Irina Vysotskaia nous présente l'école Acting International !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Irina,

 

Merci d'avoir accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

 

Vous êtes directrice de « Acting International ». Pour commencer, comment présenteriez-vous cette école ? Comment la décririez-vous ?

 

Je dirais déjà que c'est une école, ce qui n'est pas commun dans notre secteur en France. Cela veut dire que nous avons un projet pédagogique. J'aimerais voir davantage de confrères se pencher sur le sérieux de ce métier. Le milieu artistique doit être structuré pour avoir la volonté de porter certaines choses à la connaissance des élèves. Ce que nous faisons.

 

Je consacre mon énergie depuis quinze ans à cela, c'est une vocation, c'est une vraie volonté non seulement de donner les bases aux élèves (le corps, la voix, l'imaginaire, la mécanique de l'action) via certains auteurs incontournables mais aussi d'apporter des modules en plus. Cela leur permet de développer les aptitudes qui sont aujourd'hui demandées.

 

Il faut savoir s'adapter à ce qui se passe, à l'émergence du one-man show, des mini-séries, des séries web, des podcasts notamment. On introduit en deuxième et troisième années ces disciplines, parmi les cinq voir six que les élèves suivent. Les intervenants sont différents, chacun étant spécialisé dans son domaine. Je pense aussi aux matchs d'improvisation, qui font appel à des aptitudes différentes d'une pièce de Molière. L'humour est un exercice difficile, il faut être face à un public pour savoir si ça plaît ou pas.

 

Nous avons aussi la volonté de chercher des niveaux de sens, dans ce que nous essayons de porter au public. Si ce dernier a aimé une pièce mais qu'elle ne raconte rien et que, dès le lendemain, les spectateurs ont oublié ce qu'ils ont vu, je trouverai cela dommage. C'est alors du temps qu'ils auront perdu, qui ne les aura pas fait grandir.

 

On essaie également de sensibiliser nos élèves à se poser la question de pourquoi ils font cela en tant qu'acteurs. Transmettre quelque chose au public n'a pas vocation à être une thérapie pour eux, c'est avant tout une responsabilité. Ils doivent donc s'interroger sur ce qu'ils racontent sur scène et ce qu'ils veulent faire traverser au public. A eux de trouver la réponse, nous n'imposons rien à nos élèves.

 

Vous évoquiez le contenu de la formation. Justement, comment le programme est il défini ?

 

Il y a deux parties. D'abord celle que j'appelle « on ne va pas réinventer la roue », où on doit transmettre des évidences qui existent depuis que ce métier-là est enseigné. Des choses présentes dans n'importe quelle structure digne de ce nom. Heureusement, de grandes écoles aux Etats-Unis, à Londres ou en Russie sont pour nous de vraies références spécialisées dans ce domaine. On transmet aux élèves les différentes méthodes et approches qui existent et charge à eux ensuite de composer leur cocktail. On essaie de récréer la vie, de faire vrai en circonstances imaginaires. Mais, quelque part, c'est faire vrai tout court car toutes les circonstances dans la vie sont imaginaires, il n'y en a pas d'objectives, il n'y a que des réalités subjectives.

 

Dans ce que l'on fait, c'est parfois difficile de se dire que, là, vraiment, c'est pour de faux et qu'il faut quand même y aller, comme si c'était vrai. C'est alors vrai, cela le devient. Il faut, quelque part, réapprendre les mécanismes de la vie, en les décortiquant. Des disciplines sont ainsi proposées pour cela. La première année est donc « la voie vers soi-même », on est soi en circonstances imaginaires. C'est l'éveil à sa propre physicalité et sensibilité émotionnelle.

 

Dès la deuxième année, on aborde le personnage. Les élèves ne sont alors plus vraiment eux-mêmes. On les fait travailler sur des univers très différents, notamment Shakespeare, Tchekhov, Ibsen, Gogol, Hemingway, la théâtre contemporain ou encore le clown. Cela fait appel à une aptitude de connexion, tout simplement car les personnages n'ont jamais vécu, ils ne sont que des indications sur une feuille de papier. A chaque fois qu'ils jouent, on veut que les élèves redécouvrent leur personnage car, dans une création, il n'y a pas deux moments pareils. Les cases n'existent pas. Le personnage fait appel à la capacité de l'élève à se connecter à une énergie qu'il peut identifier dans une autre dimension. Il ne peut y arriver que par amour. Le plus le comédien défend son personnage, le plus cela porte l’œuvre et l'histoire. Même les sujets les plus délicats peuvent être abordés plus sereinement alors. Ce qu'on voit chez l'autre n'est que le reflet de soi. Sinon on ne serait même pas capable de le voir. D'une certaine manière, le personnage c'est toujours nous, mais d'un autre point de vue. Je le dis souvent, l'acteur est l'avocat de l'espèce humaine.

 

Les élèves doivent trouver les parallèles qui vont leur permettre d'incarner et de faire vivre des choses qu'ils n'ont pas vécues. En allant dans des univers, des auteurs et des époques différentes, les  deuxième et troisième années permettent d’aborder différentes profondeurs de personnages. C'est joyeux en tout cas pour nous de les faire travailler dans ce sens. Ce travail intérieur qu'on leur demande est assez énorme et on espère que cela les portera au delà des murs de l'école. C'est un peu l'objectif car l'école ne peut que les lancer. C'est un tremplin avant tout. S'il n'y a pas d'inertie, pas de volonté, pas d'inspiration derrière, on ne peut rien faire, comme dans toute école. On ne peut rien faire à la place des élèves, on ne peut que montrer une porte, à eux ensuite de l'ouvrir. On a pour ambition de les activer, ils doivent comprendre qu'ils sont les directeurs généraux de leur propre vie, qu'ils ne sont victimes de personne.

 

Parmi vos nombreuses années d'expérience avec cette école, avez-vous des souvenirs particulièrement marquants ?

 

J'en ai plein, évidemment. C'est difficile de choisir. La plus grande joie est, justement, quand nous réussissons à porter les élèves, quand ils sont, eux, passionnés. J'aime aussi quand, en sortant, ils disent que l'école n'y est pour rien et qu'ils ont réussi par eux-mêmes. Cela veut alors dire que nous avons réussi. La reconnaissance fait toujours plaisir mais la vraie joie est quand l'élève dit « c'est moi » car il a alors compris. Comme je le disais, on veut que chacun puisse construire sa propre méthode. Il n'y en a pas une qui vaut plus que les autres, il faut simplement créer la sienne.

 

En conclusion, comment définitivement inciter les jeunes artistes à tenter l'aventure « Acting International » ?

 

C'est surtout une découverte de soi. Si ce que je viens de dire fait écho dans l'ambition d'explorer quelque chose, ça va se faire. On est dans un business d'âme, on fait grandir cette dernière en traversant les expériences. Même quand on vit en circonstances imaginaires, on retient avant tout l'expérience que cela engendre. L'idée derrière est de traverser ces expériences là pour en ressortir changé, pour éveiller la capacité de structurer l'énergie et les réalités. Les élèves ne sont littéralement plus les mêmes à la fin. Mais il faut avant tout avoir envie de cette aventure-là. Ce n'est pas fini au bout de trois ans, ce n'est que le début....

 

Ce fut un plaisir, Irina, d'échanger avec vous !

Publié dans Théâtre

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