Anne Rodier évoque sa belle actualité théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Anne,

 

Quel plaisir d'effectuer cette interview avec vous !

 

Vous êtres à l'affiche, à la Comédie de Lille, jusqu'au 11 novembre prochain, avec la reprise de la pièce « Le jeu de la vérité », de Philippe Lellouche. Pour commencer, comment présenteriez-vous ce spectacle  ?

 

C'est une pièce écrite en 2005 par Philippe Lellouche mais qui reste d'actualité et qui (nous) a parlé à chacun des 4 comédiens. C'est une comédie, c'est drôle, il y a des rebondissements, des surprises, des quiproquos. Mais ce n'est pas que ça, il y a aussi du fond, ce n'est pas une grosse pièce de boulevard, c'est ce qui nous a plu aussi.

 

Trois potes de lycée, on en a tous eu, aux évolutions toutes différentes, ont gardé un lien, se sont vus grandir, ont traversé des années mémorables ensemble. C'est une situation fréquente et qui pourra parler aux spectateurs.

 

Ils ont des métiers bien différents, l'un est comédien, un autre travaille en politique, le dernier est directeur commercial. Ils ont tous leur vie familiale ou pas, leurs problèmes d'argent ou pas, leurs problèmes au travail ou pas, bref la vie. Ils se retrouvent régulièrement, à priori toutes les semaines, depuis vingt ans. Ils sont donc très amis et ils se racontent tout de leurs vies.

 

Un soir, l'un des trois leur fait une surprise....au travers de mon arrivée sur scène.

 

Justement, quelles sont les principales caractéristiques de votre personnage ?

 

J'interprète Margaux, qui était la quatrième membre de la bande au lycée. Ils étaient tous les trois un peu amoureux d'elle. Elles les avaient, depuis, perdus de vue et, ce soir-là, elle débarque, quelques années après. Ces retrouvailles seront chargées...

 

L'écriture a été adaptée à l'actualité du moment, du coup, sans tout en dévoiler, quels thèmes sont abordés dans la pièce ?

 

L'amitié, en premier, l'amour, les valeurs de chacun, le(s) doute(s), les sujets de société aussi, sociaux et économiques. Politiques également, il y a des petites allusions et des pics. Ce sont tous ces thèmes que nous avons réactualisés pour que ça parle aux gens en 2018.

 

Ce spectacle a connu un franc succès dans sa première version, à Paris et en tournée. En termes d'interprétation, avez-vous cherché à vous rapprocher du jeu de l'époque  ? Ou, à l'inverse, avez-vous souhaité rester neutre pour apporter une touche plus personnelle  ?

 

Je n'ai pas voulu voir la version de 2005. Certains spectateurs ont vu les deux et les retours sont positifs.

 

Nous nous sommes rapprochés de notre propre vision, de ce que nous voulions faire passer. On s'est approprié les personnages, en donnant notre couleur à chacun. Un politicien un peu guindé, un commercial un peu naïf, … on a donné un côté très touchant à chacun, dans lequel les gens peuvent se retrouver ou y identifier un ami.

 

 

Vous évoquiez les retours des spectateurs. Qu'est-ce qui leur a plu  ?

 

Nous avons effectivement déjà joué cette pièce plusieurs fois en province. Les gens étaient vraiment ravis, ce qui fait chaud au cœur et ils avaient l'air, justement, d'avoir chaud au cœur. Ce qui est plaisant. A la fois, ils ont beaucoup rigolé et, à la fois, ils ont été touchés par cette amitié, par notre complicité sur scène.

 

Ils nous ont dit aussi ne pas avoir vu le temps passer et avoir eu l'impression d'être avec nous. Il y a, je crois, quelque chose de très convivial dans cette pièce. Les gens se sont laissés porter, sont rentrés dans notre univers, dans notre salon pendant que nous étions en train de prendre l'apéro entre copains. Tout ce qui est dit fait écho à plein de choses chez chacun, touche chacun, à des degrés différents.

 

Le fait de jouer en province, certes dans une grande ville, dans un lieu fixe, implique-t-il chez vous une différence scénique, comparativement à une pièce jouée à Paris  ?

 

On s'adapte un petit peu, notamment quand le politicien fait des allusions à des villes. On trouve sympa de se caler avec le lieu de la représentation.

 

J'apprécie, en province, que les gens aient le temps après le spectacle, ce qui nous permet de discuter  avec eux. C'est vraiment hyper agréable, ce lien est important.

 

Sinon, on y met la même énergie que si on jouait à Paris. On a envie que les gens passent un bon moment, qu'il y ait du rythme, que ce soit sympa. Je dirais aussi que, pour un comédien habitant Paris, jouer en province est agréable aussi parce que l'on a alors l'impression de se dédier complètement à la pièce. On se met dans une bulle encore plus facilement, dans un cocon. Ce sont aussi de chouettes expériences.

 

En parallèle, quels sont vos autres projets artistiques du moment  ?

 

Je jouerai en novembre une autre pièce, sur Paris cette fois-ci. Elle est complètement différente, elle s'appelle « A 2h du matin », de Falk Richter, un auteur allemand contemporain. J'y retrouverai sur scène des camarades de mon école artistique et nous avons tous aimé son écriture ciselée et très actuelle.

 

J'aime jouer des pièces qui parle de notre société, de ce qui se passe actuellement. C'est le cas ici aussi. L'histoire se déroule dans le monde d'une entreprise, j'y suis la directrice, je suis une business woman très froide. Ce qui me demande un vrai travail sur moi-même. C'est un réel rôle de composition, qui est très intéressant. Je ne souris pas beaucoup, je ne suis pas très marrante.

 

On y parle énormément des réseaux sociaux, du monde de l'entreprise, de l’ultra compétitivité, du burn-out. Et aussi des relations amoureuses, dans cet univers où l'on est happé par le travail. Également des limites entre le travail et la vie personnelle. Je trouve cela génial.  On se demande où sont les limites, comment vont les gens et à quel moment on devra s'arrêter d'aller toujours plus vite.

 

Il y a un vrai travail de lumière et de son. Avec des gens qui ont envie de défendre ces thématiques et cette pièce qui est, pour le moment, sans financement. Cela amène un univers cinématographique très intéressant. J'espère que l'on embarquera le spectateur avec nous. On campe ces situations-là et charge au public de mettre le distance pour en rire aussi.

 

En conclusion, pour boucler la boucle, que dire pour définitivement inciter les lecteurs à venir vous voir sur scène à la Comédie de Lille  ?

 

A partir de ce jeu, on rigole beaucoup mais on en apprend pas mal aussi. Entre amis, on peut se dire les choses. C'est peut-être un des seuls espaces de la sphère privé dans lequel c'est possible. C'est quelque chose à préserver.

 

Ce jeu de gamins, “le jeu de la vérité”, permet donc, entre copains, d'être sincères, tout en donnant lieu à des quiproquos et des franches rigolades.

 

Vous vous sentirez proches de l'un d'entre nous au moins.

 

Merci, Anne, pour votre disponibilité  !

Publié dans Théâtre

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