Dominique Guillo évoque sa belle actualité artistique !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Dominique,

 

Quel plaisir d'effectuer cette interview en votre compagnie !

 

Vous êtes un artiste aux multiples casquettes, notamment comédien sur scène et à l'écran mais aussi, entre autres, metteur en scène. De façon générale, qu'est-ce qui vous plaît tant, aujourd'hui, après toutes ces années d'expérience, dans votre quotidien artistique ?

 

En un mot, la réponse est Le Théâtre. Avec une majuscule à chaque mot. Parce que ce que rapporte Le Théâtre à l'artiste que l'on est est vraiment indiscutable, quand on a, comme je pense l'avoir eue, la vocation. Cette envie a commencé à 12 ans, je m'y suis mis un an plus tard, au Conservatoire. J'y suis allé franchement, déjà très décidé et convaincu que ça ne changerait pas.

 

Dans toutes ces activités-là, de mise en scène et de jeu, le théâtre est celle qui répond le plus justement aux attentes et aux fondamentaux, tout le temps. Le théâtre procure les retours les plus beaux, les plus grands, les plus nourrissants, les plus inattendus, et pourtant les plus justes, et les plus adéquats à l'artiste que l'on est.

 

Il répond à une forme de sincérité. C'est impossible de faire du théâtre sans savoir pourquoi on le fait. Ce qui n'est pas le cas à l'écran, on peut jouer juste par plaisir, sans se poser de question. Le théâtre oblige à autre chose, oblige à se justifier davantage, surtout avec le temps qui passe, à soi-même surtout.

 

Retrouvez-vous certains liens et certaines complémentarités entre ces différents domaines artistiques que nous venons d'évoquer ?

 

J'ai vraiment la vision que réaliser un film par exemple et mettre une scène une pièce sont deux métiers bien différents. Ce ne sont tellement pas les mêmes choses. On raconte, certes, une histoire, c'est le seul point commun, pour laquelle on a besoin d'acteurs, de lumières et de costumes.

 

Mais l'image est un art nouveau et récent par rapport au théâtre. J'ai vraiment l'impression d'avoir deux métiers. Ce qui me passionne le plus est de diriger des acteurs, de les mettre en vie, j'adore les amener vers ce qu'ils ne sont pas.

 

Quand je suis metteur en scène, même si je suis souvent sur le plateau, je ne me sens pas du tout acteur. A tel point que, même quand j'essaie de souffler le ton d'une phrase, ce que je fais rarement, je le joue très très mal. Comme si, vraiment, je n'avais jamais joué. C'est fou, je n'arrive pas à interpréter quand je fais de la mise en scène.

 

Ce sont les comédiens devant moi qui jouent. Dès la seconde où je les ai engagés, je les aime aveuglement. C'est une espèce d'amour paternel fulgurant ; même quand ils sont plus âgés que moi. Je les considère comme des enfants, que je protège, avec en premier lieu une grande admiration et une grande reconnaissance.

 

Quand on dirige des acteurs, on arrive d'un coup à démystifier le plateau. J'ai récemment répondu d'ailleurs à un acteur que j'ai moins peur du plateau à présent, tellement j'y vais dessus pour travailler avec les comédiens. Je suis tellement connecté en profondeur avec eux seuls que le plateau, la scène, la salle, me paraissent anecdotiques par rapport à la richesse que nous touchons en travaillant ensemble. Et conséquemment, je trouve la scène moins dangereuse et moins magique que l’acteur.

 

Je suis, du coup, impatient de jouer à nouveau au théâtre car, depuis deux à trois pièces que j'ai mises en scènes, j'ai justement un nouveau rapport avec le plateau. C'est très neuf. Je trouve d'ailleurs les choses de plus en plus simples.

 

A titre plus personnel, l'un de ces domaines vous tient-il encore plus à cœur ? Ou les placez-vous tous sur un même pied d'égalité ?

 

Je pense que les tournages ont toujours existé dans ma vie, j'en fais beaucoup mais je n'ai jamais vraiment couru après. Le premier tournage est un peu arrivé par hasard, avant que cela ne s’enchaîne. J'adore tourner, je m'amuse beaucoup. C'est très reposant d'être acteur, il faut l'admettre.

 

Mais le théâtre me manquerait trop s'il n'y en avait plus. La caméra ne m'a jamais manquée, j'ai eu des moments de longs blancs, ça ne me manquait pas. Contrairement à la scène. Je ne joue pas assez sur scène à mon goût mais je suis rassasié par toutes les mises en scène que je fais, qui me donnent l'impression de jouer tous les rôles. J'ai vraiment la sensation d'un chef d'orchestre, de jouer tous les soirs l’œuvre entière et sur tous les instruments.

 

On peut vous retrouver à 19h 20, sur TF1, dans la série « Demain nous appartient ». Que dire sur cette belle aventure ?

 

La production m'a appelé un jour pour me proposer un rôle un peu ambigu, qui n'allait pas être sympathique, un peu chargé. J'ai trouvé cela amusant, c'était en plus à un moment où je sortais d'une très grosse période de théâtre. Je me suis dit que ça allait être agréable de me laisser porter par un tournage. La fréquence est rapide mais moins que sur d'autres séries, chaque réalisateur tourne dix minutes par jour et trois équipes travaillent en parallèle. C'est très confortable.

 

copyright Fabien Malot

 

Je suis assez content, j'en parlais avec Catherine Allégret, qui interprète ma maman et qui me disait très justement qu'une série comme celle-ci est agréable pour nous car elle permet de jouer plein de choses, beaucoup de situations. Que nous jouons rarement dans des unitaires. C'est surtout très varié et très fourni. C'est très amusant, je me sens très acteur, c'est vraiment agréable car c'est bien, en plus d’être très bien écrit. Je suis très heureux d'en être !

 

copyright Fabien Malot

 

En parallèle, vous venez de finir la mise en scène de la pièce «  Sur la route de Madison  » avec notamment Clémentine Célarié actuellement en tournée. Comment présenter ce projet et cette œuvre ?

 

Clémentine Célarié, Aurélien Recoing et Gérald Cesbron oui, trois magnifiques acteurs…C'est une pièce un peu magique. Monter un spectacle comme celui-ci est toujours très particulier car les spectateurs qui vont venir connaissent l'histoire. Du coup, c'est un challenge de savoir comment la raconter.

 

Nous sommes partis sur quelque chose de réaliste car je voulais que ça touche les gens. Je ne voulais pas prendre le risque que les spectateurs jugent mal l’héroïne car, avec le temps, ils pourraient avoir une réflexion qui n'est pas tout à fait en sa faveur. Ce serait dommage car ça serait trahir la réalité de cette histoire vraie. Je veux donc préserver la finesse et la délicatesse de sa situation. Pour cela, je cherche à suspendre le spectacle dans quelque chose d'un peu magique, intemporel et volé au temps.

 

Cela se passe en plein été 65, dans l'Ohio, c'est désert, c'est agricole, il n'y a personne, il y a de la poussière partout. En fait, personne n’a réellement jamais été témoin de cette histoire, cette femme l'a écrite sur un livre qui a été découvert par ses enfants. La seule question que l'on pourrait se poser est : cette histoire a-t-elle vraiment existé ? Cette femme déracinée italienne qui s’ennuyait toute seule avec un mari agriculteur toujours absent n'a-t-elle pas juste écrit, fantasmé cette histoire car elle était brillante en littérature ? On a le droit d'imaginer cela certes, à partir de là, je ne souhaite pas que l'on remette en question la suite car elle est écrite.

 

 

Datant de 65, j'essaie de la raconter comme un nuage qui passe. Qui est passé. J'ai donné un peu au spectacle cet aspect-là.

 

Merci Dominique pour votre disponibilité !

Publié dans Télévision, Théâtre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article