5 ans d'amour, 10 ans de divorce et moi !? : Interview croisée des trois comédiens de cette belle pièce de théâtre

Publié le par Julian STOCKY

Crédit photo : Aurélie Hafner

 

Bonjour Anny-Claude, Constance et Cédric,

 

Merci de nous accorder un peu de votre temps pour répondre à quelques questions.

 

Vous venez d'achever votre premier mois à l'affiche, au théâtre La boussole, de la pièce « 5 ans d'amour, 10 ans de divorce et moi !? ». Très simplement, comment présenteriez-vous ce spectacle ?

 

Cédric  : On va parler de comédie dramatique, on peut ?

 

Constance  : Oui, c'est cela, une comédie dramatique.

 

Anny-Claude  : C'est un boulevard donc c'est dramatique. Il y a une histoire de fond qui n'est pas drôle, le divorce.

 

Cédric  : C'est une pièce qui, contrairement à beaucoup de spectacles actuels, ne joue pas forcément sur les vannes. Plutôt sur la situation.

 

Anny-Claude  : C'est vrai, c'est du comique de situation, comme on dit.

 

Constance  : C'est un boulevard comme on aurait pu en voir dans « Au théâtre ce soir ». C'est un peu dans cette veine là.

 

Cédric  : D'ailleurs, l'auteur ne s'en cache pas parce qu'il est fan de ce type de théâtre. C'est voulu.

 

Anny-Claude  : Il a écrit la pièce comme cela.

 

Sans tout en dévoiler, quels thèmes sont abordés pendant cette heure vingt sur scène ?

 

Crédit photo : Aurélie Hafner

 

Anny-Claude  : C'est écrit dans le titre, c'est le divorce. C'est aussi la situation de l'enfant par rapport aux parents dans un divorce.

 

Cédric  : On voit que la séparation peut être quelque chose de traumatisant mais surtout que cela peut l'être pendant toute une vie. Là, effectivement, l'enfant n'est pas joué par une enfant mais par une adulte qui reproche toujours à ses parents ce qu'elle a vécu dans son enfance.

 

Anny-Claude  : A cause de leur divorce.

 

Constance  : Ce qu'elle vit toujours en fait. C'est encore d'actualité, ce n'est pas quelque chose qui est passé.

 

Anny-Claude  : Les parents ne sont pas divorcés au moment où leur enfant les retrouve.

 

Constance  : Cela fait dix ans qu'ils divorcent mais la fille n'en peut plus car ils ne divorcent pas en fait. Ce que les parents aiment, c'est justement divorcer :) Mais elle a besoin que cela s'arrête, elle a besoin de se construire elle, elle a besoin d'avancer dans la vie. Cela passe par le fait de régler les problèmes de ses parents, c'est à dire de clôturer une bonne fois pour toute la procédure de divorce.

 

Cédric  : Comme elle est avocate, elle décide de s'en occuper pour les deux, de représenter les deux.

 

Constance  : Mais pourquoi est-elle devenue avocate  ? Certainement à cause d'eux.

 

Anny-Claude  : Ah oui, certainement.

 

Vous avez commencé un peu à en parler, quels sont vos personnages respectifs ? Quelles sont leurs principales caractéristiques ?

 

Constance  : Je suis Brigitte, la fille de Philippe et Michèle. Je suis un mélange des deux personnalités, d'un côté le père qui est très à l'anglaise, un peu nonchalant, de l'autre côté une mère un peu plus envahissante, un peu étouffante, qui voudrait être une fille à la place d'être une mère.

 

Brigitte est en fait le parent de ses parents. Elle n'a pas vraiment eu d'enfance, elle a été un peu livrée à elle-même, ses parents ne se sont pas vraiment occupés d'elle. Ce n'est pas quelqu'un qui est gaie dans la vie, elle a une fêlure, due au fait, justement, que ses parents étaient occupés à s’entre-tuer pendant des années sans se rendre compte qu'ils avaient eu un enfant ensemble. C'est le personnage dramatique de la pièce, c'est elle qui ramène à la réalité.

 

Anny-Claude  : C'est un personnage hyper actuel. Les trois quarts des couples aujourd'hui ont divorcé et ont un peu laissé tomber leurs enfants. La mère qui se retrouve toute seule à s'occuper de la fille, le père qui n'est pas là, quand bien même il paie, … c'est une comédie moderne. C'est « Au théâtre ce soir » en comédie de boulevard mais actualisée. On retranscrit un phénomène de société très actuel.

 

Quant à moi, je joue Michèle, une femme frivole, qui, très vite, est tombée enceinte, je suppose, par hasard. C'était un couple trop jeune alors pour partir dans une vrai relation, ils ont fait comme ils ont pu en fait. Elle s'en est sortie comme elle a pu, elle était déçue sans doute que son mari soit parti, elle a alors commencé à le faire payer. On le voit dans la pièce, elle le fait payer parce qu'il a de l'argent mais elle le fait aussi payer moralement en ne le lâchant jamais sur le divorce. Car, quelque part, si elle cède, tout s'écroule, tout s'arrête.

 

Crédit photo : Aurélie Hafner

 

Cédric  : Philippe est le plus nonchalant du groupe, il vit pour lui, il fait ses petites affaires, tout s’achète finalement. Il a toujours été plus ou moins volage, on sent qu'il n'a pas été le bon mari, pas du tout même. Mais tout cela se fait avec légèreté et humour, il n'est pas quelqu'un de méchant pour autant. Il joue de ses charmes, rien n'est vraiment grave sauf quand ça le touche lui. Mais la souffrance de sa fille, le fait d'avoir cocufier sa femme sont des choses secondaires. Il pourrait dire  : « Et alors ? Personne n'est mort ».

 

Donc, évidemment, quand il se retrouve cloîtré dans le bureau avec son ex-femme, ce n'est pas simple. Ils ne se sont pas vus pendant des années donc il ne s'attend pas à un coup pareil. Là, réellement, il se met un peu à souffrir car, forcément, cela le touche un peu plus personnellement. Il semble découvrir par exemple qu'il a fait beaucoup de peine à sa fille. Il découvre également qu'il a fait beaucoup de peine à sa femme. Bref, c'est un type très léger, mais pas méchant pour autant. On connaît plein de gens comme Philippe. Il est un peu à côté de ses chaussures mais tant que l'argent vient, tout va.

 

De votre avis et à en juger par les critiques des spectateurs, qu'est-ce qui plaît dans cette pièce ?

 

Cédric  : Justement, ce côté profond, le fait que la pièce ne soit pas uniquement sur des vannes, comme on le disait au début. Cela surprend le public, agréablement.

 

Anny-Claude  : C'est une vraie histoire qui touche les gens. C'est un sujet qui parle. Les gens aiment aussi que l'on évoque enfin l'enfant. On parle toujours du divorce, en délaissant les enfants. Là, le «  et moi  » du titre symbolise l'enfant, qui s'est fait avoir, en gros.

 

Cédric  : Dans le public, on a, je pense, beaucoup d'enfants de divorcés.

 

Constance  : Ou qui ont divorcé et qui se retrouvent dans la pièce. Plein de gens viennent nous voir à la fin et nous disent que le spectacle les a fait réfléchir parce que ce sont des choses qu'ils ont pu vivre, chacun à leur manière. Ils se retrouvent, cela leur parle et les touche.

 

Cédric  : Comme le sujet du divorce n'est pas tant que cela tourné en dérision, cela touche d'autant plus les spectateurs. On dit vraiment des choses qu'ils comprennent et qu'ils ont vécues.

 

Anny-Claude  : Qui sont réalistes mais dans une comédie, ce qui est intéressant. On rigole mais un peu jaune. Ce n'est pas très drôle.

 

Crédit photo : Aurélie Hafner

 

Constance  : Si, la mère est drôle. Les parents sont les personnages comiques de la pièce. Tout le comique tient sur eux deux, leur relation et leur égoïsme. Et cette fille qui va décider de les obliger à signer les papiers du divorce, qui va utiliser comme stratagème de les enfermer dans son bureau jusqu'à ce qu'ils signent. Elle ne lâchera pas, jusqu'à la signature.

 

Cédric  : Sans dévoiler la fin bien évidemment, on s'aperçoit que les parents sont faits pour s'aimer mais pour s'aimer de cette manière-là.

 

Anny-Claude  : De cette manière-là, comme beaucoup de couples qui ne fonctionnent que dans le conflit.

 

Vous venez d'achever votre quatrième semaine de représentations. Le stress et l'appréhension des premières sont ils passés ? Ou reste-t-il un petit reliquat ?

 

Cédric  : C'est selon chacun.

 

Constance  : Je n'ai pas l'impression, personnellement, d'avoir de stress. Mais on a tous des petits rituels avant de monter sur scène, chacun est dans son coin, à sa place. C'est marrant, on se met chacun à un endroit précis et nous avons tous décrété que c'est le notre.

 

Anny-Claude  : Cédric sur scène, Constance dans l'escalier et moi dans les loges.

 

Constance  : On n'est pas dans l'idée du trac. Non, plus généralement, nous sommes actuellement en août, les choses vont prendre de l'ampleur à la rentrée. Dans cette pièce, c'est vraiment la salle qui donne la température, c'est le public.

 

Anny-Claude  : Au bout de quatre semaines, on va mieux que lors de la première, où l'on avait enchaîné après avoir répété quinze jours comme des malades. On était encore à cran, maintenant cela va évidemment mieux. Mais, même à la centième, il y aura toujours ce petit stress au moment de rentrer, se demandant si ça va aller aujourd'hui.

 

Cédric  : J'appréhende toujours les trois premières minutes. C'est un peu comme quand on passe à la douane : « Vous n'avez rien à déclarer ? Non ? C'est bon, vous pouvez y aller ».

 

Lors de ce premier mois, vous êtes-vous déjà permis quelques petites adaptations et improvisations sur scène ?

 

Cédric  : C'est même recommandé.

 

Constance  : Ouh là, ça a beaucoup changé depuis la première. On a trouvé nos marques, on a changé des choses, on en a actées certaines. Régulièrement, on constate que des modifications fonctionnent plus ou moins bien selon les soirs et on s'adapte lors de la représentation suivante.

 

Rien n'est fixé complètement en fait. Bien sûr, il y a une base mais, à l'intérieur de cela, on peut se permettre des petites libertés. Après, on est dans une histoire donc il ne faut surtout pas perdre à l'idée que le texte doit rester. Si on perd notre fil rouge, on ne peut pas raccourcir les choses car l'histoire est là, elle doit donc être installée. Mais, à l'intérieur, on peut chercher, ce que l'on fait pratiquement tous les jours.

 

Cédric  : Chaque personnage a un cahier des charges. S'il te vient une bonne idée de blague mais que ton personnage ne peut absolument pas la dire, ce n'est pas la peine car tu seras alors à côté. Il faut savoir exactement si le personnage peut dire ou faire ce genre de choses.

 

Anny-Claude  : C'est l'avantage de ce type de comédie, on peut se permettre de surprendre, à condition de ne pas être hors sujet.

 

Cédric  : C'est pareil pour l'auteur. A sa table de travail, il se fait plaisir, il écrit des bons mots, des monologues et des blagues mais, très vite, on s'aperçoit sur scène si ça passe ou pas. Des phrases peuvent être trop longues, des bons mots n'en sont finalement pas, des bonnes blagues ne font rire personne. Les premières semaines servent vraiment à cela en général, avec l'accord de l'auteur, évidemment.

 

Au-delà de ces premières semaines que l'on vient d'évoquer, que peut on vous souhaiter pour la suite de ce spectacle et de cette aventure ?

 

Anny-Claude  : Des salles pleines !

 

Cédric  : Dans un lieu qui corresponde vraiment à la pièce. Il nous arrive d'avoir un public qui croit venir voir un certain type de comédie, du café théâtre un peu en interaction, mais nous avons un quatrième mur que l'on ne casse évidemment jamais.

 

Anny-Claude  : C'est compliqué pour nous quand on a ce type de public car les gens s'attendent sûrement à autre chose.

 

Cédric  : On aimerait avoir une majorité de gens dans la salle qui savent exactement ce qu'ils viennent voir. Qui viennent pour voir cela, ce qui éviterait des petits malentendus parfois.

 

Constance  : On en a eus, c'est pour cela qu'on le dit. On peut le lire sur certaines critiques, les gens disent parfois que ce n'est pas assez drôle. Mais nous racontons une histoire, nous ne sommes pas là pour faire rire à la vanne.  Il y a de l'humour mais ce n'est pas de la vanne pour la vanne. Ce n'est pas un enchaînement, c'est une histoire, une bonne pièce de boulevard qui a une identité propre.

 

Anny-Claude  : On raconte une histoire donc il y a des gens qui vont adorer, qui vont accrocher, qui vont suivre l'histoire. C'est avant tout une pièce de théâtre.

 

 

Pour terminer, que dire pour définitivement inciter les lecteurs à venir vous voir sur scène, au théâtre La boussole ?

 

Cédric  : Si vous voulez venir voir une bonne comédie de boulevard actuelle, n'hésitez pas une seconde, vraiment !

 

Anny-Claude  : Si vous aimez le théâtre drôle, foncez. Comme souvent avec ce qui est drôle, le fond l'est alors un peu moins. C'est ça l'humour, c'est «  la politesse du désespoir  ».

 

Constance  : C'est l'histoire d'une famille actuelle, de trois personnages bien relevés, avec chacun leur tempérament. Si vous avez envie de passer une bonne soirée, de voir des comédiens qui ont du caractère, de voir une pièce de boulevard dite classique, venez nous soutenir, tout simplement. C'est vraiment une très bonne pièce, un chouette spectacle. Nous sommes très contents de l'interpréter.

 

Ce fut un plaisir d'échanger avec vous trois ! 

Publié dans Théâtre

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