Marie Sambourg se remémore son parcours et évoque ses différentes actualités !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Marie,

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à nos questions.

Vous êtes une artiste aux différentes cordes artistiques, du théâtre, de la télé, du doublage, avec un parcours qui a commencé dès l’âge de quatre ans et demi. Justement, d’où vous est venue cette envie d’artistique ?

A la base, ce n’était pas une envie parce que, quand on a quatre ou cinq ans, il faut être quand même très culottée pour dire que l’on a envie de faire cela. En fait, c’était un gros hasard. Une cliente de mon père antiquaire m’a repérée dans sa boutique pour une publicité Herta. J’ai passé le casting, j’ai décroché la publicité, je l’ai faite, ça m’a plu. J’ai une très mauvaise mémoire sur les souvenirs d’enfance mais j’ai quand même des souvenirs de cette pub, de comment on me coiffait mes boucles, de cette grosse caméra. Je sais que c’est quelque chose qui m’a marquée et qui m’a plu.

A partir de là, mes parents ont décidé de m’inscrire dans une agence de publicité et, là, j’ai commencé à enchainer les castings. J’ai fait de la pub, j’ai fait des photos et, très rapidement, des tournages. Du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours dit que je voulais être actrice. Mais ça n’a pas été réellement ma propre décision. Je me pose souvent la question de ce que j’aurais fait si ça ne m’était pas tombé dessus comme ça, d’où je serai à l’heure actuelle. Je ne sais pas si j’aurais eu le courage de me lancer dans une carrière artistique car c’est quand même compliqué et qu’il n’y a pas beaucoup de places.

Au début de votre parcours, vous rendiez vous déjà compte des enjeux notamment et de ce qu’impose ce milieu ?

Quand j’étais petite, c’était juste extrêmement ludique. Je ne réfléchissais pas trop au fait que ce soit un travail, pour moi c’était une activité en dehors de l’école, une passion et je m’éclatais. Comme certains font du football ou de la danse, je faisais des tournages. Il s’agissait de “jouer” avant tout. C’était extrêmement instinctif, comme pour plein d’enfants. Je ne me posais pas de question. Celles comme « est-ce que je vais réussir à en faire mon métier ? », « est-ce que je joue juste ? », « qu’est-ce que je fais de mes mains ? », « qu’est-ce que je fais de ma voix ? » sont arrivées, comme les doutes, à l’adolescence. Période où j’ai commencé à me demander ce que j’allais faire plus tard, pensant que ce que je faisais n’était pas quelque chose de “sérieux”. Je commençais à me rendre compte que c’était un métier où on pouvait être souvent dans le creux de la vague, où il fallait tenir, où il fallait savoir endurer. Je ne savais pas si j’en étais capable.

Je ne sais pas si j’aurais persévéré si je n’avais pas eu la chance d’avoir le tournage de « La famille formidable » qui revenait tous les deux ans à peu près et qui était une sorte de piqure de rappel quand je commençais à me dire « bon, je vais être prof d’histoire, ou vétérinaire, ou je ne sais quoi... ». Ça me faisait me dire que, quand même, c’est un gros kiff, que ça fait du bien de tourner, que c’est un métier passionnant et que j’ai envie d’en être. A 16/17 ans, il y a eu une saison compliquée, même quand je la revois aujourd’hui, je me trouve mauvaise. Je sens qu’il y avait trop de questionnements en moi, que je n’étais plus du tout dans le jeu, dans le ludisme. Quand on n’est plus dans l’instinct, c’est très dur pour un comédien d’être bon. Je me voyais jouer. Même si je commençais à avoir vraiment envie d’en faire mon métier, je me disais que ce serait très dur sans bagage solide, j’avais peur d’être mauvaise. Le meilleur conseil que l’on ait pu me donner est venu de toute l’équipe de « La famille formidable », notamment Joël Santoni, Anny Duperey, Bernard Le Coq, Béatrice Agenin et Philippe Khorsand, qui m’ont dit : “c’est un métier, ça s’apprend”. Que ce n’était pas parce que j’avais baigné là-dedans depuis toute petite et que ça avait été jusqu’à présent instinctif que je connaissais ce métier. Ils m’ont incité à m’inscrire en école de théâtre.

Du coup, après le Bac, je me suis inscrite en Fac de théâtre-cinéma et dans ma première école de théâtre, l'Eponyme. Là, ce fut une révélation, j’ai enfin découvert ce qu’était une vraie passion. J’ai découvert des auteurs dingues, des metteurs et metteuses en scène qui m’ont bouleversée, j’ai découvert plein de choses que je ne connaissais pas, tout un monde s’ouvrait à moi. J’ai commencé à aller au théâtre à 18 ans ! C’est comme cela que j’ai appris mon métier.

A présent, qu’est-ce qui vous plait dans votre quotidien artistique ?

Le collectif, le groupe, le fait que l’on ne soit jamais seul. Vivre des aventures collectives, créer des familles, traverser des choses extrêmement intenses pendant quelques jours, quelques semaines, quelques mois ou quelques années. Ce qui me plait le plus, c’est d’avoir l’impression d’être connectés, de raconter une histoire à plusieurs. Aussi le fait de ne pas s’ennuyer, de faire tout le temps des choses différentes, de ne pas savoir où je serai dans trois mois, d’avoir des choses qui tombent d’un coup. C’est un métier où l’on ne s’ennuie pas. C’est comme si on passait des entretiens d’embauches tous les trois mois. Il faut être fou, être cinglé pour se lancer là-dedans mais, en même temps, c’est hyper excitant.

Considérez-vous le théâtre et la télé comme deux métiers différents ? Ou sont-ils un seul et même art ?

J’aurais tendance à dire que c’est différent. Avant, j’aurais dit que c’est le même métier mais, en fait, tout est si différent. Par exemple, mon compagnon est comédien de télé et de cinéma, il ne fait pas du tout de théâtre, je vois nos vies professionnelles qui sont totalement opposées. Je sais déjà où je serai en 2022, à peu près, lui ne sait même pas quand seront ses prochains cachets. Il a plein de projets cinéma mais pour ce qui est des dates de tournage... Donc il y a cette question de stabilité déjà parce que les projets au théâtre se font un an à l’avance, voire deux. On peut voir sur la longueur. Les répétitions, l’exploitation de la pièce, la tournée (en général la saison d’après) aident à voir sur la longueur.

Au niveau du jeu en tant que tel, j’ai l’impression que ce sont des démarches opposées. Je suis une grosse bosseuse, je suis extrêmement rassurée quand j’ai vraiment un cadre très fixé et que j’ai beaucoup répété. Je pense que je suis meilleure au bout de cinquante représentations qu’à la première avec le stress. Quand je commence à avoir confiance en moi, alors là, je sais que je peux m’envoler et faire exploser le cadre. Le problème des tournages est qu’il ne faut pas être trop sûr de ce que l’on va faire, il ne faut pas être en maitrise, en tout cas pas que, il faut aussi être en lâché prise. Il faut évidemment connaitre son texte mais essayer d’être totalement dans l’instant. Réinventer sans cesse. C’est pour cela que, pour moi, c’est extrêmement différent. Pendant quelques années, j’ai vraiment eu très peur des tournages. Avec l’expérience on apprend à se détendre, à accepter voir même à attendre les accidents.

Parmi toutes les nombreuses expériences artistiques que vous avez pu avoir, en retenez-vous certaines plus que d’autres ?

Oui, oui, bien sûr. Il y en a plusieurs mais on va dire que la chose la plus marquante dans mon parcours est « La famille formidable ». Parce que ça a duré de mes onze ans à mes trente ans, que ce sont eux qui m’ont orienté, qui m’ont dit d’aller faire du théâtre. C’était quand même une approche un peu théâtrale, on était comme une troupe, on se retrouvait régulièrement, on partait en voyages et, au fur et à mesure des années, on a créé de vraies amitiés qui sont encore là à l’heure actuelle. Donc je dirais que c’est la plus belle expérience de ma vie. Ça me manque. Je ne le pensais pas d’ailleurs. Quand ça s’est arrêté en 2018, je m’étais dit qu’il fallait savoir couper le cordon au bout de 25 ans et, moi-même, j’étais alors plutôt sereine par rapport au fait que ça s’arrête, en me disant que l’avenir était à nous et qu’il allait se passer plein de belles choses. Maintenant, je bosse beaucoup au théâtre, ce n’est pas du tout un aspect financier qui me manque, mais les copains, les voyages au Portugal, les amitiés, les engueulades, la famille… C’est ma deuxième famille.

La deuxième aventure qui m’a la plus marquée est encore une histoire de troupe, que je vis toujours à l’heure actuelle avec une compagnie qui s’appelle « Le Birgit Ensemble ». C’est ma promo du Conservatoire National, on traite de sujets politiques et historiques, on s’interroge sur l’Europe et sur la France, nous faisons une sorte de grande épopée théâtrale sur plusieurs années, en faisant différents spectacles un peu dans la même lignée. Pareil, avec le temps, on est devenus très amis, très soudés, on se connait, on adore travailler ensemble.

 

 

Parmi les projets et actualités, vous serez de retour sur les planches, au théâtre de la Pépinière, pour la reprise du spectacle « Intra muros ». Pour ceux qui ne le connaitraient pas encore, comment le présenteriez-vous ?

Déjà, c’est une pièce écrite et mise en scène par Alexis Michalik, le metteur en scène de « Edmond », du « Porteur d’histoire », du « Cercle des illusionnistes », donc de beaucoup de pièces à succès. C’est un spectacle qui est très populaire, qui s’adresse vraiment à un public très large, qui est très touchant. Ça se passe en milieu carcéral, c’est un cours de théâtre qui a lieu dans une prison. C’est un peu un échec, seulement deux détenus viennent mais le cours de théâtre va quand même avoir lieu, permettant à ces deux détenus de pouvoir voyager en dehors des murs, de se raconter, de revivre des choses et des émotions qu’ils n’ont pas vécues depuis quinze à trente ans. C’est la magie du théâtre, comme toutes les pièces d’Alexis qui sont des déclarations d’amour au théâtre, ce que je trouve magique.

 

 

Je joue une jeune étudiante assistante sociale qui est à l’initiative de ce cours de théâtre. Elle a tout mis en place pour que ça ait lieu. Je ne veux pas en dire plus mais chaque personnage a une raison d’être là, on est tous là pour quelque chose, ce n’est pas du hasard.

A quelques jours de ce retour sur les planches, on imagine la joie, l’excitation et l’impatience en vous ?

Oui !!!! Il faut que je revoie mon texte…J’ai juste hyper peur quand même qu’il y ait encore des soucis avec ce foutu Covid. J’espère que ça va se faire, j’espère que les spectateurs viendront malgré le port des masques. Oui, je n’en peux plus, je n’arrive pas encore à y croire, ni à penser que tout va bien se passer. Si ça se fait, je pense que ça va être la fête de la joie, je n’ose même pas imaginer les sensations! En même temps, ça va être hyper beau juste de remonter sur le plateau, de revivre le stress, l’excitation, de revoir dans le noir les têtes des spectateurs. Ça me parait si lointain, le Covid nous a un peu écartés de notre métier, j’ai un peu oublié tout cela.

A partir de fin septembre, vous participerez aussi à un autre spectacle, dans un registre différent, le jeune public. Que dire sur cette autre pièce ?

Je fais la reprise du rôle d’une amie, Marion Clément, qui est aussi la metteuse en scène du spectacle, sur une création autour de « La Brouille », de Claude Boujon. On jouera à la Manufacture des Abbesses. C’est l’histoire de chamailleries entre deux lapins voisins de terriers.  C’est à partir de 4 ans, c’est extrêmement ludique, j’ai même appris cet été le Ukulélé pour mon personnage, une sorte de Madame Loyale un peu excentrique, déjantée qui va un peu trop loin à chaque fois dans sa folie, par rapport au fait qu’elle s’adresse à des enfants.

Je suis maman depuis deux ans, j’avais vraiment envie de faire du théâtre pour enfants ! Cela va être une chouette expérience. Et j’adore travailler avec Marion, on a une compagnie ensemble, la Lovely Compagnie et on crée des spectacles sur le thème du féminin avec 4 autres amies. Encore une incroyable aventure collective!

 

 

Pour terminer, un autre spectacle est annoncé pour 2021 avec votre compagnie Le Birgit Ensemble ?

On avait déjà fait un spectacle autour du mur de Berlin, un autre sur le siège de Sarajevo, un sur la crise grecque et, là, au lieu de travailler sur l’histoire européenne, nous avons entamé un cycle sur l’histoire de France. Pour la première fois, c’est un roman d’anticipation, on ne travaille pas sur un fait historique ou politique qui a eu lieu, on est dans le futur, on est dans le QG de campagne des présidentielles, dans l’entre-deux tours. Des fantômes de notre histoire vont venir visiter notre candidat, Paul Chazelle. Des fantômes de la colonisation, des fantômes de l’esclavage, qui vont venir mettre à mal la campagne électorale.

C’est hyper excitant, on travaille sur de la matière que l’on est en train d’inventer même si on a dû faire un boulot monstrueux sur nos connaissances des institutions françaises. On crée tout, de A à Z, avec aussi un côté fantastique pour les fantômes, via des effets de son, de lumière. C’est un peu différent de nos créations habituelles. La première aura lieu début février 2021 et nous jouerons un peu partout en France, notamment un mois entier, en mars, au théâtre de la tempête, à Paris.

Ce fut un plaisir, Marie, d’échanger avec vous !

Publié dans Théâtre, Télévision

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