Hélène Martin évoque son parcours, son actualité et ses projets artistiques !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Hélène,

Quel plaisir d’effectuer cette interview avec vous !

Vous êtes une artiste aux multiples cordes artistiques, citons notamment la scène et l’image. Plus généralement, qu’est-ce qui vous plait tant dans votre quotidien artistique ?

Ce qui me plait particulièrement dans mon métier et, j’allais dire, dans mes métiers, c’est la possibilité de faire de nouvelles rencontres très régulièrement, de travailler avec des équipes différentes tout au long de l’année. Je rencontre de nouvelles personnes, de nouvelles équipes, c’est quelque chose qui m’enrichit énormément. Ce travail collectif est ce qui me plait le plus, on évite une certaine routine, on est toujours dans la nouveauté.

Retrouvez-vous, ponctuellement, certaines complémentarités entre ces différents domaines ? Ou les considérez-vous comme autant de métiers différents ?

Je pense vraiment qu’il y a un lien dans tout ce que je fais, qui me permet justement de m’adapter à chaque situation. C’est vrai que je travaille, à la fois sur scène et en plateau, aussi bien en tant que comédienne, qu’en tant que metteur en scène. J’ai fait, dans le passé, beaucoup de régie pour de gros festivals. Du coup, ça m’a permis d’apprendre toutes les facettes de ces métiers-là. Donc, je crois que, à chaque fois, ce sont des expériences qui nourrissent les suivantes.

Par exemple, quand j’ai commencé les tournages pour « Les Mystères de l’Amour », c’était quelque chose de nouveau pour moi puisque, jusqu’à présent, j’avais principalement travaillé au théâtre. Là, de travailler sur une série, toutes les expériences passées m’ont permises d’être plus à l’aise. Car, en tournage, c’est très différent du théâtre. Au théâtre, on répète pendant des semaines, des mois, on a le temps d’apprendre à connaitre les gens, on a le temps de prendre des repères avant de se lancer sur scène. En tournage, c’est un travail absolument différent, c’est de l’immédiat, même si, évidemment, il y a des répétitions, en amont, selon les scènes à jouer. Du coup, oui, je pense vraiment qu’il y a un vrai lien dans tout ça.

 

 

D’ailleurs, êtes-vous davantage encore intéressée par un de ces domaines en particulier ? Ou est-ce l’ensemble, le tout, qui vous attire ?

Je pense que j’aurais du mal à choisir, effectivement. C’est pour cela, je crois, que j’ai plusieurs « métiers ». Parce que je m’enrichis avec chacun d’entre eux. Donc c’est vrai que le choix serait difficile à faire. Mais, surement par rapport à mon parcours, mes expériences et surtout ma personnalité, c’est vrai que j’ai un affect un peu plus développé pour le théâtre. Parce que, justement, comme je suis quelqu’un qui a besoin de temps pour rencontrer les gens, pour me sentir à l’aise, je pense que le théâtre me correspond bien. J’aime aussi beaucoup le rapport direct avec le public, forcément on ne le retrouve pas en tournage par exemple. Le théâtre me permet aussi d’assembler toutes les cordes que j’ai mises à mon arc tout au long de mon parcours. C’est vrai qu’au théâtre, il m’arrive souvent à la fois de faire la mise en scène, de jouer, et de réfléchir à la scénographie. Disons que je peux me servir justement de tout ce que j’ai appris, alors qu’en tournage je suis comédienne et juste comédienne (pour l’instant !).

Concernant la mise en scène au théâtre, avez-vous des sources particulières d’inspiration ?

Je pense que oui, on est continuellement inspirés par tous les spectacles que l’on peut voir, de différents metteurs en scène. Que ce soient des grands metteurs en scène de renom ou des mises en scènes de personnes qui ont des noms, on va dire, inconnus du grand public. On est continuellement inspirés par les choses qui nous plaisent, qui nous touchent mais aussi inspirés par les choses qui peuvent nous déplaire. Il y a des spectacles avec lesquels on accroche moins et, pourtant, ils sont source d’inspiration parce qu’ils nous poussent à aller chercher ailleurs et à trouver de nouvelles idées. Donc, oui, c’est évident que l’on tire notre inspiration de tout ce que l’on voit et d’ailleurs pas uniquement du théâtre ou du cinéma ou encore des séries télé. On la tire dans une peinture, dans une musique, dans une scène du quotidien, en prenant le bus par exemple, quand on entend une conversation. On est continuellement happés par de micro choses respirées.

Au moment de rentrer sur scène ou sur un plateau, adaptez-vous votre méthodologie de préparation en fonction de l’art concerné ?

Oui, je crois que je fais ça. C’est vrai que je ne me pose pas forcément la question en le faisant, c’est quelque chose qui se fait un peu intuitivement et naturellement. En tournage, il  y a un certain lâché prise qui est demandé, puisque l’on est en attente d’un résultat immédiat. Le travail qui se fait en amont, est assez solitaire je trouve. Quand on apprend notre texte, on réfléchit aux propositions que l’on pourra faire, au niveau du jeu, à notre réalisateur par exemple. Mais, une fois arrivée sur le plateau, le jour j, il y a des contraintes avec la caméra, avec l’éclairage, avec son partenaire, avec tout un tas de choses. Là, il faut intégrer tout cela en quelques secondes, en quelques minutes et faire avec. Du coup, en tournage, je projette moins à l’avance ce que je vais faire, et j’essaie de me laisser porter par toutes ces choses qui vont m’arriver à la dernière minute. Alors qu’au théâtre, je pense que je réfléchis plus, j’imagine plus, je visualise plus, mais ça, c’est probablement dû à mon petit côté metteur en scène. J’ai du mal à me détacher du rendu final que je souhaite obtenir. Parce que j’ai toujours ce regard un peu extérieur à ce que je fais et ça c’est quelque chose que je travaille continuellement en tant que comédienne, à essayer d’être plus dans le lâché prise, justement pour laisser la metteur en scène de côté, quand je suis à la place de comédienne. Ce qui n’est pas toujours évident pour moi.

 

 

Parmi vos diverses expériences, certaines ont-elles été particulièrement marquantes ?

C’est vrai que chaque expérience est tellement différente que c’est un peu difficile d’être marquée plus par certaines que par d’autres. Je pense que l’expérience que j’ai dans la série « Les Mystères de l’Amour » est une expérience unique pour l’instant dans mon parcours, puisque c’est la première série dans laquelle je travaille. Donc, effectivement, ça a quelque chose de marquant. D’autant que je suis de la génération qui regardait « Hélène et les garçons » à l’époque donc c’est un joli clin d’œil que de tourner dans cette série aujourd’hui.

Après, il y a d’autres expériences auxquelles je pense. Par exemple, récemment, j’ai travaillé à l’Opéra de Paris, l’Opéra Bastille et, pour moi qui suis une fan d’opéra et de grandes productions comme celles qu’on peut trouver là-bas, c’est quelque chose qui reste gravé en moi. Se retrouver sur ce plateau immense devant ces spectateurs qui sont là par centaines était quelque chose d’assez magique. C’était réellement un rêve de petite fille de pouvoir monter sur une scène comme celle-ci un jour.

Vous avez aussi, pendant dix ans, au conservatoire d’Aix en Provence, dirigé des ateliers théâtre. Quels souvenirs en gardez-vous ?

C’est vrai que j’ai débuté ma carrière de comédienne à 19/20 ans, donc j’ai eu la chance de travailler assez jeune. Très vite, j’ai monté une structure pour diriger des cours amateurs, pour des publics adultes amateurs de théâtre qui souhaiteraient se lancer sur scène. J’ai eu la chance d’avoir un partenariat avec le conservatoire d’Aix en Provence et j’ai pu diriger des ateliers là-bas pendant dix ans. Dix ans de vie, à mon âge, c’est énorme, c’est un travail qui me marque particulièrement.

C’est quelque chose qui m’a appris beaucoup, que ce soit dans mon métier de comédienne ou de metteur en scène. Ça demande une capacité d’adaptation permanente puisque l’on travaille avec des gens qui ne sont pas du métier, qui ont des expériences différentes, et qui pour la plupart n’ont jamais fait de théâtre. Souvent, ils viennent par envie, c’est un loisir, il y en a aussi beaucoup qui viennent pour travailler leur peur du regard des autres. C’est quelque chose d’extrêmement enrichissant, on se sent utile, vraiment utile, dans ces cas-là. Les amateurs ont une telle passion, une telle envie de se dépasser, d’aller plus loin, d’apprendre et de faire de belles choses, que j’ai passé des moments merveilleux là-bas.

En ce moment, on peut vous retrouver sur TMC, dans le rôle de Gladys. Un mot peut-être sur ce personnage ?

Gladys est un personnage plein de mystères, justement. On n’en sait pas énormément sur sa vie passée. C’est très intéressant à travailler parce qu’au tout début je n’avais pas énormément de matière à laquelle me raccrocher. Donc il y a eu des choses à inventer, à imaginer, notamment par rapport à la relation qu’elle entretient avec le personnage de Tania. Elles vivent ensemble, elles ont l’air d’être en couple mais, en même temps, rien n’est complètement défini non plus C’est assez intéressant, j’aime bien cette ambivalence que l’on peut deviner dans ce personnage. Elle fait partie de la case des méchants mais elle n’est pas qu’une méchante, elle est quand même ultra attentive et pleine d’empathie pour Tania. Donc c’est que Gladys n’a pas que des mauvais côtés. C’est quelque chose qui me plait bien dans ce rôle.

 

 

Plus généralement, indépendamment du contexte actuel, quels sont vos projets et envies pour la suite de votre parcours ?

Alors, il y en a plein. C’est vrai que ce confinement m’a un peu coupé l’herbe sous le pied, puisque j’avais beaucoup de travail en cours et à venir. C’est assez étrange comme situation. Je travaille actuellement sur l’écriture et la mise en scène d’une pièce de théâtre, qui est très importante pour moi et sur laquelle je travaille depuis des années. Les choses sont en train de se concrétiser de plus en plus, c’est pour cela que je suis très impatiente que le déconfinement arrive et surtout que la reprise de la vie culturelle se fasse. C’est une pièce qui va parler de la prostitution dans les années 70. Puisque, en 1975, il y a eu ce que l’on appelle la révolte des prostituées.

Je travaille aussi avec une chorégraphe et danseuse. On devait être en résidence au mois de mai pour travailler sur une pièce chorégraphique qui parlera des traumatismes. Je suis chargée de faire la mise en scène et la dramaturgie.

J’ai un projet de court-métrage aussi, que j’ai co-écrit et dans lequel je vais jouer. Cette comédie devait se tourner au mois d’avril. Enfin, pour l’instant, en ce qui concerne la prochaine saison sur TMC, je ne sais pas encore si on retrouvera Gladys, ni comment on la retrouvera.

En conclusion, que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

De continuer à faire un tas de nouvelles rencontres, de participer à des projets tous plus différents les uns que les autres. De pouvoir me nourrir de toutes mes passions de jeu, que ce soit en série ou au théâtre. J’aimerais bien faire une expérience de projet de comédie pour la télévision, j’adorerais faire quelque chose d’un peu différent. Bien sûr, de continuer à faire de la mise en scène et, surtout, que la pièce que je suis en train d’écrire ait une longue et belle vie.

Merci, Hélène, pour toutes vos réponses !

Publié dans Théâtre, Télévision

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