Caroline Filipek évoque ses actualités, à l'image et sur scène !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Caroline,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes une artiste aux différentes casquettes et cordes professionnelles, comme en témoigne votre parcours. Si l’on revient à son origine, qu’est-ce qui vous avait incité à en faire votre métier ?

C’est très simple, une rencontre au collège, d’une professeur de français tout simplement. Le contexte est important, j’étais notamment en 6è et 5è dans une école de filles, avec un uniforme marine et blanc, très très bien cotée, avec des bonnes sœurs pour professeurs. C’était une école très très exigeante et je n’y étais pas très heureuse, même si les études n’ont jamais été un souci pour moi. Il me manquait plein de choses et une femme est venue de l’extérieur pour remplacer la professeur de français qui était malade. Mme Decker est arrivée en nous expliquant que, bien évidemment, on allait faire le programme mais qu’elle adorait le théâtre. Il y en avait justement un, complètement poussiéreux et, à deux trois mois de la fin de l’année, nous avons monté « Les fourberies de Scapin ». J’étais là, très timide, pas bien dans mes baskets et elle me dit que, dans cette école de fille, j’allais jouer Scapin…je la connaissais à peine, j’étais très mal à l’aise, je n’arrivais pas à parler mais je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a expliqué que, les rares fois où je m’exprimais, je faisais voyager les gens. Ça a été LA révélation, elle m’a confié ce rôle sans aucun doute, je l’ai pris à bras le corps, ça a été un bonheur fou, on a joué plusieurs fois tellement ça se passait bien, les parents d’élèves étaient très heureux, j’avais des bulles d’oxygène dans le ventre, je vivais de bonheur sur les planches. Je me suis dit « c’est bon, c’est ça, j’ai trouvé ma vocation, c’est ce que je veux faire, contre vents et marées, je suis heureuse à cet endroit-là ».

Par la suite, quels autres moments vous ont particulièrement marquée ?

Je me suis formée au théâtre national de Marseille, La Criée, pendant trois années intensives. Cette école étant dans un théâtre, on était tout le temps sur scène, soit en allant observer dix fois la même pièce si on voulait soit en montant et jouant des pièces à vau-l’eau, soit par sa formation intensive, c’était un bonheur pur, de gavage, de culture et de rencontres. J’y ai fait ensuite mes premiers pas en tant que professionnelle.  

Ensuite, parmi les expériences marquantes, je pense au travail avec Omar Porras, metteur en scène colombien, basé en Suisse, qui a joué beaucoup de spectacles au théâtre de la ville. J’ai complètement flashé sur un de ces spectacles, à tel point que je lui ai écrit une lettre qui l’a incité à me recevoir. Il m’a fait passer des essais de théâtre et c’était partie pour une longue suite de créations et de tournées, notamment celle sur « Don Quichotte », avec plus de 12 comédiens sur scène. On a joué partout….L’esprit de troupe et l’exigence du travail m’ont beaucoup marquée.

 

 

Après, le fait d’avoir monté ma compagnie a aussi été quelque chose de fort. Je me suis dit, à un moment donné, que j’avais envie de monter des textes par moi-même, sans être dans l’attente. J’aime bien l’idée de choisir et, avec une comédienne, on est tombée sur un texte qui nous a bouleversées, en lien avec les enfants soldats, « Allah n’est pas obligé » d’Ahmadou Kourouma. Nous avons été complètement foudroyées par ce roman, que nous avons adapté au théâtre. On l’a joué en France mais aussi au Kenya, en Tanzanie, en Amérique du Sud,…Ça a duré plusieurs années, entre la création en 2006 et les dernières représentations en 2012. De la contrainte est née la force de ce spectacle, comme nous l’a dit Laurent Maurel, le metteur en scène.

Je parle beaucoup de théâtre mais il y a eu aussi des évènements marquants à l’écran. Mon parcours est arrivé un peu après, avec davantage encore de diversité. Je fais principalement des guests, on est sur des durées plus courtes qu’au théâtre. J’adore la multiplicité. De films d’époque à des séries comme « RIS », « Profilage », « Le passager », « Fais pas ci, fais pas çà » ou encore plus récemment « HPI ». J’ai aussi adoré tourner dans le magnifique film d’auteur « Les Eléphants » réalisé par Emmanuel Saada, un film choral sur des personnages en quête d’amour. Globalement, je porte toutes mes expériences dans mon cœur, elles m’ont toutes marquée à un endroit.

Considérez-vous ces deux domaines comme le même métier et le même exercice ? Ou est-ce que ce sont deux entités qui nécessitent des adaptations ?

Les deux, en fait. Il y a vraiment un socle commun et il y a des divergences, dans la rapidité d’exécution. Le théâtre est en direct, quand ça commence, ça ne s’arrête pas et j’adore cela. J’ai assez rapidement apprécié les bugs au théâtre, ça parait fou de dire cela, non pas que je les cherche mais j’adore l’imprévu qui emmène là où on ne s’y attend pas ! Maintenant, je trouve que les mécanismes, sur les planches ou devant une caméra, sont les mêmes. C’est comme une cuisine que l’on a élaborée, avec le jeu d’acteur. C’est comme un garde-manger avec plein de petits tiroirs qui s’étoffent au fil des années et des rôles. Je viens chercher au besoin.

Au théâtre, il faut porter sa voix mais le fond est le même qu’à l’image, en termes de tambouille d’acteur. Il faut juste adapter son curseur, tout se voit à l’écran, on est plus dans l’intimité, il faut avoir cette conscience de minimalisme. J’aime beaucoup ce travail de caméra, il en dit long.

On pourra vous revoir bientôt sur la série quotidienne de France 2 « Un Si Grand Soleil », après y avoir déjà fait précédemment de premiers passages. Retrouver le plateau et l’équipe a sans doute dû vous faire plaisir ?

Oui, tout à fait, j’étais très contente de revoir tout le monde. On est très très bien accueillis, c’était ma première dans une quotidienne et j’ai vraiment beaucoup aimé cette expérience. Je tiens à le dire, de la production aux scénaristes, en passant par l’équipe casting, l’équipe HMC, les réalisateurs, les comédiens, tout le monde est bienveillant. Le rôle de Mélanie m’a permis de rencontrer des réalisateurs différents, j’en ai souvent changé, j’ai adoré, j’ai dû délivrer la même chose mais par le prisme de personnes différentes. Pour nous, comédiens, il faut s’adapter, j’adore, c’est très riche. Ça m’a fait chaud au cœur de revenir.

Toujours à l’image, sur France 3, vous avez tourné en tant que guest pour la série « Alexandra Ehle ». Un mot sur ce projet ?

« Sans visage » est l’épisode 9, qui sortira à l’hiver. C’est une série policière au format de 90 minutes, où tout est très pointu, le style notamment. On y retrouve énormément d’humour, avec des scènes complètement décalées, c’est très froid et très chaud en même temps. En gros, il y aura une intrigue autour d’un homme qui perd son visage, d’où le nom de l’épisode. Je fais partie de l’univers de cette personne, sans vous dire qui je suis.

 

 

Pour ces deux rôles de guest, en amont, parmi les artifices de la préparation, vous êtes-vous plongée dans certaines diffusions pour mieux appréhender l’univers ?

J’aime bien m’imprégner pour, ensuite, être complètement lâchée. J’aime bien me plonger avant, ça n’empêche pas de garder de la spontanéité, je fouille, je regarde les épisodes et je reçois, tout simplement. Je ne suis pas dans l’analyse, je suis dans le ressenti, comme un spectateur lambda. Je me suis laissée emportée. Ensuite, je me laisse libre dans le personnage, j’aime bien arriver avec une ou plusieurs propositions mais ouvertes. Les choses se font avec le réalisateur et ça ne me dérange pas si on change tout.

Je regarde, au moment de la diffusion, ce que je fais et, là, pour le coup, comme pour « Un Si Grand Soleil », où j’ai tourné à plusieurs mois d’intervalle, je suis critique, je ne suis pas dans l’affect. Je regarde la crédibilité de mon personnage, je regarde où je peux creuser encore plus loin. Je suis dans le détail, je vois ce que j’ai fait, pour les scènes d’après et j’ai un petit cahier d’évolution du personnage, de comment il s’est construit. Un mois ou deux mois après, c’est important de ne pas oublier le leitmotiv de départ.

Pour terminer, en complément, plusieurs projets sont en cours, un long métrage et un seule en scène le 12 décembre…

Le seule en scène se fera à Paris, au théâtre de la boutonnière. C’est un travail autour de Gisèle Halimi, la célèbre avocate décédée en 2020.  Sur quatre de ses procès principaux, pour mettre en avant son parcours remarquable. Elle n’a peut-être pas été assez saluée au moment de sa mort. C’est un rôle que j’endosse avec joie, implication et militance. Je salue le courage de cette femme avocate, mère de famille, elle a un parcours assez troublant, elle a réussi à défendre, au risque de sa vie, autant de femmes et de causes importantes.

Le long-métrage « 4 garçons pleins d’avenir » avait été tourné en 1997, c’était mon premier, je jouais Marie-Odile. C’était une comédie assez potache et une écriture est en cours pour 2022, où on se demandera, 25 ans après, ce que sont devenus ces 4 garçons ainsi que les personnages qui tournaient autour. A suivre….

Merci, Caroline, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision, Théâtre

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