Fausse Note : Interview croisée avec les deux comédiens de la pièce !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Pierre Deny, bonjour Pierre Azéma,

 

Merci de m'accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.

 

Vous serez à l'affiche, au Festival d'Avignon, du 5 au 28 juillet prochain, à 15h 20, au théâtre Barretta, de la pièce «  Fausse Note  ». Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle  ?

 

Pierre D  : C'est un spectacle dont il est difficile de parler, pour une raison simple, à savoir que c'est une pièce à suspense. On ne peut dévoiler que le pitch de manière très superficielle parce que, si on rentre dans les détails, on va spoiler un petit peu la suite.

 

Pour résumer, on peut dire que c'est l'histoire d'un chef orchestre mondialement connu, joué par Pierre Azéma, qui sort de scène après un concert à Genève. Il reçoit la visite d'un admirateur, qui se fait de plus en plus pressant, qui lui demande un autographe, une photo, des détails,... Petit à petit, le public va comprendre que cet admirateur ne vient pas uniquement parce qu'il est fan mais parce qu'il y a une blessure commune à ces deux hommes. Il est là en souvenir d’un passé qui va progressivement remonter à la surface jusqu'au dénouement final.

 

Quelles sont les principales caractéristiques de vos personnages respectifs ?

 

Pierre A  : Ce chef d'orchestre est un artiste mondialement connu, avec tout ce que ça amène comme ego, un peu développé, et comme sensibilité, toute aussi développée. Je crois qu'il a les deux et il est à un moment charnière de sa vie. Il est un artiste déjà bien accompli mais il a encore une étape à franchir.

 

Pierre D  : L'admirateur que je joue est un admirateur que l'on peut supposer, au début, un peu lourd, un peu collant. Mais on va s'apercevoir petit à petit qu'il dissimule une brûlure, une blessure du passé qu'il n'a jamais pu refermer. Cette soirée, pour lui, est une soirée qu'il a réfléchie depuis des dizaines d'années. Il a enfin envie de régler ses comptes avec le chef d'orchestre.

 

Il est important de dire aussi que la pièce se passe en 1990. Nous sommes au moment où le mur de Berlin vient de tomber. C'est un détail important.

 

Pierre A  : Mon personnage est allemand et il joue à l'orchestre philharmonique de Genève.

 

La pièce se déroule donc en une seule et même soirée  ?

 

Pierre D  : Tout à fait  ! Il y a une unité de temps, de lieu et d'action. Tout se passe entre 23h et minuit, à la fin du concert, lorsque cet admirateur fait irruption dans la loge du chef d'orchestre. Tout se passe en temps réel.

 

 

Vous évoquiez chacun votre personnage. En termes d'appropriation, avez-vous eu des sources particulières d'inspiration pour aller «  chercher  » en vous ces rôles-ci  ?

 

Pierre A  : Très concrètement, cela s'est passé après avoir discuté avec Didier Caron, l'auteur, après une première salve de répétitions où nous avons traversé tout le spectacle, autant au niveau des actions que des psychologies. Cela a permis d'avoir une idée de ce que voulait Didier, d'en avoir une de son partenaire et une autre de son personnage. A partir de là, j'ai caractérisé ce chef d'orchestre surtout sur des aspects physiques, sur des actions que je ne fais pas personnellement tous les jours, en lien avec son métier.

 

Donc, d'abord, je me suis concentré sur la bulle dans laquelle il évolue et, ensuite, je me suis intéressé à lui, à son métier.

 

Pierre D  : De mon côté, je ne peux pas dire que je dois aller rechercher des exemples. Car mon personnage se distingue surtout par ce qu'il vient chercher pour cette soirée. Il est ingénieur au centre archéologique de Liège mais cela n'intervient pas tellement dans le déroulé du personnage. En revanche, je fais confiance complètement à Didier et au regard de mon partenaire pour avancer petit à petit et mettre en place le puzzle de la pièce.

 

Selon vous, qu'est-ce qui pourra plaire aux, on l'espère, nombreux spectateurs qui viendront vous voir sur scène  ?

 

Pierre A  : Je pense à la retenue à laquelle on doit être vigilant, c'est-à-dire au suspense très fort. On ne sait pas ce que veut cet admirateur. Tout l'intérêt de la pièce réside dans cette incertitude. Une fois qu'on le sait, on voit que c'est assez costaud et je pense que les gens seront curieux de savoir comment ça va se finir. La pièce est très bien construite en cela.

 

Pierre D  : C'est aussi le principe du huis-clos, il marche toujours sur le spectateur parce que l'on est dans une petite loge de 10 m² et que l'atmosphère va devenir étouffante entre ces deux personnes. Comme l'a dit très justement Pierre, je pense aussi que le public va être attiré par la montée du suspense. Jusqu'à deux pages de la fin, on ne sait pas ce qui va se passer.

 

Nous sommes à moins de deux mois du Festival d'Avignon. Où en êtes-vous dans la préparation  ?

 

Pierre D  : Nous avons fait une première période de répétitions de quinze jours il y a peu et nous ré-attaquons quasiment tout le mois de juin. Avec deux représentations à Paris, les 23 et 24, pour se mettre en jambes, à la Contrescarpe.

 

Pierre A  : Nous sommes très excités et impatients à l'idée de reprendre les répétitions parce que la première salve était très encourageante, très euphorisante. J'ai hâte que l'on soit de nouveau sur le plateau, pour aller au fond et aller chercher tout ce qui se passe dans cette pièce passionnante.

 

Pierre D  : Cette première salve était tellement intense que je suis en manque maintenant. Ça me manque de ne pas voir Pierre et Didier tous le jours. Il faut bien savoir que, lorsque l'on est enfermé 8 heures par jour dans un théâtre, surtout pour une pièce à deux, on est sur le feu en permanence. Une espèce d'addiction se crée alors qui donne envie d'y retourner le lendemain, puis le surlendemain et ainsi de suite. J'ai le texte sur ma table de chevet et je le regarde tous les jours, il fait partie de moi maintenant.

 

Pierre A  : C'est délicat de laisser reposer le texte entre deux répétitions. Cela permet de mieux le retrouver, certes, mais ces moments sont aussi l'occasion de bien l'avoir en bouche avec les indications connues de ce que veut en faire Didier. C'est une période très excitante.

 

Nous le disions au début de l'entretien, vous serez à l'affiche au Barretta.  Un mot peut-être sur ce lieu  ?

 

Pierre A  : Il est tout récent, il a deux ans. C'est sur une place magnifique, la place Saint-Didier, l'une des plus belles d'Avignon. Avec un très bel arbre qui trône. Le lieu est très beau, en pierres, avec 120 places, ce qui est parfait dans le cadre du Festival, pour une pièce à deux sur scène.

 

 

Justement, le Festival est encore plus intense cette année, avec près de 1 600 spectacles. Comment réussir à se distinguer et à sortir du lot  ?

 

Pierre D  : Sur 1 600 spectacles, il faut savoir que la moitié environ sont des comédies pures à 2 ou 3 personnages. Pour des raisons économiques. Mais il y a aussi des pièces classiques, des pièces contemporaines comme la nôtre. Il y a donc un public pour des pièces plus recherchées, plus denses, plus riches et on espère que ça va jouer pour nous, bien sûr.

 

Pierre A  : Au final, si vous voulez voir une pièce à 2, forte, contemporaine, il n'y a qu'une trentaine de choix. Dont le nôtre :)  Le théâtre est central, bien placé, il est à la croisée de plusieurs chemins, l'horaire est adapté, l'affiche est réussie.

 

Cette pièce avait déjà été montée avec une autre distribution il y a trois ans. L'aviez-vous vue à l'époque  ?

 

Pierre D  : Pour ma part, je l'avais vue à Paris, au théâtre Michel et je l'avais déjà trouvée formidable. C'est pour cela que j'ai été d'autant plus enchanté quand Didier m'a proposé de reprendre le rôle de Christophe Malavoy. Dans une carrière d'acteur, quand on se retourne sur toutes les pièces que l'on a faites, on s'aperçoit que l'on en a fait beaucoup pour simplement jouer et que certaines autres vont nous chercher un peu plus en profondeur. Celle-là en fait partie, à mon avis. C'est une pièce que je suis très heureux de jouer, qui soulève des problèmes, qui ouvre plein de petits tiroirs intérieurs intéressants.

 

Pierre A  : Je l'avais vue aussi à Paris. J'avais déjà eu la chance de travailler avec Didier sur d'autres projets, c'est donc un vrai plaisir de le retrouver.  J'aime son univers, son écriture. C'est là sa première pièce dramatique et je trouve que, pour un galop d'essai, c'est très réussi. Quand je l'ai vue, je m'étais dit que ce devait être un pied énorme de jouer dedans. J'étais donc super étonné, super flatté et super heureux quand Didier m'a proposé ce rôle.

 

Pierre D  : Ce sont des personnages profonds, forts, touchants, ça peut parler aux gens. Il y a des histoires de secrets, de culpabilité, d'honnêteté intellectuelle, d'usurpation d'identité, de rapport au père, de blessure, de rédemption, de résilience, de vengeance. Tout ça touchera complètement, je l'espère, le public.

 

Pierre A  : Là, c'est une situation extrême mais je crois que ce sont des sentiments auxquels on est confronté tous les jours. Je pense que, si les gens arrivent à sentir cela, ça pourra leur permettre de faire éclater quelques bulles à l'intérieur et, du coup, de ressortir plus légers. Ils comprendront quelque chose de l'âme humaine et, de fait, d'eux mêmes.

 

Ce fut un plaisir d'échanger avec vous deux  !

 

Publié dans Théâtre, Radio

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