Belles Amies : Anne Cardona évoque sa pièce de théâtre, actuellement à l'affiche !

Publié le par Julian STOCKY

@ Raymond Delalande

 

Bonjour Anne,

Quelle joie d’échanger avec vous !

Vous êtes actuellement sur scène, au théâtre du Roi René, avec la pièce «Belles amies », pour laquelle vous êtes comédienne et auteur. On imagine que, dans le contexte actuel, le fait de pouvoir retrouver le public avec quatre dates par semaine est une vraie joie et un vrai plaisir ?

Oui, c’est une vraie joie, c’est même inespéré, dans le sens où nous ne sommes pas des comédiennes renommées. C’est aussi ma première pièce en tant qu’auteur donc je ne peux pas non plus faire bénéficier de ma renommée d’auteur pour faire rentrer le public. Il y a des embouteillages énormes dans les programmations au théâtre à cause du Covid donc c’est vrai que c’est une chance inouïe d’avoir pu créer la pièce en Avignon cet été et de la reprendre à Paris. Dans un théâtre qui est petit, certes, mais qui a quand même une certaine renommée. C’est assez chouette, en plein Paris, dans le XIè.

Comment présenteriez-vous cette pièce ? De quoi parle-t-elle ?

C’est une histoire d’amitié féminine, ce sont deux femmes qui se sont connues quand elles étaient très jeunes, à 20 ans, qui avaient une amitié quasi fusionnelle. Elles ont été séparées par un évènement traumatique, que je ne vais pas spoiler, du coup elles se sont volontairement perdues de vue. Elles se retrouvent 20 ans après, à la quarantaine, complètement par hasard, dans le même cours de natation, à la piscine municipale. Elles essaient alors de reconstruire leur amitié mais, évidemment, les traumatismes du passé sont là, resurgissent et ça ne se passe pas de la manière dont elles auraient voulu que ça se passe.

 

@ Raymond Delalande

 

Si on revient à la genèse de ce projet, comment vous en sont venues l’envie et l’idée ?

Comme je suis une jeune auteur, après avoir écrit pendant 15 ans des centaines de chansons, quand je me suis attelée à l’écriture d’une pièce, donc d’un dialogue avec un scénario, un début, un milieu et une fin, je me suis dit que le plus simple pour moi serait d’aller chercher dans ce qui m’est arrivé personnellement. Et j’ai eu une histoire compliquée, conflictuelle avec une amie, qui m’a inspirée pour écrire cette pièce. Donc, voilà, je suis partie de ce que j’ai vécu et, après, j’ai extrapolé. Le personnage de Gabrielle n’est pas moi et le personnage d’Agathe n’est pas mon amie, en tout cas j’ai tiré la substantifique moelle de moi, de mon amie et de ce qui nous est arrivé pour bâtir mon scénario.

Justement, quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage ?

Mon personnage est celui de Gabrielle, c’est une femme qui a subi beaucoup de traumas dans son existence, notamment à cause de cette chose consécutive à leur amitié. Donc c’est une fille qui a eu une longue réparation par rapport à ses traumas, psychologique et physique. C’est une fille qui s’est beaucoup battue. Comme souvent, les gens qui en ont bavé, ne sont pas dans le déni mais ils taisent le processus de reconstruction qu’ils ont dû fabriquer. C’est une fille qui est assez inhibée et, pour se reconstruire, elle a été énormément aidée par la peinture et par un amoureux, qui est survenu dans sa vie. Donc je dirais que c’est une artiste, elle est très introvertie mais néanmoins très solide comme les gens qui ont réussi à se reconstruire après des traumas. Elle reste quand même un peu abimée donc elle a quelque chose de suspicieux, voire paranoïaque.

 

@ Raymond Delalande

 

Vous l’évoquiez, cette pièce a déjà été jouée en Avignon l’été dernier, eu Festival du même nom. Sans oublier quelques dates à Paris avant les fêtes. Quels principaux retours avez-vous pu avoir du public à l’issue des représentations ?

Alors, c’est amusant parce que ça ne rigole pas. Je le savais en écrivant la pièce. Je vais beaucoup au théâtre, c’est toujours très perturbant, très surprenant. Du coup, c’est bête mais quand on est acteur, on a envie d’avoir du rire, qui est la réaction la plus immédiate du public et, là, on ne l’a pas ou peu. On l’a au début car ça commence comme une comédie, avant une bascule où on vire dans quelque chose qui n’est vraiment pas drôle du tout. Globalement, sur l’ensemble du spectacle, on peut dire que ça ne rigole pas. Donc pour nous, quand on est sur scène, il y a un côté perturbant mais c’est normal, dans le sens où la pièce que j’ai écrite est tout sauf une comédie.

Donc les retours du public sont : « on est scotchés à notre fauteuil, on ne respire pas ». Il y a même des gens qui m’ont dit « il y a un vrai malaise, c’est un thriller ». Ce qui me ravit, c’est que les gens sont happés et qu’ils sentent qu’il y a quelque chose dès le début à dénouer, ce qui les maintient en haleine. Donc j’ai la prétention de croire que les gens ne s’ennuient pas du tout, qu’ils sont vraiment happés par le suspense. Je pense qu’il y a un côté dérangeant voire malsain parce que j’ai voulu intégrer aussi là-dedans un rapport toxique entre deux femmes. Ce qui est marrant, c’est qu’il y a vraiment deux personnages très antithétiques et les gens s’identifient par moments à l’un et à d’autres moments à l’autre. Souvent, les gens me disent « se sentir parfois Agathe et parfois Gabrielle ».

Entre la première version en Avignon et les nouvelles dates parisiennes, vous avez aussi affiné, modifié à la marge la pièce, en fonction de vos ressentis et des retours que vous avez pu avoir…

Complètement ! J’ai vraiment affiné en fonction de cela et des ressentis que je pouvais avoir sur scène. Je me disais « bon, Anne, si tu t’ennuies à ce moment-là en tant que comédienne, fatalement le public va s’ennuyer puissance 10 ». Donc j’ai en fait écourté, raccourci, taillé dans des scènes, ce qui m’a permis de gagner du temps, pour créer d’autres scènes à l’extrême. Du coup, j’ai créé des scènes drôles, de comédie et j’ai aussi beaucoup appuyé, à la fin, le côté tragique. Donc je suis dans quelque chose de moins entre deux, beaucoup plus extrême, drôle au début, vraiment pas drôle à la fin. J’ai aussi changé la chronologie des choses. Aujourd’hui, au lieu d’être en dents de scie, on a vraiment une progression constante et je pense que c’est nécessaire pour un thriller réussi.

 

@ Raymond Delalande

 

Nous le disions, vous avez cette double casquette d’auteure et de comédienne sur ce spectacle. Par définition, l’auteure a précédé la comédienne. Justement, pour cette deuxième casquette, comment vous servez-vous de votre côté auteur ? Est-ce que c’est si évident ou cela peut-il créer des petits nœuds au cerveau ?

Les deux, mon capitaine. C’est une question très intéressante. Cela m’aide, dans le sens où, évidemment, puisque c’est moi qui ai construit les personnages, forcément je sais exactement qui ils sont, comment ils pensent et éventuellement tout ce qui n’est pas écrit. Du coup, je sais exactement qui je suis et qui est la personne en face de moi. Donc cela me fait gagner du temps et des réflexions, ce qui me fait avancer beaucoup plus vite. Je n’ai pas besoin d’avoir un metteur en scène qui va me faire l’explication de texte.

En même temps, c’est l’autre revers de la médaille, à partir du moment où j’ai décidé de prendre un metteur en scène, je ne peux pas lui imposer ma vision d’auteur. C’est vrai que quand j’ai écrit la pièce, quelle que part, j’ai fait la mise en scène dans ma tête. C’est impossible autrement. J’ai mis plein de didascalies, j’ai créé le décor donc je sais où ça se passe. J’ai mis tout un tas de commentaires aussi précis que « elle s’assit sur un fauteuil, elle ramasse son sac et elle se met comme ça ». Je l’ai vu comme dans un film et, à partir du moment où je l’ai donné à quelqu’un d’autre, je ne peux que lui laisser sa liberté à lui et sa vision à lui. Cette dernière n’est pas forcément la même que moi, il ne respecte pas forcément mes didascalies et, ça, pour reprendre votre expression, parfois ça me fait vraiment des nœuds au cerveau. Parce qu’il m’emmène dans des endroits où je n’avais pas pensé aller. Si je l’ai choisi, c’est pour qu’il m’apporte quelque chose en plus et il y est.

Merci, Anne, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre

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