France 2 - Le bruit des trousseaux : Saida Jawad évoque son personnage dans ce téléfilm inédit !

Publié le par Julian STOCKY

@ Raoul Gilibert

 

Bonjour Saida,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Ce lundi 8 novembre, nous pourrons vous retrouver, en prime, sur France 2, dans le téléfilm inédit « Le bruit des trousseaux ». Avant de s’intéresser au programme en lui-même, on imagine sans doute le plaisir et la joie que ça doit être, dans le contexte actuel, de pouvoir proposer au public un contenu inédit ? D’autant plus sur un tel sujet de société…

Oui, surtout je dirais que c’est important dans le contexte actuel. C’est avec grand plaisir que j’ai interprété ce rôle et c’était une grande fierté de retravailler avec Philippe Claudel, quelqu’un de fort intéressant, très cultivé, qui maitrise parfaitement ses sujets. C’est ma deuxième collaboration avec lui, j’avais déjà tourné dans un de ces longs-métrages « Tous les soleils ». Là, c’est sa première fiction télé, qu’il a faite avec beaucoup d’enthousiasme. Il est très attaché aux sujets sociétaux et je suis dans la même veine, j’écris aussi des films et c’est ce qui m’intéresse de développer. On fait vraiment partie d’une famille, si je puis dire. Donc, oui, très heureuse et contente de faire partie de ce film chorale, on est quand même pas mal de personnages, chacun amène sa petite pierre à l’édifice. Je suis très heureuse qu’il ait pu mettre une femme prof, c’est la seule. Ce n’est pas évident d’être une femme et d’aller enseigner en prison…

Très contente aussi qu’il y ait un débat qui suive, que France 2 en fasse une soirée spéciale. Ce n’est pas un documentaire, c’est complètement autre chose, on prend le point de vue de quelqu’un qui entre dans l’univers des détenus. Parce que ça a été son expérience à Philippe, il a vraiment donné bénévolement des cours de français en prison. Ce film est donc issu de son expérience, de son ressenti, de ce qu’il a vu. Il en a fait d’abord un livre puis une fiction.

Je l’ai vue évidemment, je l’ai trouvée très juste, on n’est pas dans l’exagération, c’est très sensible et humain. On pourrait croire que faire un film dans l’univers carcéral induit des personnages odieux mais pas du tout, ça reste très humain, très sensible, il y a même des moments d’émotion et de rire. Philippe a fait un subtil mélange de tous ces sentiments.

Surtout, je trouve que c’est un sujet dont on ne parle pas assez, trop peu en fiction ou en film. C’est un sujet quand même très sensible, il faut du courage car ce n’est pas forcément ce thème que le public veut voir d’emblée. Mais, en réalité, j’ai vu que la critique a été très positive. Ce n’est pas évident de traiter un sujet pareil sans tomber dans les travers et Philippe l’a soigneusement traité dans une forme de vérité et de sincérité. Ce qui fait que, oui, on suit le film, on suit ces personnages, on est touchés, on rit parfois et, pourtant, on est quand même en prison. Je trouve que c’est un coup de maitre quelque part. Je suis contente d’avoir participé à ce projet fort, sur un sujet très sensible.

 

@ Raoul Gilibert

 

Au moment de l’interprétation, avez-vous eu des sources particulières d’interprétation ? Peut-être aviez-vous lu le livre du même nom, écrit et publié en 2002 ?

En fait, je ne connais pas la prison, je n’y ai jamais été, je n’ai pas fait cette démarche, contrairement à d’autres personnages. Pour une bonne et simple raison, je ne voulais pas avoir une idée préconçue du personnage. Je voulais jouer sur l’instant, c’était donc un autre travail et une autre façon de travailler. On a tourné dans une vraie prison, je voulais ressentir les choses de l’intérieur et non pas les lire. Ensuite, me faire une idée et transformer ma lecture, en invitant le personnage à entrer dans ce que j’avais pu voir. Je voulais être à l’instant T chaque jour. Je voulais vivre l’expérience au sein de l’univers du tournage. J’ai donc lu le livre après. J’ai d’abord voulu ressentir puis seulement ensuite lire les mots. C’est un autre monde, c’est étrange de voir toutes ces cellules alignées, d’entendre tous ces bruits de trousseaux.

C’est pour cela que je l’ai faite ainsi, elle n’a pas froid aux yeux, elle ne se laisse pas faire, elle se défend. On a toutes des petites partitions et c’est ce qui fait le grand film. J’ai puisé sur mon tempérament, Philippe a écrit aussi un peu en ce sens. Je me suis laissée porter par l’ambiance, par l’isolement, par la direction d’acteurs, par les échanges avec les autres comédiens.

 

@ Raoul Gilibert

 

On vous imagine très curieuse de découvrir les réactions du public lundi soir ?

Oui, bien sûr ! J’ai été invitée au Festival de Colmar où a été présenté le film. J’ai eu la chance de le voir avec du public justement. Un petit débat a suivi à l’issue de la projection et, ensuite, on a encore échangé avec le public derrière.

Honnêtement, quand j’ai vu le film, j’ai été un peu sonnée, j’ai mis du temps à réaliser ce qu’est vraiment la prison. Ça m’a fait comme une claque, pourtant j’y avais joué. Il m’a fallu quelques instants pour répondre aux questions et j’ai remarqué que tous avaient ressenti ça, ils ont trouvé le film très très juste et ça les a bouleversés de prendre cette réalité en plein visage. Finalement, on a tous ressentis la même chose ! Il n’y a de caricature de rien, il y a une vraie réalité. C’est pour cela que l’échange a été très intéressant. C’est très riche et très étrange à la fois. Ce film remet les choses en place dans son cerveau, on ne voit plus les choses de la même façon et j’ai décidé que la vie était belle, pour nous qui sommes en liberté de l’autre côté de la barrière. Je suis donc très contente que ça existe, que l’on en parle, qu’il y ait un débat derrière. Ce film devrait presque passer dans les écoles pour prévenir.

Merci, Saida, pour toutes vos réponses !

Publié dans Télévision

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article