Un Si Grand Soleil : Interview croisée avec Christophe Favre et Ishtvan Nekrasov !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Christophe, bonjour Ishtvan,

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.

On peut vous retrouver depuis quelques mois dans la série à succès de France 2 « Un Si Grand Soleil ». Cela doit être, pour vous, une grande joie et une grande fierté de faire partie de cette belle et grande famille ?

Christophe : Complètement ! Comme vous le dites, c’est une joie, et une fierté, ça fait plaisir d’avoir autant de téléspectateurs chaque soir. D’autant plus que ce chiffre ne tient pas compte des replays.

Ishtvan : Pour moi, c’est quelque part aussi un peu surprenant. Je ne connaissais pas du tout les chiffres de l’audience télévisuelle et, si je fais une comparaison avec le nombre de spectateurs du Stade de France, ce sont finalement plusieurs dizaines d’enceintes remplies. Quand on y pense, c’est un peu vertigineux. Donc, oui, c’est magnifique.

Christophe : C’est une énorme visibilité pour chacun de nous. Mais un tel succès n’est pas étonnant, c’est une très très bonne maison, on s’y sent très bien, je suis très content d’en faire partie, d’autant plus que mon personnage était, au départ, juste de passage. Je suis très heureux que l’on m’ait demandé de revenir.

Quels principaux retours vous font les gens sur ce programme ? Que vous en disent-ils ?

Christophe : Ils sont heureux de nous voir, c’est un rendez-vous chaque soir avec les familles de la série et les téléspectateurs, ils sont ravis de nous retrouver. Je sais qu’ils aiment beaucoup nos personnages, plusieurs fois on m’a dit que des pères comme cela existent. Ça fait plaisir de savoir que les gens apprécient.  Quand on nous croise ensemble, on me demande d’être plus gentil avec mon fils. Ça me fait beaucoup rire, car juste après, on me dit « mais vous êtes gentil en fait dans la vraie vie ! ».

Ishtvan : Ma cousine qui a commencé à regarder « Un Si Grand Soleil » juste pour me voir à l’écran est devenue, au fur et à mesure, complètement accro. La série a titillé son imaginaire et l’a faite rêver. D’ailleurs, un ami comédien, un jour, doutait du bien fondé de notre métier et je lui ai répondu que l’on travaille dans l’industrie du rêve. Notre but est de faire rêver les gens et, si ça les rend un peu heureux, c’est que l’on a accompli notre métier.

Quelques mois après vos arrivées respectives dans ce programme, quel regard portez-vous à présent sur vos personnages ?

Ishtvan : Haut en couleurs. Dylan est un personnage extrêmement colérique mais aussi aimant et j’espère aimable (en vrai j’adore jouer les méchants). Je suis très content d’avoir une palette de jeu très intéressante, j’ai été lycéen, graffeur, lascar, j’ai failli tuer un camarade, je suis passé au tribunal, à présent je travaille sur les chantiers. Les rebondissements ne manquent pas. Il est aussi très intéressant de rentrer dans l’intimité de cette famille ordinaire et touchante par sa simplicité.

Christophe : Mon personnage me touche beaucoup, c’est une personne qui n’arrive pas à dire « Je t’aime » à son fils, alors qu’il est profondément aimant et qu’il fait tout cela pour le bien de son fils. Mais il ne va pas le manifester d’une façon évidente, il va se cacher derrière des obligations de métiers et de codes d’honneur. Je suis sûr que si, un jour, un drame arriverait à son fils, il serait totalement démoli. Il est brut de décoffrage, il est à fleur de peau, c’est un personnage très intéressant à jouer.

Ishtvan : Cela me fait penser au moment où j’avais une intrigue avec le personnage d’Inès peu avant la séparation de nos personnages. Je discutais avec le réalisateur et on se posait la question de ce que défendait Dylan au plus profond de ses tripes, lui qui est très colérique et parfois bête dans ses agissements. On est finalement arrivé à la conclusion que pour Dylan, le plus important était l’amour.

Par rapport à ces différentes couleurs artistiques que nous venons d’évoquer, avez-vous des sources particulières d’inspiration pour votre interprétation ?

Ishtvan : J’avais regardé le film « La Haine », peu avant de commencer le tournage. Je pense que Vinz a eu un certain impact sur mon imaginaire.

Christophe : Quand je suis arrivé sur ce programme, le but de mon personnage était de montrer pourquoi mon fils réagissait comme ça. C’était mon cahier des charges. Il fallait que l’éducation et l’amour que je donne à ce fils expliquent ou justifient son comportement. Ne vivant pas exactement comme ça, je me suis inspiré d’autres personnes qui m’entourent, d’autres situations que l’on voit au quotidien. J’adore observer les gens, leur façon de vivre, quel que soit mon personnage d’ailleurs. Et puis, je me suis construit une histoire, et donc un personnage puis je me suis posé la question « pourquoi je dis ça ? », et j’ai trouvé des réponses.

Mais il y a aussi de l’amour entre ces deux personnages. Je suis donc allé chercher des choses qui m’appartiennent. Dès les premières séquences, les téléspectateurs écrivaient sur les réseaux des commentaires comme : « tu as vu comment est le père ? Ça ne m’étonne pas que son fils soit comme ça ». Donc le pari était gagné quelque part.

 

 

Je me suis aussi demandé ce que j’aimerais dire ou ne pas dire avec mon fils et c’est là où j’ai trouvé certains chemins. Je puise dans ma vie personnelle pour être juste. Avec Ishtvan, on s’est très vite accordés sur la couleur de nos personnages, c’est pour cela que ça répond bien aussi, on est devenu très complice. Cela rend les personnages beaucoup plus touchants.

Pour la suite, à titre personnel, aimeriez-vous pouvoir approfondir certaines couleurs ? Peut-être même en explorer d’autres ?

Ishtvan : J’adorerais approfondir un côté comique, un certain clown triste que j’entre-aperçois mais que je n’ai pas eu beaucoup l’occasion d’explorer. Dans la série, il y a des séquences proches du film d’action, il me plairait d’avoir de la matière là-dedans (De la bagarre et des explosions. J’adore les explosions).

Christophe : Ah oui, d’accord, donc tu veux faire courir papa ? Merci !

Je ne sais pas trop ce que j’aimerais ou pas. Je suis toujours en attente d’être surpris de ce qui va nous arriver. On n’a pas beaucoup de visibilité sur ce qui va s’écrire donc, contrairement à un scénario de film, qui permet de savoir où l’on va, là, on ne connait pas l’avenir. C’est une surprise à chaque fois de lire la suite. On a l’information un mois avant le tournage, donc trois mois avant la diffusion.

Pour l’instant, nos personnages n’ont pas de grosses intrigues, on est en filigrane, on alimente les histoires des autres. En ce moment par exemple, on alimente Eliott pour les travaux de son bar. Donc, du coup, tout est possible. Peut-être que je pourrais maintenant être plus exposé dans une histoire de truands, ou vendre des glaces sur la plage…non je rigole !

Ishtvan : En fait, avec Christophe, on s’est un peu inventé une histoire de truands justement.

Christophe : C’est surtout toi qui voulais ça, les truands, on se chamaille même dans la vie. « Rire ».

Moi, je disais que Mon personnage était contre la bourgeoisie, il fallait donc que je trouve quelque chose qui me donne la haine de cette dernière. Comme sa maman n’existe pas, j’ai supposé que, peut-être, elle était bourgeoise, que je l’avais tuée dans un accident de voiture et que cette bourgeoisie de Montpellier m’en voulait en m’en rendait responsable. C’est pour cela que, depuis le début, j’incite mon fils à ne pas parler aux bourgeois. Ishtvan en a rajouté une couche, en se disant que, peut-être, nous sommes des truands qui cachons un trafic derrière tout cela. « Rire »

Ishtvan : J’aimerais aller encore plus dans l’intimité de ces personnages.

Christophe : Qu’est-ce que je te donne à manger par exemple ? Est-ce que papa est bon cuisinier ou pas ?

Ishtvan : Est-ce que l’on mange des coquillettes pendant des semaines ? Est-ce que l’on galère un peu ? Comment vit-on cette éventuelle galère ?

Christophe : Est-ce que je t’emmène au cinéma ? Est-ce que je te fais manger des glaces ? Je te vois venir, tu veux un cadeau d’anniversaire, des choses comme cela. C’est vrai que, en plus, à Noel, je ne t’avais pas gâté, je t’avais fait travailler.

On pourrait peut-être te faire arriver une maman ou pour moi une femme, après tout tu as une copine, tu es le bourreau des cœurs et moi je n’ai personne. Mais, au-delà de tout ce que l’on dit, les histoires sont surtout une volonté de la chaine et des créateurs. Je leur fais confiance. Je suis sûr que l’on va avoir de belles surprises.

On le sait, le rythme de tournage sur une quotidienne est soutenu, au travers du nombre de minutes utiles à défendre chaque jour. Au fur et à mesure, adaptez-vous votre méthodologie pour être toujours plus efficaces et disponibles ?

Ishtvan : Effectivement, le rythme est soutenu, il faut être efficace, on n’a pas le droit d’être malade ou d’être fatigué. Il faut toujours être au top et c’est quelque chose qui se travaille aussi.

J’avais surtout travaillé précédemment au théâtre, art dans lequel on a plusieurs semaines, voire mois, de préparation. Là, le fait de n’avoir que quelques minutes de répétition juste avant de tourner était complètement déconcertant. Finalement, j’ai pris le rythme. C’est à nous de nous adapter. Il faut faire vite et bien.

Christophe : Je ne l’ai pas vécu comme cela à ce niveau-là. Oui, c’est rapide mais ce n’est pas sur ça que j’ai changé certaines choses. En fait, c’est plutôt dans la méthodologie de travail que l’on a avec eux, en termes d’organisation. Elle est différente comparativement à des longs métrages ou des téléfilms. Par exemple, je ne connaissais pas le poste de planneur, une personne avec qui on parle de nos disponibilités. On est en dialogue direct avec la production, ça ne passe plus par notre agent.

J’ai aussi dû m’adapter à la rotation. On peut tourner pendant un mois avec une équipe puis, après, avec une autre. Alors que, sur un film, on a la même équipe du début à la fin.

La vitesse de tournage est plus un bouton que l’on règle. On doit apprendre plus vite, être efficace plus vite, mais c’est juste une vitesse je dirais car apprendre nos textes et être efficaces sur un plateau est quelque chose que l’on connait déjà.

C’est une autre façon de travailler, et c’est très intéressant, ça nous permet de nous sortir de notre petite zone de confort. Cela nous nourrit aussi car chaque réalisateur va avoir une vision et une façon de travailler différentes. C’est très intéressant.

 

 

Ishtvan : Je te soutiens complètement sur ce point. Les réalisateurs ont des approches différentes, certains vont guider davantage, d’autres vont être plutôt concentrés sur le cadre et la lumière.

Christophe : La sensibilité de nos personnages va être donnée différemment aussi. Les réalisateurs n’ont pas tous la même vision de nos rôles. On doit s’adapter au vocabulaire de la personne, cela nourrit également. C’est un très bon exercice.

Pour terminer, un petit mot sur ce vrai bon esprit de famille, sur cette vraie bonne entente, sur cette vraie complicité entre tout le monde.

Christophe : Ah oui ! Aussi bien côté artistique, côté technique que côté production. L’ambiance est joyeuse et amicale. C’est un gros paquebot extrêmement bien huilé, extrêmement bien organisé. Avec une bienveillance permanente, ils veulent que l’on soit bien. A tous les niveaux, le logement, les transports, tout est organisé pour que l’on se sente à l’aise. Chacun a son poste et ses attributions, c’est une magnifique machine, je suis épaté, je trouve cela formidable.

Ishtvan : Ta métaphore du paquebot marche très bien. Nous avons chacun notre place et nous voulons tous que ce paquebot arrive à destination. Nous avançons tous dans la même direction, on a envie de se soutenir vers une ascension.

Christophe : On ne joue pas tous ensemble, il y a plein d’acteurs qui ne se connaissent pas physiquement et, quand on se retrouve, on est tous contents de se rencontrer. Ça prouve bien que, à la base, il y a quelque chose de très solaire. Quelque chose nous réunit. C’est comme une grande famille. C’est vraiment très agréable. D’ailleurs, je l’ai redit à la production récemment, cela pourrait être formidable de faire une scène collégiale avec tout le monde. Ça ferait beaucoup de monde mais ça serait très plaisant.

Ce fut une joie d’échanger avec vous deux !

Publié dans Télévision

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article