France Télévisions : Alexandre Pasteur évoque les premiers jours du Tour de France 2020 !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Alexandre,

Merci de nous accorder un peu de votre temps en ce début de Tour de France cycliste.

La Grande Boucle a repris ses droits depuis samedi dernier, avec le départ à Nice. A titre personnel, on peut imaginer la joie et peut-être aussi le soulagement de voir cette épreuve se dérouler dans cette période sanitaire particulière ?

Oui, oui, complètement ! C’est quand le Tour de France devient fragile que l’on se rend compte à quel point il est indispensable. Il y avait une grosse attente, on a longtemps cru que le Tour de France n’aurait pas lieu, ce qui aurait été un trou béant dans le calendrier sportif national et international. On voit que le Tour résiste à tout, heureusement. Donc, oui, un immense soulagement parce qu’une année sans Tour de France est une année sans repère, sans jalon. On voit que, pour l’instant, tout se passe à peu près bien donc pourvu que ça continue.

Avec le décalage de date, avec aussi d’autres courses en parallèle, vous attendez-vous, sportivement parlant, à une épreuve légèrement différente, comparativement à une édition plus classique ?

C’est l’environnement qui change mais, sportivement, le Tour de France reste le même. On a les meilleurs coureurs du monde au départ. Le Tour de France s’est fait une place de choix dans ce nouveau calendrier en évitant la concurrence frontale avec d’autres courses. C’est là que l’on voit aussi toute l’importance de cette épreuve. Quand l’UCI a dû reformater son calendrier, on voit que le Tour s’est taillé la place du roi. C’est le premier grand Tour cette année, les meilleurs sont là parce que le Tour de France est la vitrine du cyclisme mondial et son poumon économique. Donc il fallait que le Tour de France ait lieu.

Sportivement, on s’aperçoit que rien ne change, on a l’impression d’assister à un remake du Tour de l’an dernier, avec Alaphilippe en jaune dès le deuxième jour (c’était au troisième jour en 2019). Je ne vois pas de différence, le Tour de France va trouver sa place naturellement, même en cette fin d’été. Je ne me fais aucun souci, le mois de septembre est un mois ensoleillé, on a souvent de belles arrières saison maintenant. C’est la fin de l’été mais ça reste quand même l’été. Certes, le contexte n’est pas le même, il y a moins de monde sur les routes, les gens vont reprendre le travail, il y aura peut-être un peu moins de monde devant la télé en semaine mais les audiences de ce week-end montrent que l’engouement est toujours le même. On fait un démarrage exceptionnel au niveau des audiences. Dimanche, il y a eu un pic à 6,2 millions à l’arrivée de la deuxième étape. On voit donc qu’il y avait une énorme attente, les français avaient besoin du tour et les audiences le prouvent.

Justement, vous avez commencé à l’évoquer, quel regard portez-vous sur les premiers jours de ce Tour 2020 ?

Sportivement, je trouve que l’on a déjà vécu des émotions très contrastées. Samedi était une étape douloureuse à commenter et surtout à vivre pour les coureurs évidemment. Nous n’avons commenté, j’ai l’impression, que des chutes. Après, c’est la fatalité. Il n’y a personne à incriminer, ni les organisateurs ni les coureurs. C’est comme ça. C’était une patinoire, c’est ça le vélo, c’est un sport d’extérieur, on va d’un point A à un point B avec, au milieu, plein d’aléas, du vent, de la pluie. Du coup, on a eu une étape quand même animée, même si on aurait préféré qu’elle le soit autrement.

Dimanche, on a eu une étape un peu lancinante mais avec un final explosif, on s’y attendait. Avec Julian Alaphilippe qui gagne et qui prend le maillot dès le deuxième jour. Pour nous, c’est un démarrage idéal. Sportivement, je trouve que ce Tour de France, pour l’instant, tient parfaitement la route. Et encore, on n’a rien vu.

Quels sont vos favoris pour cette édition 2020 ? Peut-on s’attendre à un français à minima sur le podium à Paris ?

S’il y en a un, ce sera Thibaut Pinot parce que je pense que les autres n’ont pas la capacité de monter sur le podium. Même Julian Alaphilippe qui clame depuis plusieurs semaines qu’il ne vient pas sur le Tour pour jouer le général mais pour animer la course. Il l’a montré dimanche. Il n’a pas non plus l’équipe pour le soutenir en haute montagne. Donc, voilà, il ne faut pas rêver, Julian Alaphilippe ne va pas gagner le Tour de France, en revanche Thibaut Pinot en est capable. C’est vrai que la première étape a été douloureuse pour son équipe puisque lui et ses coéquipiers sont tombés. On a vu David Gaudu, son meilleur soutien en montagne, très touché également, on a même pensé qu’il allait abandonner ce dimanche. Voilà, j’espère qu’il est sevré de malchance pour ce Tour de France 2020 et que la suite va être une montée en puissance progressive pour l’amener au top en troisième semaine. Il s’est préparé pour ça, c’est son objectif. Aussi bien physiquement que mentalement, il est armé maintenant pour supporter la pression. Le Tour de France qu’il a réalisé l’an dernier doit l’aider à croire que c’est possible, qu’il peut gagner le Tour, en tout cas monter sur le podium. J’y crois, sincèrement. Je pense que, en montagne, il n’y aura personne pour lui mettre deux minutes. Je crois qu’il est au niveau des deux ou trois meilleurs grimpeurs de ce Tour et le parcours est taillé sur mesure pour lui, avec un seul contre la montre, en plus, lors de l’avant dernière étape, chez lui, à la Planche des Belles Filles. Oui, j’y crois, je pense qu’il peut monter sur le podium.

Avec les conditions sanitaires que l’on connait tous, des adaptations ont été nécessaires pour tout le monde. Au quotidien, à l’antenne et même dans la préparation de vos interventions, qu’est-ce que ça change ?

L’adaptation principale est le fait de se résoudre à commenter le Tour de France à Paris. C’est une première pour moi, c’est mon dixième tour, c’est la première fois que je reste à Paris pour le commenter. Donc ça change quand même pas mal de choses dans l’approche de la course. Alors, techniquement, ça ne change pas grand-chose, je commente les images depuis des moniteurs avec les images que nous renvoient nos différentes sources, à savoir les hélicoptères, les motos,… Je fais pareil quand je suis sur place. Je dirais que ça dégrade mon travail dans le sens où je ne peux pas reconnaitre les étapes le matin. Quand je suis sur le Tour, tous les matins je fais les 80/100 derniers kilomètres en voiture pour m’imprégner du parcours, pour me nourrir de sensations qui vont ensuite apporter du contenu à mes commentaires. Donc c’est très important. C’est ce que je disais tout à l’heure, une course de vélo va d’un point A à un point B avec, au milieu, des forêts, des châteaux, des églises, des villes, des villages, du vent, des routes, des montagnes… Ca, malheureusement, je ne peux pas m’en imprégner. C’est un regret. Ce n’est pas ma décision, évidemment. C’est une décision qui m’a profondément déçu parce que je trouve que ça dégrade mon travail et donc ça dégrade un peu le produit que l’on va proposer à l’antenne. Voilà, c’est aussi une année exceptionnelle, on doit s’adapter, on doit être exemplaires donc je n’ai pas d’autre choix que de me plier à la décision de mes dirigeants. Mais j’espère que ce ne sera qu’un one-shot et que, l’année prochaine, nous serons de retour sur les routes parce que c’est quand même plus facile de vivre le Tour de France quand on est à l’intérieur, qu’en restant à Paris.

Donc, voilà, c’est la grande nouveauté. Sinon, ça ne change pas fondamentalement ma manière de vivre le Tour une fois à l’antenne. J’ai toujours la même équipe avec moi, Marion, Laurent, Franck, on a toujours nos deux envoyés spéciaux au cœur de la course. On vit toujours le Tour avec passion, même si les conditions ne sont pas les mêmes.

Avec un nombre d’heures à l’antenne élevé, avez-vous des petites astuces, des petites clés personnelles pour plaire aux nombreux téléspectateurs ?

Non, il n’y a pas de clé. Quand on a la chance de commenter le Tour de France, on vit pour lui toute l’année. C’est mon cas. Il n’y a pas de technique pour préparer le Tour, il faut être passionné de cyclisme, passionné de la France aussi parce que, sur France Télévisions, le Tour de France est beaucoup plus qu’une course de vélo. On a une partie patrimoniale très importante à développer et on le fait très bien, je trouve, avec toutes les images que nous offrent les hélicoptères notamment et à travers aussi les récits de Franck Ferrand qui, je trouve, mettent vraiment parfaitement en lumière le patrimoine historique, architectural, géologique, géographique de la France. Je trouve qu’il est passionnant à écouter.

Je dirais que la clé est d’être passionné et surtout d’avoir une entente, une osmose avec les gens qui partagent l’antenne. S’il y a de la complicité en dehors de l’antenne, forcément ça va rejaillir sur l’antenne et sur le contenu que l’on propose. Avec Marion Rousse et Laurent Jalabert, je ne vais pas dire que l’on est très proches mais on se respecte. On essaie de faire en sorte que ça rejaillisse à l’antenne. Idem avec les envoyés spéciaux sur les motos son, Thierry Adam et Thomas Voeckler. En fait, on est là pour faire passer un bon moment aux français. Il faut être sérieux, il faut être pros mais en essayant aussi d’être légers. C’est du divertissement, le Tour de France est une fête, même si, cette année, elle est peut-être un peu atténuée pour le contexte sanitaire évidemment et par un environnement parfois un peu pesant. Mais, justement, on essaie de sortir de ce contexte un peu lourd pour donner de la légèreté aux français, je pense qu’ils en ont besoin. Je ne sais pas si on y parvient tous les jours mais, en tout cas, c’est le but. D’être pros, d’être sérieux, de donner les bonnes infos, de sentir la course, de la décrypter mais tout en essayant aussi d’avoir un peu de légèreté, on en a tellement besoin, l’année a été difficile. Encore une fois, tous les jours de l’année je pense au Tour de France. Dès que le parcours est dévoilé au mois d’octobre, j’ai le parcours en tête, j’ai le Tour en tête et je me projette. C’est tellement grisant et, même à Paris, ça reste grisant à vivre. Le Tour de France est quelque chose qui vous marque au fer rouge. Aujourd’hui, je ne pourrais plus me passer du Tour de France, c’est quelque chose de tellement passionnant à vivre et j’espère que ça va durer encore longtemps.

Ce fut un plaisir, Alexandre, d’échanger avec vous !

Publié dans Télévision

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