Aujourd’hui, je fais des palettes tactiques parce que j’ai montré, un jour, à Balzaretti, que je n’étais pas d’accord avec lui sur une analyse. Après que je lui ai expliqué, il m’a dit que j’avais raison. A partir de là, on a bossé ensemble, on s’est échangés nos points de vue, on a fait une super saison à RMC l’année dernière en Ligue des Champions parce que l’on apportait cette analyse, parce que l’on faisait ce duo qui marchait très bien. Cela m’a amené en plateau aujourd’hui.

 

 

J’aime me diversifier, j’ai toujours envie de me diversifier. Cet été, j’ai fait du reportage radio, au lieu de partir en vacances comme tout le monde. Cela me permet d’avoir une assise partout où je passe, ça me permet aussi de me rendre important, de pouvoir travailler souvent, beaucoup, j’adore travailler. D’ailleurs, ce que je fais, ce n’est pas un travail, c’est une passion. Je me régale tellement dans ce que je fais que, au final, la diversité vient naturellement.

Concernant le commentateur de matchs en général, en ce moment, il y en a de plus en plus en cabine. Justement, comment l’abordez-vous, avec une vision sans doute différente de celle au stade ?

Avant mon premier commentaire télé, je ne commentais qu’au stade, pour la radio, France Bleu notamment. C’est vrai que, quand je suis arrivé en cabine, j’avais peur de ne pas voir ce que je pouvais voir au stade. Au final, ça ne change pas grand-chose. Evidemment que c’est beaucoup mieux d’aller au stade, évidemment que je m’y régale. Sur Amazon, je fais de la Ligue 2, c’est à chaque fois au stade, c’est génial, tu vois des stades nouveaux, tu vois des équipes nouvelles, tu vois des choses que tu ne verrais pas forcément en cabine. Tu as tout, tu as la vision globale et, en plus, tu as des écrans face à toi. Alors que, en cabine, tu as seulement les écrans face à toi, tu es dans une mini cabine, c’est un peu différent. On est moins dans l’ambiance aussi. Du coup, au début, lors des premiers matchs en cabine, c’était un peu plus dur de s’ambiancer, de vraiment mettre de l’énergie. Parce que, en fait, tu n’es pas là. Au fur et à mesure, tu trouves un rythme. J’ai eu la chance de faire des matchs d’Europa League toutes les semaines, du coup tu trouves un rythme rapidement, tu comprends la mécanique, tu essaies de voir des choses que tu ne voyais peut-être pas avant. Tu oses un peu plus, tu te crées ton propre style. Ça reste en tout cas un plaisir, en cabine ou au stade.

 

Justement, au stade, en fonction du rythme du match et de l’ambiance, êtes-vous amené à adapter votre ton, votre élan et vos mots ?

Les joueurs progressent grâce à leur entraineur, les commentateurs progressent grâce aux joueurs je pense. Plus ton match va être bon, plus tu vas être bon. Plus ton match va être rythmé, plus tu vas être bon. Parce que tu n’as pas de rustine. Ça va aller d’un but à l’autre, tu vas élever la voix, tu vas la rebaisser quand ça revient au milieu de terrain puis tu la relèves devant le but adverse. En fait, cela te permet d’avoir un rythme. Quand tu as un rythme élevé, ça peut soit fatiguer les gens parce que tu parles beaucoup, soit les emporter avec toi. Je prends ce risque d’ennuyer les gens. Je fais des matchs en intégralité en Ligue 2, peut-être que les supporters de Valenciennes, de Toulouse, de Dunkerque, et je m’en excuse, sont saoulés parce que je parle beaucoup. Mais je prends ce risque car si, à côté j’emporte des supporters avec moi, si j’arrive à les appâter, j’ai tout gagné. De toute façon, je pars du principe réaliste que l’on ne peut pas plaire à tout le monde. Peut-être que certains vont couper le son mais si j’arrive à en emporter avec moi, j’ai tout gagné. Je fais le match pour mon plaisir personnel mais ça passe après le plaisir personnel de ceux qui regardent.

Même quand un match est moyen, tu peux être bon. Cela passe par la préparation. Je sur-prépare même mes matchs, je cherche des petites histoires sur chacun, même sur les joueurs qui ont peu de chance de rentrer.

J’ai regardé des milliers de matchs dans ma vie, il y a des commentateurs qui m’emportent quand même. Trois ans après un 1/8è de finale de coupe du Monde, le « second poteau, Pavard » de Grégoire Margotton est encore en tête, idem pour le « après ça, on peut mourir tranquille » de Thierry Roland.

 

 

En complément de la préparation des matchs que vous évoquiez, sans doute que, au stade, vous avez l’opportunité de récupérer quelques petites informations complémentaires, directement auprès des différents interlocuteurs ?

Oui, exactement ! Il y a une règle d’or, celle de contacter l’attaché de presse. Pour avoir les infos essentielles, que l’on doit absolument savoir car on est les seuls à pouvoir les dire aux téléspectateurs. Typiquement, une minute de silence, une absence de kops pour grève…On contacte aussi parfois les entraineurs. A force de les côtoyer au stade, ils me connaissent et me délivrent de plus en plus de choses, notamment sur les systèmes. Je comprends alors parfois pourquoi, par exemple, ils jouent à trois derrière ce jour-là, ce qui va permettre ensuite de le dire au commentaire. Donc il y a une préparation hyper complète et on ajoute des petits zestes dans la recette, des petites choses dites directement par les acteurs. Le supporter est au paradis quand tu expliques à l’antenne que c’est le coach lui-même qui t’a fourni l’information. Je vous parlais d’emporter le supporter avec moi, c’est dans le rythme mais dans les infos aussi. C’est important, on est là pour ça. Ma priorité est de rendre contents les supporters, pour qu’ils passent une bonne soirée.

Pour terminer, sportivement parlant, quel regard portez-vous sur la première partie du championnat de Ligue 1 ?

C’est une très belle saison mais au niveau du jeu seulement. Parce que ce qui se passe en tribunes est malheureux. Franchement, même nous sommes touchés. C’est fatiguant. La Ligue 1 a souvent été décriée mais, aujourd’hui, tu as de beaux matchs, tu as peu de 0-0, tu as des équipes offensives, tu as du jeu, tu as du spectacle et c’est gâché. Donc mon bilan est, je dirais, mitigé. Il y a encore beaucoup de travail à faire, évidemment que c’est compliqué mais je n’ai pas l’impression que chacun fasse ce qu’il a à faire. On dégoute du foot la nouvelle génération qui arrive dans les stades. Donc on ne gagne rien.

Sur le jeu, je pèse mes mots, c’est vraiment l’une des meilleures saisons de l’histoire de la Ligue 1. C’est l’une avec le plus de spectacle. Quand tu vois Lens jouer, quand tu vois comment Kombouaré fait jouer Nantes maintenant, que tu vois le promu Clermont décomplexé. Lyon est en difficulté, quatre à cinq équipes se battent pour l’Europe, six à sept équipes se battent pour ne pas descendre. Sur le plan sportif, la saison est géniale. Mais globalement, pareil je pèse mes mots, la saison est pourrie. Après un an et demi de huis clos, c’est encore plus triste. Même les derbys sont maintenance gâchés suite à l’interdiction de déplacement des supporters adverses…On pourrait baptiser cette saison la Jérémy Menez : un énorme potentiel mais il y a ce truc qui ne va pas. Ou Hatem Ben Arfa si vous préférez : un énorme potentiel mais avec un petit grain de sable dans la machine.

Merci, Joris, pour toutes vos réponses !

Publié dans Radio, Télévision

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