Acting International : Interview croisée de trois anciens élèves de l'école, qui se remémorent leurs expériences !

Publié le par Julian STOCKY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonjour Daria Konstantionva, Charly Gautier et Zachariah Kennedy,

 

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.

 

 

Vous avez tous les trois étudié à l'école « Acting International », soit sur un cursus complet sinon sur une année bien précise. Que retenez-vous de cette expérience ? Que vous a-t-elle apprise ?

 

Daria : C'est compliqué de répondre en un mot bien sûr, surtout que j'ai fait trois ans dans l'école. Cela permet avant tout de rencontrer d'autres personnes qui ont la même passion, ce qui est très inspirant. On comprend dès le début que l'on n'est pas le seul fou de ce monde. J'ai beaucoup aimé aussi le fait que chaque professeur ait un univers différent.

 

L'année la plus inspirante a été la deuxième, en théâtre et cinéma car nous avons fait deux pièces que j'apprécie, de Tchekhov et de Shakespeare. L'année est construite de façon à ce que chacun puisse encore choisir son rôle, chacun peut donc tester ce qui lui va vraiment. Je suis souvent dans l'emploi d'une petite fille, là j'ai pu faire d'autres choses que l'on ne m'aurait sans doute pas données spontanément.

 

La troisième année est déjà celle de la vérité, on comprend alors comment les autres nous voient. J'ai découvert le stand-up, une très belle discipline.

 

Charly : J'ai fait la première année, je ne suis pas qualifié pour avoir une vision globale. Pour reprendre ce que disait Daria, j'ai trouvé intéressant que l'on ait des professeurs très différents. C'était même difficile de penser qu'ils puissent être regroupés en un même endroit, dans une même école. On avait vraiment des enseignements et des méthodes complément différents, cela permettait de comprendre comment fonctionnent le corps et la voix. Une fois chez moi, je me posais et j'essayais d'utiliser tous ces outils en un seul. Cela m'a permis de retrouver une base, de re-comprendre mon corps et ma voix, c'était très enrichissant.

 

On reçoit les clés, c'est à nous ensuite d'ouvrir la porte, de se lancer, de créer quelque chose.

 

Zachariah : Avant l'école, je n'avais jamais pris de cours, j'avais simplement fait trois à quatre ans de théâtre lorsque j'étais à la Fac. On mettait nous-mêmes en scène et on développait nous-mêmes nos personnages. J'étais du coup très curieux d'avoir une vraie formation. Mon stage dans l'école m'a plu et j'ai postulé alors pour la deuxième année.

 

Elle m'a beaucoup plu et j'ai été très surpris de découvrir que ma vision du jeu était un peu biaisée. J'imaginais en fait les situations plus que l’histoire d'un personnage. A l'école, l'aspect psychologique du développement du rôle m'a beaucoup intéressé.

 

J'avais joué Caligula, un psychopathe. Au début, je pensais que je devrai être dans l'excès mais, quand j’ai compris pourquoi il est comme cela, cela a nuancé complètement le jeu et ça m’a donné un naturel et une façon de jouer que je n'aurais pas eus si je n'avais pas compris son histoire. Cela m'a vraiment aidé pour la suite, je me demande à présent systématiquement qui est la personne que je joue, ce qu'elle veut dans la vie, ce qu'elle cherche à faire. Je mélange mon imaginaire avec ce que le rôle nécessite.

 

L'autre point positif a été le fait de rencontrer des gens pour faire des projets. Maintenant, on a créé une troupe et une pièce avec des personnes de ma classe. J'ai aussi rencontré des gens de troisième année qui m'ont proposé de faire des choses avec eux.

 

C'est donc vraiment une excellente école pour se faire un réseau et en apprendre sur soi-même et sur le métier d'acteur. Ce côté psychologique permet de se poser des questions sur soi pour chercher des choses qui vont nous permettre ensuite de jouer des rôles plus compliqués.

 

Daria : Dans la même idée, dans cette école, les cours m'ont appris techniquement comment pleurer et comment rire. Je ne pouvais pas le faire avant, maintenant je sais où chercher la larme. J'ai réalisé que l'on ne la cherche pas dans la situation de l'histoire écrite mais que l'on peut la trouver dans sa propre histoire. Cela a été pour moi la découverte la plus importante.

 

Charly : Le cours d’Élena a changé un peu ma vision des choses. Je jouais déjà avant de mon côté mais j'étais toujours trop ancré. La tête jouait mais pas le corps et elle m'a appris à le faire. J'ai commencé le Yoga grâce à elle ainsi que tout un travail corporel que j'entretiens depuis deux ans. J'ai vraiment appris à reprendre contact avec mon corps, à jouer avec ce dernier, à comprendre comment cela fonctionne dans le jeu, à quel point il est utile et important.

 

Daria: En fait, l'école de théâtre est aussi une école de Yoga :)

 

Charly : Oui, exactement. Une autre chose géniale a été le fait de côtoyer des jeunes avec lesquels on peut parler de notre passion et partager des choses. Comme Daria l'a dit, on se rend compte que l'on n'est pas seul, qu'il y a d'autres fous sur terre.

 

Nous venons d'évoquer votre parcours dans cette école. Si l'on revient en arrière, comment avez-vous entendu parler de l'école et pourquoi avez-vous choisi cette formation-là plutôt qu'une autre ?

 

Zachariah : Comme je l'ai dit, je jouais à la Fac. Avec mes études et mon métier, j'ai quitté la France pendant deux à trois ans. Le théâtre m'a alors beaucoup manqué. Quand je suis revenu, je voulais vraiment m'inscrire dans une école. J'ai découvert « Acting International » sur Internet, j'ai comparé, j'ai regardé le contenu, j'ai lu les avis. Mon travail me prenant pas mal de temps aussi, les horaires m'allaient bien également.

 

J'ai testé l'école grâce à un stage proposé. Je n'aurais pas pensé pouvoir apprendre autant de choses en une semaine. Les profs étaient sympas, c'était une bonne ambiance. Pour ce dont j'avais besoin, cela me suffisait et je me suis inscrit.

 

Daria : Si on veut y apprendre beaucoup, on va y apprendre beaucoup.

 

Charly : Oui, c'est cela. L'élève a l'opportunité de prendre et d'utiliser à son choix la base qui lui est donnée. Il peut aussi la prendre, la développer et la multiplier par cent.

 

Zachariah : C'est bien aussi qu'il n'y ait pas de limite dans les cours. Quand on nous propose des textes, si on veut en faire dix, on en fait dix. On nous laisse aussi l'opportunité de présenter des travaux personnels.

 

Pour notre troupe, c'est hyper important d'avoir l'avis de professionnels, sachant que l'on démarre, que l'on ne connaît personne et que ce que l'on pense être bon ne l'est pas forcément, professionnellement parlant. Les journées créatives servent à cela, c'est bien, il faut les garder.

 

Daria : Je faisais du théâtre, il y a longtemps, en Russie. Je viens du milieu artistique, mon père était musicien mais, à l'âge de 17 ans, il m'a demandé d'apprendre le français plutôt que de faire des études artistiques. J'ai donc arrêté le théâtre pendant 10 ans mais, en France, j'ai pu faire des études de cinéma. J'ai dû trouver un stage dans une boite de production et je suis tombée sur celle qui s'occupe des projets de Gérard Depardieu en Russie. J'ai passé six mois sans le voir mais je m'occupais du côté administratif. Puis j'ai eu la chance de partir un mois en tant que son assistante et sa traductrice au Kazakhstan.

 

En regardant comment il joue, c'était suffisant pour être passionnée par ce métier et se dire que je ne voulais plus être derrière la caméra mais devant. Il fallait aussi une sorte d'audace après dix ans sans pratique.

 

J'ai alors trouvé une radio russe sur Paris, où je faisais les interviews d'expatriés russes qui me racontaient les raisons de leur choix. J'ai ainsi rencontré une comédienne qui a fait ses études dans cette école et qui m'a incité à m'y inscrire. C'est donc tout un enchaînement d’événements qui m'a amenée ici.

 

Charly : Depuis très jeune, j'étais seul chez moi et, le weekend end, en regardant la télé, je faisais tout comme les personnages. Au fur et à mesure, j'ai pris une caméra, j'ai commencé à me filmer, à écrire des condensés de films et de séries, à réinterpréter, à jouer plusieurs personnages.

 

Après le lycée, rêvant d'être acteur, j'ai fait des recherches pour une école de cinéma. Je suis tombé sur l'école, qui proposait une formation dans ce sens. J'ai fait un stage que j'ai trouvé vraiment génial et je me suis inscrit.

 

A présent, quels sont vos projets artistiques ?

 

Zachariah : En deuxième année, deux camarades, Hugo et Lorenzo, m'ont proposé de faire partie de leur troupe, « Culottés ». Ils m'ont expliqué qu’ils avaient une opportunité pour jouer dans un théâtre parisien mais il fallait que l'on écrive la pièce, qu'on la mette en scène, que l'on fasse tout en à peu près deux mois.

 

Je suis quelqu'un qui ne ferme jamais les portes, j'ai écouté ce qu'ils avaient à me dire, ils m'ont convaincu et je les ai suivis. Nous avons fait un brainstorming d'idées et de tons, j'ai mis en texte, nous avons écrit les vannes ensemble, on a répété le spectacle et on l'a joué au Mélo d'Amélie deux mois plus tard. Cela a plu et, après avoir réduit un peu la pièce et modifié certains points, nous l'avons re-testée récemment.

 

Daria : Si je peux me permettre une question, quel est le secret pour écrire ensemble ?

 

Zachariah : Il n'y en a pas. Chacun avait des compétences différentes que nous avons mises en commun. Chacun écrivait de son côté et on confrontait ce qui marchait, ce qui ne marchait pas. Sur le style, j'ai préféré prendre la main pour que l'ensemble soit homogène, tout en gardant les idées de chacun. On lisait ensemble et on corrigeait ce qui était nécessaire, semaine après semaine.

 

Daria : Sans conflit ni rien ?

 

Zachariah : En deux mois, quand il n'y a pas de temps, vous n'avez justement pas le temps de vous bagarrer. On se dit qu'il faut prendre des décisions, être efficace, savoir s'arrêter pour passer à la suite. Sinon, on n'avance pas. Avoir une deadline aussi courte était très stimulant.

 

Pour la suite, nous aimerions bien faire le Festival d'Avignon et ensuite postuler dans d'autres théâtres pour jouer régulièrement.

 

Daria : Je me rends compte que, en plus de passer des castings, il faut commencer à créer des projets pour ne pas être en attente d'un rôle.

 

Zachariah : Je suis très lucide sur ce métier, je sais que l'on ne viendra pas me chercher, il faut être proactif pour avoir ce que l'on veut. Ce projet a été l'opportunité d'écrire un rôle sur mesure, sur ce que j'ai envie de jouer, sur ce que j'ai envie de dire. J'ai pu créer quelque chose qui m'est personnel. J'ai pu faire ce que je voulais.

 

Je suis lucide, j'essaie de faire les choses petit à petit, sans pression.

 

Charly : J'avais quitté l'école car je commençais à écrire un film basé sur la série « Twin peaks ». En fait, j'ai toujours voulu jouer, dans le cinéma, des hommes et des femmes. Dans ce film, j'interprète quatorze personnages, les principaux de la série. Le projet est en ligne sur Youtube depuis le 26 octobre dernier. J'ai voulu faire un projet qui me ressemble, qui me permette d'aborder différents horizons et d'explorer un spectre large d'êtres humains.

 

En tant qu'acteur, on peut ne pas se limiter et j'ai écrit ce que j'avais envie de jouer. J'ai appris, j'ai fait le maquillage, j'ai choisi les costumes, j'ai appris le montage, le mixage, la prise de son. J'ai fabriqué les décors, cela a été une expérience assez intense mais dont je suis fier. J'étais accompagné d'un ami et ce fut un enrichissement énorme.

 

C'est quelque chose que j'aimerais promouvoir, j'adorerais que ce soit une base pour me faire connaître, pour montrer ce que je sais faire et ce qui me motive. Pour continuer à créer avec d'autres personnes. Nous étions deux jeunes sur le projet, personne ne voulait travailler avec nous, ce que je peux comprendre mais, avec cette base, j'espère que la roue va tourner.

 

Daria : Nous avons créé une troupe avec des amis du théâtre, « Les Ravagés », nous avons présenté il y a peu une pièce de Bruckner, « Maladie de la jeunesse ». Qui parle de médecins et de dépression. Chaque personnage nous correspond beaucoup, comme si la pièce avait été écrite pour nous.

 

Je participe à des soirées de Stand-up, où j'écris des textes qui évoquent mes cinq ans à Paris en tant que russe. Je participe aussi au concours « Kandidator » en ce moment.

 

Je ne sais pas si je ferai cela toute ma vie car l'écriture et les blagues ne sont pas faciles. Je me rends compte de la difficulté et j'ai à présent beaucoup plus de respect pour les séries télé et les sitcoms. Tuer quelqu'un et faire pleurer les téléspectateurs sont des choses bien plus faciles que de les faire rigoler.

 

Charly : On n'en parle pas souvent mais faire rire est un art vraiment particulier et très compliqué. On veut divertir les gens mais on en souffre parfois car on n'y parvient pas systématiquement.

 

Daria : Je me suis rendu compte qu'il faut rentrer dans une sorte de flou dans lequel on se fait rire soi-même et, là peut être, ça va marcher. La seule manière de savoir si ça marche est de présenter. On ne peut pas le savoir avant.

 

Zachariah : Pour rebondir sur ce que tu dis par rapport aux vannes, tout ne vient pas d'un coup, il faut laisser reposer. Parfois, dans le train, une idée surgit.

 

Daria : C'est ça, on ne peut pas écrire un stand up en un jour. Il faut d'abord créer une histoire, puis après attendre un peu que ça vienne.

 

Zachariah : Dans la troupe, lorsque l'on écrivait, on se faisait rire nous-mêmes et on se disait alors qu'il y avait moyen que ça marche avec le public.

 

Charly : C'est exactement cela. J'écris un nouveau projet que j'aimerais faire produire et l'idée vient par hasard. Il faut toujours avoir, si on le peut, un temps de repos car parfois l'idée vient en se laissant porter. Il faut regarder le monde qui nous entoure, ça peut inspirer. Cela permet aussi d'être en rapport et en lien avec le monde dans lequel on vit, pour que les gens qui vont voir le projet soient impactés et y croient. C'est important de présenter un miroir du monde dans lequel les gens puissent se voir, pour que ça leur parle d'une manière ou d'une autre.

 

 

Ce fut un plaisir d'échanger avec vous trois !

Publié dans Théâtre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article