RMC : Marie Martinod évoque ses interventions à l'antenne ainsi que son nouveau projet Bleu métal !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Marie,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

On peut vous retrouver très régulièrement sur RMC, dans « Les Grandes Gueules du sport », aux côtés de Jean-Christophe Drouet et de toute sa bande. On imagine, à titre plus personnel, le plaisir et la joie que ce doit être pour vous de partager et d’échanger avec eux et les auditeurs autour de thèmes du sport ?

Oui, effectivement, ce sont de bons moments. Je ne le ferai pas sinon, moi qui viens à chaque fois de Savoie pour cela. On s’amuse bien, on n’est pas d’accord, on s’étripe mais ça reste bon enfant. Jamais personne ne m’a expliqué les règles mais je les ai vite comprises en arrivant : en fait, sur le plateau, on peut se dire les choses, on peut se balancer des arguments, on n’est pas toujours d’accord comme je le disais mais, n’empêche, une fois l’émission terminée, on ressort et tout reste sur le plateau, il n’y a pas de rancune, on est vraiment amis à côté de cela. C’est vraiment chouette d’avoir cette liberté de ton et, en même temps, de n’être pas d’accord, je trouve que ça élève le débat. C’est une belle émission de talk.

Avec vos propres mots, comment qualifieriez-vous votre rôle et votre place dans ce programme ?

En fait, aucun de nous n’est spécialiste de tous les sports. Il y en a qui ont plus de culture sportive que d’autres, je pense que je fais partie de ceux qui ont le plus besoin de travailler les sujets parce que je ne suivais ni le rugby ni le vélo avant. Mais si on est là, c’est qu’il y a quelque chose qui a fait que l’on a la légitimité d’être présents. J’ai eu du mal au départ à concevoir que je puisse être légitime à parler d’autres sports que le mien et Pierre, le producteur, m’a beaucoup aidée là-dessus. Il m’a fait comprendre que je suis légitime parce que j’ai connu le sport de haut niveau, j’ai connu l’olympisme, j’ai connu tout plein de facettes. Même si, évidemment, je suis plus à l’aise lorsque l’on se met à parler de ski, de sports free-style ou d’olympisme, il n’empêche que j’ai un avis lorsque l’on parle d’autres sports qui me sont un peu moins proches. Je ne suis pas là pour être spécialiste de cela, je suis là pour apporter un éclairage différent, pour angler autrement, pour faire en sorte que le débat puisse quand même se faire.

Donc, oui, à la base, j’ai quand même plus d’appétence pour certains sports, ceux dont je viens de parler, mais ce n’est pas pour autant que je ne suis pas légitime sur les autres. Par mon vécu, j’ai un avis qui peut être intéressant, qui est toujours défendable. L’intérêt est que, par notre vécu, on puisse ne pas être forcément d’accord avec ce qui peut paraitre le plus évident comme ça. Mais il n’y a jamais personne qui a raison ou tort, on en débat.

 

 

Une fois que le conducteur vous est donné, avez-vous une méthodologie particulière de préparation en amont de l’antenne ?

Ca dépend des sujets. Il y en a où je sais que j’ai des connaissances dans mon calepin qui vont pouvoir m’aider ou me dire ce qu’ils en pensent eux personnellement. Donc je ne vais pas me gêner pour les appeler et qu’ils me donnent leur avis. Ce qui est, à la base, le plus cool car, dans le contact humain, je sais à qui je parle, je sais ce que vaut ce qui m’est dit, c’est intéressant de le placer sur l’échiquier. Je vais aussi sur internet pour voir ce qui s’est dit dans la presse. Souvent, après, j’en parle avec Pierre car c’est un peu le patron, il est vraiment le maitre d’œuvre, je passe facilement 30 à 45 minutes au téléphone avec lui avant l’émission du lendemain, pour le débriefer, lui dire ce que j’ai trouvé, là où je veux aller, là où je pense que j’ai des choses intéressantes à raconter. Il me conforte. Ça reste quand même un exercice compliqué de se dire que l’on va ouvrir la bouche et qu’environ un million d’auditeurs vont nous écouter. En plus, on vit à l’époque des réseaux sociaux donc, dès que l’on dit quelque chose qui déplait, on nous le fait remarquer. Au final, Pierre me conforte simplement dans l’idée que je peux dire ça ou ça. Pour être très honnête, il y a des fois où je suis vraiment sèche sur un sujet, où je ne trouve pas, il me tuyaute, comme il le fait avec tous les autres.

Votre parcours d’ancienne sportive de haut niveau vous aide sans doute aussi à mieux comprendre certaines réactions d’athlètes et certaines émotions ?

Autours de la table, on est souvent des anciens athlètes et des journalistes. C’est marrant de voir, quand quelqu’un n’a pas fait de compétition, n’a pas vécu certaines pressions, certains moments de doute, que l’avis est facilement très tranché. Je dirais que j’ai une tendance à être défenseuse des athlètes qui, souvent, sont des personnes intelligentes, très sensibles, qui restent humaines, avec des réactions qui s’expliquent. C’est vrai que j’ai peut-être cette étiquette plus humaniste et plus tolérante qu’un Christophe, qui va « rentrer dans le lard ».

A titre plus personnel, comme vous l’avez rapidement évoqué, ce programme vous permet d’enrichir, de diversifier et d’étendre votre culture sportive…

Clairement, je ne m’en cache pas. Il y a vraiment plein de sports que je ne suivais pas ou alors très ponctuellement, sur les JO ou des championnats du monde. Du coup, maintenant, je m’amuse à vraiment suivre toute la saison. Du reste, comme je pars de loin, ça me demande un boulot de fou. En vélo, j’ai vu passer Jalabert ou Indurain dans une étape du Tour de France, chez moi, quand j’avais 10 ans, c’était à peu près tout ce que je savais du vélo. Là, j’ai dû apprendre les équipes, qui est un sprinteur, qui est un puncheur, qui est un rouleur, qui est un grimpeur, quels sont les classements dans chaque équipe, pourquoi telle équipe va rouler à tel endroit, qui va rouler sur qui, toutes ses stratégies…ça m’a passionné, j’ai kiffé, c’est long mais j’apprends au fur et à mesure, je trouve ça plutôt excitant. A l’inverse, j’ai plus de mal avec le rugby, il y a beaucoup de règles, beaucoup de championnats. Pour autant, comme je le disais, j’ai le droit parfois de dire que, là, je ne sais pas ou que je n’ai pas d’avis et je crois que ce n’est pas grave en fait.

En parallèle, vous avez lancé récemment « Bleu métal », sous format de podcasts. Comment vous sont venues l’envie et l’idée de de projet ?

La base de la base est que j’ai découvert la radio à RMC, ce format de raconter des histoires. Ca a conforté l’amour que j’avais de simplement l’écouter dans la voiture ou chez moi. C’est un média qui me parle vraiment, je trouve que, si l’on est attentif, on ressent plein de choses dans la façon dont les gens s’expriment, on ressent la joie, la tristesse, il n’y a pas besoin des images. Je dirais même que le fait d’être privé des images donne encore plus de relief à ce que l’on peut ressentir lorsque l’on écoute quelqu’un. J’adore la radio et, à RMC, j’ai découvert l’envers du décor, comment est montée une émission, qu’est-ce qui fonctionne, qu’est-ce qui ne fonctionne pas. Tout cela m’a vachement intriguée.

 

 

Avec la vague des podcasts, c’est devenu possible de créer un contenu sans être une radio. Partant de là, je me suis dit que ce serait chouette de faire quelque chose. Mais je me voyais tout en bas de l’échelle et, comme très souvent, je ne me voyais pas forcément capable. Mais Pierre m’a confortée dans l’idée que j’étais capable, qu’il fallait tenter, qu’il fallait bien y réfléchir, bien cadrer les choses, savoir où je voulais aller, savoir quel ton je voulais donner. De fil en aiguille, j’ai créé « Bleu métal », jusqu’au jour où j’ai pris le téléphone pour aller Pierre Vaultier, que j’avais identifié comme le premier invité potentiel, qui serait certainement le plus à même de m’aider à arriver au résultat que je voulais. Vu que je viens du sport de haut niveau, j’ai des attentes vis-à-vis de moi-même qui sont juste énormes. Je voulais que ce soit très bien, très bien cadré, je voulais que le ton soit bon, je voulais que ce soit nickel, je ne m’autorise pas l’erreur. Je savais que Pierre Vaultier serait la bonne personne car ça reste un milieu que je maitrise. J’essaie de trouver des gens qui sont proches de l’invité, en amont, pour me faire raconter des anecdotes, je savais que ce ne serait pas trop compliqué, pour un premier, de trouver les bons numéros dans le milieu du ski.

Après, c’était parti et je ne veux pas perdre le rythme, d’où l’idée d’en sortir un par mois, quasiment. Par les temps qui courent, en plus, ce n’est pas simple car on ne peut pas trop se déplacer mais, au final, ça suit son rythme. Ce qui est chouette, c’est que ce n’est pas routinier. D’un invité à l’autre, les histoires ne sont pas les mêmes. J’arrive à m’amuser autant avec Alain Bernard récemment qu’avec Pierre Vaultier la toute première fois.

Quels premiers retours avez-vous déjà pu avoir ?

J’ai eu des commentaires très gentils, de gens qui ont pris le temps soit de me faire un e-mail, soit de m’appeler. Ils ont aimé le ton de ma voix, ma façon de mettre les gens à l’aise, de les faire parler d’eux.

L’idée est qu’ils doivent se raconter eux, si ma mission est remplie, si on a fait un bon boulot, je ne suis qu’un distributeur de paroles, je ne suis qu’un facilitateur d’accès à l’émotion. Je suis censée, quelque part, ne pas exister. A moins qu’il y ait une anecdote qui fasse écho à quelque chose que j’ai pu vivre et, là, c’est intéressant d’échanger avec l’invité. Sinon, c’est vraiment d’eux dont on doit parler. J’ai eu des retours me disant que c’était chouette d’entendre les athlètes parler d’autre chose que « on a pris les trois points » ou « oui, j’ai fait un bon chrono ». C’est exactement ce que je cherchais. J’ai la chance de connaitre plein d’athlètes, je trouve que ce sont des personnes tellement inspirantes, tellement intéressantes à connaitre. C’est ça l’idée, de démocratiser cela, pour faire écouter au plus grand nombre possible de personnes que ses athlètes ont des choses géniales à raconter, qui font envie et qui font du bien.

Oui, j’ai eu des retours sympas aussi de gens qui m’ont trouvée à ma place, ce qui est agréable à entendre et qui m’encouragent à continuer. Ils me donnent aussi de petites idées, c’est chouette, ça veut dire qu’ils ont aimé et qu’ils veulent en entendre d’autres. Ca fait son petit bout de chemin et j’espère que cela va durer.

 

 

Sans doute aussi que lorsqu’un sportif parle à un autre sportif, les angles, les approches et les visions sont différentes d’un exercice classique avec un journaliste ?

C’est ce que j’espère. Je crois que, oui, il y a peut-être une façon de se sentir plus à l’aise face à quelqu’un qui n’est pas journaliste de métier. Après, c’est aussi beaucoup une question de tempérament. Il y a des gens qui se racontent facilement, avec moi ou un journaliste et il y a des gens qui sont beaucoup plus hermétiques, qui ont du mal à faire tomber les barrières. Il faudrait presque que je rajoute une corde à mon arc et que je devienne psychologue. Mais ce n’est pas grave, il y a toujours des choses intéressantes, toujours des choses inédites.

Pour la suite, auriez-vous des envies particulières concernant des athlètes avec lesquels vous aimeriez échanger ?

Oui, après il y a la réalité et les rêves. En cette saison 1, j’ai l’idée de couvrir des profils et des sports vraiment différents. Des gens qui ont un parcours exceptionnel et, à côté de cela, qui ont un profil enrichissant pour les autres, il y en a vraiment beaucoup. Je fais des choix aussi en fonction de ma possibilité à le faire. Cela prend du temps aussi pour préparer, même si l’idée est de faire parler les invités, il faut que je maitrise leurs parcours, leurs moments de haut, leurs moments de bas pour arriver au but recherché.

En tout cas, j’ai des aspirations de fou, j’aimerais faire Thierry Dusautoir, Sébastien Loeb, Marie-Jo Pérec. Mais je ne veux pas me brûler les ailes, j’essaie d’être honnête avec moi et avec les gens, je les interviewerai au moment où je serai sûre que j’aurai les épaules pour le faire.

Merci, Marie, pour toutes vos réponses !

Publié dans Radio

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article