Erwan Orain évoque son parcours et sa nouvelle pièce de théâtre !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

Bonjour Erwan et merci beaucoup de nous consacrer ce moment, nous en sommes très heureux.

Artiste aux multiples casquettes, vous faites notamment de l’image et du théâtre. Qu’est-ce qui vous attire dans cette vie d’artiste ?

Comédien est une reconversion, j’ai été infirmier 10 ans auparavant. Ce qui me plaisait dans ce premier métier, c’était le soin et le rapport à l’autre. Le premier soin étant, pour moi, le sourire, primordial dans la relation soignant-soigné comme dans toute relation d’ailleurs. C’est pour cela que j’ai basculé : j’ai voulu transmettre de l’émotion. Le propre de l’art est de toucher les gens. Par le rire notamment, je me donne l’impression de soigner à grande échelle.

J’ai l’impression qu’en étant comédien, on défend des rôles et on vit des vies que l’on n'a pas l’occasion de vivre en dehors. J’aime beaucoup le fait d’être en apprentissage permanent, découvrir un auteur, de nouvelles œuvres, des disciplines diverses, chant, escrime, tango… qui vont me servir pour un rôle. Un rôle amène souvent à appréhender un univers et souvent une forme de dépassement de soi. Il y a de plus une exigence et une adrénaline notamment liées à l’immédiateté et au rapport avec le public, que je trouvais dans le sport, dans la glisse, pour une compétition ou un match, au même titre que cette ambiance de vestiaire que je trouvais dans les sports collectifs. La cohésion que l’on peut avoir dans une troupe de théâtre ou sur un plateau de ciné, cette ambiance d’équipe qui te rappelle que tu n’es pas tout seul.

Si le théâtre ou le cinéma questionnent, poussent à la réflexion, le plus important à mes yeux est de faire oublier au public, le temps de la pièce, ou d’un film, leur quotidien, leurs soucis et de leur donner un peu de bonheur. Ce rapport au public immédiat est quelque chose de fondamental pour moi, d’autant que c’est un échange : un public généreux contribue à sa façon à la qualité du spectacle.

 

Est-ce que vous identifiez des liens entre le théâtre et le cinéma ? Ou au contraire distinguez-vous parfaitement les deux ?

En ce qui concerne le théâtre et le cinéma, ce sont deux choses très différentes, à mon avis, bien qu’il y ait des points communs (apprendre un texte, composer un personnage, être l’écoute des partenaires, etc…)

Au théâtre, le travail en amont est beaucoup plus long mais ensuite le retour est immédiat, et chaque représentation est unique : le public est une matière (é)mouvante, qui peut se perdre, se reprendre en l’espace d’une seule heure et demie.

J’ai joué 250 fois « Faites l’amour, pas des gosses », je ne me suis jamais ennuyé. C’est chaque fois un exercice différent de conviction. Le public est partie prenante de notre travail.

Il n’y a pas forcément cela dans le cinéma, mais celui-ci offre selon moi un panel de personnages plus varié. Tu peux jouer un être obèse, mourir en prison, être chef d’entreprise etc…

Au théâtre, il faut être beaucoup plus large pour que celui qui est au rang du fond ait la même sensation que celui qui est au premier rang. Au cinéma, il faut être dans la justesse, dans la sincérité mais dans l’économie parce que la caméra grossit tout mille fois.

La pub a cette exigence d’efficacité, puisque pour le casting sont vues 30 personnes de ton profil.

Dans tous les cas, c’est un travail d’humilité, parce qu’il faut accepter qu’on veut être aimé et désiré, mais que l’on va essuyer des refus. Il faut comprendre que ce n’est pas un refus personnel mais au comédien, pour un œil trop petit, un cheveu trop court, une partenaire trop grande ou un jean pas repassé ce jour-là. A ce jeu-là, la pub est une excellente école, parce bon nombre des castings sont des coups d’épée dans l’eau. Ce sont donc des travaux bien distincts.

 

 

Parmi ces nombreuses expériences, quel qu’en soit le support, quelle est celle qui vous a le plus marqué ?

Ce que j’aime, c’est qu’il a toujours un défi à relever. L’été dernier, on m’a contacté pour animer un plateau, interviewer des artistes en live, faire des micros-trottoirs au festival des Folies Vocales d’Agen. J’avais un peu joué les journalistes, dans le film « Le dernier zombie » d’Anthony Lecomte,  mais, au-delà de cela, l’animation était pour moi une nouveauté. Finalement, j’ai pris énormément de plaisir, parce que c’était nouveau, challengeant. Cela m’a aussi permis de côtoyer de nouvelles personnes, ce métier étant un métier de rencontres, c’est un plaisir.

A mon avis, chaque nouvelle expérience, apporte quelque chose. Il y a peut-être une expérience qui fut plus fondatrice : j’ai été amené à écrire un One man Show : « Erwan Man Show ». Nous devions l’écrire à deux initialement, mais des difficultés de famille ont empêché mon ami de participer à ce projet. Il m’a fallu m’exécuter en deux ou trois jours. C’était mon premier gros passage sur scène, devant presque 300 personnes et j’en prenais toute la responsabilité. Le fait est que le public m’a fait un excellent retour et que j’ai ressenti énormément d’adrénaline au moment de la standing ovation. Même si cette sensation n’est pas systématique et permanente, il y quelque chose de jubilatoire. A ce moment, on se sent au bon endroit, au bon moment. On se sent « hyper vivant ».

Pour mon premier long métrage qui se passait en prison, j’ai pu réellement vivre en maison d’arrêt, prendre des douches là-bas, être en contact avec les prisonniers et me confronter à leurs conditions de vie etc… C’est évidemment quelque chose que je ne pourrais pas vivre sans ce métier.

En ce moment, je fais aussi du coaching sur la prise de parole en entreprise et dans les lycées (pour les préparations aux oraux). Je me rends compte que, par la transmission, j’apprends également, que je sédimente en moi les notions qui restaient abstraites dans mon esprit. Les choses deviennent beaucoup plus explicites. Je trouve l’expérience très enrichissante et bénéfique pour mon métier de comédien.

 

Vous parliez du rapport au public. Vous allez justement le retrouver, ce public, à la Comédie Bastille, dans : « Chéri, on se dit tout ! », où vous serez en alternance. Comment présenteriez-vous ce spectacle ?

C’est l’histoire d’un couple, qui revient d’un dîner où leurs hôtes ont rompu devant eux. La femme s’alarme de la probable routine qui s’est établie au sein du couple depuis 7 ans, tandis que l’homme nie une quelconque habitude entre eux. Pour briser la routine, elle le convainc de jouer au jeu de la vérité et de tout se dire, partant du postulat qu’il existait probablement des non-dits et un problème de communication. Ce jeu permet au couple de régler leurs comptes, de tout se balancer, sans se fâcher… mais attention aux dérapages !

C’est une comédie, dans le genre café-théâtre/boulevard, 1h15 pour rigoler, s’amuser, passer un bon moment, dans la lignée de « Faites l’amour, pas des gosses » (une pièce sur les difficultés d’accueillir un enfant dans un couple), qui avait eu un gros succès à la Comédie Bastille.

 

 

Qu’est-ce qui va plaire dans cette pièce, d’après vous ?

Les gens savent pourquoi ils viennent ! On rit, on passe un bon moment, tout le monde se retrouve dans certaines blagues ou situations, on est là pour la rigolade. Bien sûr, on ne change pas la face du monde avec cette pièce, mais le public prend du plaisir.

La pièce est jouée avec deux équipes composées d’un homme et d’une femme, avec Maroussia Henrich ou Valentine Revel-Mouroz et Serge Bonafous avec qui je suis en alternance. C’est un texte de Guillhem Connac et Benoit Labannierre, mis en scène par Romain Thunin et coproduit par Christophe Segura et Serge Bonafous.

 

Quels sont vos autres projets et vos envies pour la suite ?

Je travaille aussi avec la Compagnie « Emporte-voix », dirigée par Arnaud Beunaiche, qui promeut la langue française et qui propose des spectacles en lien avec le programme scolaire. Nous nous déplaçons in situs, le public étant le plus souvent collégien et lycéen. Tous ces spectacles sont ludiques, interactifs et pédagogiques, notamment « Le monde fabuleux de La Fontaine », ou « La parure »

Je joue également un spectacle sur la préparation à l’oral d’histoire de l’art. Je vais en jouer une nouvelle qui s’appelle « La parure » de Maupassant, ainsi que « Inconnu à cette adresse ».

Nous jouons partout en France mais aussi à l’étranger, notamment en Afrique (Maroc, Ethiopie). Cela me ramène à mon goût pour le voyage que j’assouvissais quand j’étais infirmier notamment  dans l’humanitaire. Je trouve important d’apporter le théâtre là où il n’est pas nécessairement.

Enfin, je reprends "Faites l'amour...Pas des gosses", à la Comédie Bastille, à partir d'avril, conjointement au spectacle déjà évoqué.

Pour finir, un court métrage en préparation, une histoire qui a pour cadre les soins palliatifs qui me permettrait de lier mes deux vocations.

 

Merci beaucoup pour ce moment, nous vous souhaitons le meilleur pour 2019, et viendrons vous voir à la Comédie Bastille très prochainement.

Publié dans Théâtre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article