Laurène Renaut évoque son actualité et ses projets artistiques !

Publié le par Julian STOCKY

Crédit photo : Philippe Denis

 

Bonjour Laurène,

 

C'est une réelle joie d'effectuer cet entretien en votre compagnie.

 

Vous êtes, depuis novembre 2017, en alternance sur la scène du théâtre Le Passage vers les Étoiles, dans la pièce à succès « Mariage à ranger ». Pour commencer, de votre propre regard, comment présenteriez-vous ce spectacle ? Quels thèmes y sont abordés ?

 

Je dirais que c’est une comédie moderne, assez décomplexée, qui s'inscrit à la fois dans la plus grande tradition du boulevard avec des thèmes classiques comme les rapports amoureux ou les trahisons sur fond d’amalgames et quiproquos en tous genres mais qui déjoue aussi certains codes.

 

Et c’est là que je trouve cette pièce très intéressante pour les thématiques assez originales qu’elle aborde, celles des traditions religieuses, la question de la virginité, et plus largement la confrontation des origines et des cultures. En fait, on y fait jouer des acteurs de toutes origines pour s'adresser à un large public et je trouve ça super de pouvoir rire sans tabou ni parti pris, de façon bon enfant, sur ces sujets-là aussi.

 

Qui est votre personnage ? Quelles sont ses principales caractéristiques ?

 

Je joue la copine du meilleur ami de Karim, le personnage principal, d’origine marocaine. Lui est un coureur de jupons invétéré qui, pour faire plaisir à sa grand-mère mourante, va se marier avec une jeune femme, Leila, qu'il a choisi sur catalogue. C'est donc un mariage arrangé, sauf qu'il est loin d’être au bout de ses surprises car ce n'est pas vraiment la princesse qu'il attendait !

 

Crédit photo : Philippe Denis

 

Quant à mon personnage, Vanessa, c’est une femme un peu acariâtre et pincée. Assez désagréable, et complètement maniaque de prime-abord, j'essaie d'aller chercher ce qui peut la rendre sympathique et touchante dans son côté rigide, un peu à principes que je trouve très drôle. Au fond, je veux penser qu’elle est moins intolérante qu'elle peut le laisser paraître.

 

Vous êtes, nous le disions, en alternance à trois comédiennes sur ce rôle. Justement, quelle complémentarité essayez-vous d'avoir et, à l'inverse, quelle touche plus personnelle donnez-vous dans votre interprétation ?

 

C'est une question très intéressante, on ne se la pose pas vraiment car on ne cherche pas à se comparer avec Vanessa Dieu et Johanna Berrebi, qui sont en alternance sur ce rôle aussi, mais je trouve qu’on forme un bon trio. Je dirais que le dénominateur commun serait une personnalité bien trempée liée au rôle qu’on joue et puis après on apporte chacune une touche personnelle avec ce que l'on est, évidemment.

 

Peut-être que Vanessa se distingue par son franc-parler, sa spontanéité et son bagou assez décoiffant, Johanna par son autorité et je vais peut-être plus jouer du côté de la bourgeoise un peu intransigeante mais à failles. En tout cas, j’imagine que ça doit être intéressant de voir la pièce plusieurs fois avec des équipes très différentes et qui font résonner le texte autrement.

 

La pièce est à l'affiche depuis près de quatre ans. Après vos 65 représentations mais aussi selon les retours que le public a pu vous faire, comment expliquez-vous ce beau succès ?

 

Pour moi, la principale force de cette pièce, c’est son rythme, un rythme endiablé ! L'écriture est extrêmement enlevée, la mise en scène est dynamique et l'énergie des acteurs contribue à nourrir ce rythme. Le tout, porté par une équipe assez soudée, sur scène comme hors-scène, et j'espère vraiment que cette cohésion transparaît pendant les représentations.

 

Au-delà de ça, c’est vrai qu’en une heure dix, il y a, mine de rien, énormément d'actions et de rebondissements, beaucoup de punchlines à la minute. Et c'est peut-être ça le coup de génie de Samir Talhaoui et de l'ensemble de l'équipe. J'en profite d’ailleurs pour le remercier de m'avoir fait confiance.

 

En parallèle, vous venez d'achever trois ans d'une autre aventure théâtrale. Quels souvenirs gardez-vous de cette pièce ?

 

Oui c'est une belle aventure avec « L’Échange » de Claudel qui s'est clôturée fin juin sur deux représentations au Festival d’Angaïs, à côté de Pau. Une vraie tragédie cette fois et une pièce en vers libres, une langue poétique donc, un peu étrange et ardue de prime abord qu’on a cherché à rendre vivante et accessible. Et une langue qui laisse finalement pas mal de libertés à l'acteur dans ses contraintes qui sont un vrai support de jeu.

 

C’est vrai que c’est une page qui se tourne… Nous nous étions rencontrés aux Cours Florent avec Léa Borenfreund, Joseph Briaud et Alexandre Houy-Boucheny puis un an après avec Jean Dubarry qui a repris le rôle de Louis Laine. En cours d’études, on avait décidé de monter cette pièce « coup de cœur » pour la jouer à Avignon, il y a deux ans, avant d’enchaîner une saison au Guichet Montparnasse l'année dernière. C'était magnifique d'aller explorer un auteur comme Claudel, peu monté aujourd’hui, alors que la pièce évoque plein de thématiques contemporaines comme le rapport à la liberté, le désir qui se heurte à la raison, l’appât du gain et la place de l’amour dans un monde dominé par des valeurs matérielles.

 

Crédit photo : Philippe Denis

 

J'y interprétais le rôle de Lechy, une actrice machiavélique, alcoolique, en perpétuelle représentation dont le désespoir va jusqu'à la folie meurtrière. Ce personnage multi-facette était passionnant et il m'a permis de jouer sur les deux casquettes, comique et tragique, pendant quelques temps. C'était une très belle expérience.

 

Justement, depuis novembre dernier, vous alterniez ces deux registres différents. Comment passiez-vous facilement de l’un à l’autre ?

 

C'était assez complémentaire en fait. Il m'arrivait de jouer une pièce le jeudi et l'autre le lendemain et j'avais l'impression qu'elles se nourrissaient l'une l'autre. Une fois que l'on a exploré le vers de Claudel, où chaque mot, chaque respiration, chaque souffle mérite une attention particulière, où l'on est à la fois contraint et porté par une langue poétique, c'est très agréable de retrouver le rythme du boulevard, très enlevé, plus léger, où l'on peut facilement rire de tout et se laisser aller à caricaturer son propre personnage.

 

Je dirais donc que ça s'équilibrait naturellement. La pression sur Claudel était contrebalancée par la légèreté de « Mariage à ranger ». A l'inverse, cette dernière me permettait parfois d'aller chercher des émotions plus profondes dans « L’Échange » en créant des respirations avec un univers plus quotidien.

 

En plus de tout cela, vous avez une autre casquette, bien différente. Vous êtes actuellement doctorante, sur un sujet assez grave. Quel lien faites-vous avec le côté artistique que nous venons d'évoquer ?

 

Oui c'est un peu l'histoire de ces dernières années, c'est vraiment l'idée de pouvoir concilier ces deux casquettes, ces deux identités, qui ne sont pas incompatibles : ma thèse sur la radicalisation djihadiste, où je tente d'analyser les éléments de langage, la parole des personnes en voie de radicalisation, et le théâtre.

 

Là encore, ces deux univers se répondent et me nourrissent différemment. Je sens que j’ai besoin d’un équilibre et le partage avec le public le soir en fait partie. Je sais qu’on nous pousse souvent à choisir une voie mais j'espère vraiment avoir la liberté de faire le choix du non choix car je crois que cela fait partie de ma vie. Ce n'est pas toujours confortable, il y a des périodes où je privilégie une activité à une autre mais c'est un peu mon objectif et mon challenge pour les années à venir.

 

Crédit photo : Christophe Brachet

 

En conclusion, quels sont vos projets et vos envies pour la suite ?

 

D'abord, finir la rédaction de ma thèse serait pas mal, d'ici deux ans j’espère ! Et bien sûr j'aimerais continuer à pouvoir jouer dans du boulevard, pouvoir m’exprimer dans le registre comique car je trouve qu'il n'y a rien de plus beau que de faire rire. Mais je souhaite aussi poursuivre d'autres projets en parallèle, ne pas m’éloigner pour autant des grands auteurs classiques, et jouer du Molière ou du Tchekhov, oui ce serait un rêve... Et peut-être aussi, c'est du moins un souhait que j'ai sur du plus long terme, me lancer dans l'écriture d'un seule en scène, pourquoi pas après la thèse ?

 

Merci Laurène pour ce bel échange !

 

Publié dans Théâtre

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