Laure Le Rouzic évoque ses parcours et ses projets artistiques !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Laure,

Quel plaisir d'effectuer cette interview avec vous !

 

Vous êtes une artiste aux multiples casquettes et aux différentes expériences artistiques. Si l'on revient à la genèse, qu'est-ce qui vous a donné l'envie de faire ce métier ?

Mon parcours est atypique. J'avais fait deux à trois ans de théâtre au lycée, j'avais beaucoup aimé. Quand j’étais petite, je disais à ma famille que je voulais être star et j’ai joué la comédie très jeune, dès 2 ou 3 ans. En m’inventant des personnages, des mimiques, on m’appelait bille de clown. J’adore observer les gens, leur façon de parler, de se mouvoir, de se regarder. On n’a pas réellement besoin de parler pour comprendre quelqu’un.

Mais je viens d'une famille où il faut plutôt faire des études, avoir un métier plutôt stable. Le métier d’actrice me paraissait alors illusoire, je suis du coup rentrée en classes préparatoires HEC. Ensuite, j'ai intégré une école de commerce à Bordeaux, option finance, pour faire plaisir à ma famille et assurer mes arrières. Quand on se lance dans une voie, on avance, le temps va très vite et on se rend compte plus tard que quatre à cinq ans se sont passés, sans que l'on soit sur le bon chemin. Ce fut mon cas, j'y reviendrai.

Après mon école, j'ai vécu au Mexique, en Australie, je suis rentrée en Bretagne chez moi avant de rejoindre Paris, où je suis rentrée dans la promotion immobilière. Au bout de trois ans et demi, j'ai fait un burn out, me rendant compte que je n'étais pas du tout à ma place. Je ne rentre pas dans le moule de la culture d'entreprise. Je mettais beaucoup de drame et de comédue dans ma privée et, à un moment donné, je me suis dit que j'aurais dû faire l'inverse. Pour mettre toute l’énergie dans le théâtre.

Je suis du coup partie six mois faire le tour de l'Amérique du Sud en sac à dos et, lorsque je suis revenue, j'ai intégré l'école des Enfants Terribles.

Qu'est-ce qui vous plaît tant dans votre quotidien à présent ?

Je pense que c'est très compliqué à décrire. Cela me permet d'avoir la multitude de vies que je n'aurais jamais. Je suis quelqu'un qui a énormément peur du quotidien, j'aimerais faire énormément de choses, j'ai beaucoup de mal à m'encrer dans un pays, dans une situation. J'aimerais voyager, découvrir plein d'endroits, réaliser plein de métiers et être plein de personnes différentes. Je pense que le théâtre ainsi que le cinéma permettent de concrétiser cela. Dans la vie, quand on te dit ‘tu joues un rôle », c’est très négatif, sur scène ou derrière la caméra, c’est ce qu’on vous demande et c’est cela qui me plaît…. De ne pas être jugée pour ce que je sais faire.

Je suis quelqu'un de très angoissée, mon cerveau est H 24 en ébullition mais ce sont les seuls moments où je ne pense à rien d'autre. Je suis alors dans l'instant présent, j'oublie le reste. C’est peut-être à ce moment-là que je sais qui je suis et que je me dis que, là, je ne joue plus ce rôle, ce qui est paradoxal.  

Parmi toutes vos expériences, l'une vous aurait-elle plus marquée que toutes les autres ?

Je dirais le premier projet théâtre que j'ai fait, « E-génération ». On l'a monté en dernière année de l'école. Nous avons eu la grande chance d'avoir comme metteur en scène Jean-Christophe Dollé, un génie. Il est dingue d'inventivité, de créativité, il est hyper humain.

 

 

La première année de théâtre a été compliquée pour moi, je venais de tout abandonner, je revenais à peine en France, je n'avais plus la même situation financière. J'ai beaucoup dû évoluer au niveau des qualités humaines que je n'avais pas forcément. Le théâtre nous apprend à ne pas se juger, à ne pas juger les autres, à ne surtout pas attendre un résultat. Le contraire de ce dans quoi j'avais baigné. J'ai donc dû revoir tout à l'inverse, cela n'a pas été simple. Ce metteur en scène m'a beaucoup aidé, il fait grandir ses comédiens.

Nous avons monté ce spectacle, qui a eu tellement de bon retours que nous l'avons emmené par deux fois au Festival d'Avignon.

Vous êtes présente sur différents supports, théâtre et image notamment. L'un vous attire-t-il plus encore ? Ou est-ce leur complémentarité qui vous plaît ?

Certains disent que c'est le même métier, à l'inverse je pense que ce sont deux métiers totalement différents. Certains acteurs de cinéma ne pourront jamais faire de théâtre et inversement. En ce moment, je l'avoue, je suis plus attirée par l'image. Surtout de par ma série où l'on fait tout nous-mêmes, il y a une facilité d'exécution car nous sommes justes avec notre appareil. Dès que l'on a une idée, on peut se mettre à filmer, on voit très rapidement le résultat de ce que l'on a fait.

J'ai une grosse voix, énormément de mimiques, je peux être très maniérée, tout se lit sur mon visage. Au cinéma, comme je suis trop, je dois me canaliser, restreindre mon jeu et qui je suis. C'est ce qui m'intéresse.

Le théâtre est violent comme émotion, on est devant 500 personnes, il y a une énergie qui est palpable, on est vraiment en direct avec les gens. C'est totalement un autre métier, il n'y a pas de filet de sécurité. Des énergies se dégagent, que les gens renvoient. Les publics changent, certains pudiques, d'autres au contraire très extravertis. C'est fort, mais ça peut aussi être angoissant.

Justement, quelles sensations et sentiments prédominent en vous juste avant de monter sur scène ?

Je suis quelqu'un de très angoissée. Mais il n'y a pas le choix, il faut surmonter cela. Cela m'apprend à me dompter. A l'inverse, il m'arrive de ne pas être stressée, sans que je ne sache vous expliquer pourquoi.

 

 

Sur un plateau de tournage, quelle est votre méthodologie de préparation ?

J'ai peu d'expérience mais je suis moins angoissée. Parce qu'il y a ce filet de sécurité qui existe, la prise peut être refaite. Je pense qu'un réalisateur peut beaucoup jouer sur cela avec ses comédiens. Sur une scène un peu dure, plus la personne est fatiguée, plus émotionnellement parlant, quelque chose va se dégager. On peut donc vraiment travailler avec le comédien là-dessus, ce qui est très intéressant.

Plus généralement, quels sont vos actualités et projets artistiques du moment ?

Je travaille sur la série « Lourdeur » depuis un an. Nous voulions monter une pièce de théâtre mais nous n'avons pas trouvé de metteur en scène. Cela nous a alors incités à développer le programme par nous-mêmes. Nous allons l'envoyer à un Festival.  Sur Instagram, cela commence à bien fonctionner aussi, quelques semaines seulement après son lancement. Cette année, je vais vraiment me consacrer à son développement pour essayer, pourquoi pas, de le vendre à une production.

J'adorerais faire, en parallèle, un long-métrage.  Ce serait super. Mais ce n'est pas ma prétention du moment. N'importe quel rôle me tenterait, même si j'aurais plus de facilité dans le comique, de part ce que je suis dans la vie. Mais je suis attirée aussi par le drame, il y a quelque chose, je trouve, de très beau dans la tristesse et les pleurs. J'ai aussi d'autres aspirations, en parallèle de l'acting.

 

Merci Laure pour votre disponibilité !

Publié dans Télévision, Théâtre

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