Benoit Solès nous présente sa nouvelle création théâtrale !

Publié le par Julian STOCKY

 

Bonjour Benoit,
 
Quelle joie de vous retrouver pour ce nouvel entretien !
 
1/ Vous venez de créer une nouvelle pièce, « La machine de Turing », à Paris puis en Avignon, tout le mois de Juillet prochain. Comment décrire ce spectacle ? 
 
C’est en effet une création et ma deuxième pièce. J’avais déjà écrit un « biopic » théâtral sur Tennessee Williams, il y a quelques années, qui avait été joué au Théâtre des Mathurins. 
 
Cette fois-ci, il s’agit d’Alan Turing, un personnage extraordinaire et paradoxalement peu connu. La pièce a pour but de faire découvrir sa vie, lui rendre hommage tout en étant fidèle historiquement, mais aussi d’être un vrai spectacle avec de l’action, du suspense, de l’émotion… 
 
C’est un projet auquel je pense depuis 2012. J’avais interrompu l’écriture en apprenant qu’un film américain se faisait sur le même sujet : « Imitation Game ». Et puis, j’étais moi-même occupé sur de grandes aventures : « Cyrano de Bergerac» et « Rupture à Domicile » de Tristan Petitgirard. Puis, à la fin de l’exploitation (3 ans !) de cette dernière pièce, j’ai eu le temps de repenser au projet et me suis rendu compte que je ne voulais pas le lâcher !
 

 

J’ai imaginé une pièce pour deux acteurs, au départ avec une petite scénographie. J’ai choisi de poursuivre ma collaboration avec Tristan Petitgirard, puis j’ai lu le texte à Thibaud Houdinière, directeur d’Atelier Théatre Actuel, qui a voulu produire et diffuser le projet. Et la production s’est enrichie d’ACME, Fiva Production, avec le soutien des villes de Draveil, de Serris et de la Région Île-de-France…Ce qui nous permet de jouer à Avignon au Théâtre Actuel, prochainement à Paris et d’être édité à l’Avant-Scène. « La Machine de Turing » jouée par Amaury de Crayencour et moi-même, avec une belle création vidéo de Mathias Delfau et musicale de Romain Trouillet. 
 
2/ Quels sont les thèmes abordés dans ce spectacle ? 
 
C’est vraiment la vie d’Alan Turing, un mathématicien anglais qui a vécu de 1912 à 1954. Sa spécificité était d’être plutôt un « inadapté » : fortement bègue et probablement autiste d’Asperger. Il était aussi homosexuel. Souvent moqué, il s’habillait de façon fantaisiste, était maladroit dans son rapport aux autres et aux choses… C’est un personnage un peu à mi-chemin entre le Mozart d’Amadeus et Forrest Gump : un véritable génie des maths, entre clown et poète !
 
Pendant la Seconde guerre mondiale, Hitler tenta un blocus de l’Angleterre. Les Anglais ont tout fait pour essayer de décrypter le code que les Allemands utilisaient pour coder la position de leurs sous-marins. La guerre dépendait de ce code, élaboré par une machine appelée « Enigma ». Il y a donc eu une espèce de vague de recrutement, parmi les matheux, les joueurs d’échecs, etc… bref, un rassemblement des têtes pensantes du pays. On les a isolés dans un manoir au nord de Londres et donné pour unique et impérieuse mission de décoder Enigma. 
 

 

Turing a été enrôlé là-dedans, mais était plutôt considéré comme dingue et paraissait le moins susceptible de « craquer » le code. Il évoqua pourtant l’idée d’une « machine intelligente », capable de calculer extrêmement vite, idée qui apparut baroque et dépourvue de sens. Pour autant, il a construit cette machine, énorme et terriblement bruyante. Il avait ainsi créé l’ancêtre de l’ordinateur et parvint à décoder Enigma ! Le cours de la guerre fut changé grâce à cela. Mais Turing fut contraint au plus total silence : secret défense oblige.
 
Son destin bascule par la suite car il est arrêté à cause de son orientation sexuelle et condamné à la castration chimique, ce qui affecte fortement sa constitution et son moral. On l’empêche aussi de travailler sur sa propre machine, on l’isole… Il finit par se suicider, en croquant une pomme plongée dans du cyanure, ce qui inspira sans doute le logo actuel d’Apple. 
 
Trajectoire incroyable que celle de ce personnage qui a été un littéralement effacé de l’histoire, parce que longtemps contraint au secret et ce qu’il était n’était pas « convenable ». J’ai trouvé là matière à faire un spectacle à la fois tragique et beau sur sa vie. 
 
3/ D’après les retours et votre ressenti, qu’est-ce qui va plaire au spectateur ? 
 
Certains ont entendu parlé d’Alan Turing, par le film « Imitation Game », ou parce que la reine Elisabeth II vient de le réhabiliter. D’autres qui ne le connaissent pas, voient dans le spectacle une vertu pédagogique à apprendre d’où viennent les ordinateurs ou qui fut l’un des pionniers de l’intelligence artificielle, mais aussi comment les gays étaient encore traités, il n’y a pas si longtemps. 
 

 

Sa trajectoire est vraiment émouvante. Les gens savent dès le début vers quoi il va, la pièce est construite en flashbacks et c’est lui qui nous raconte sa vie. Le public est ému par le coté génial, enfantin, prophétique du personnage : il a donné beaucoup au monde, avant d’être rejeté par lui. 
 
4/ Pour le spectacle, avez-vous dû vous restreindre à certains aspects ? 
 
L’art naît de la contrainte et choisir, c’est renoncer, comme on dit ! Pour Avignon, je me suis imposé de jouer en 1h20 et à deux acteurs. Amaury de Crayencour incarne trois personnages : le champion d’échecs directeur de la cellule de décryptage pour le compte des services secrets, l’amant de Turing qui va précipiter sa chute et le policier qui enquête sur lui. 
 

 

Dans sa mise-en-scène, Tristan s’est appuyé sur des vidéos magnifiques où apparaissent aussi des dates, photos, ou véritables dessins d’archives de Turing. Et finalement, cette machine apparaît et devient un nouveau personnage, auquel Turing donne d’ailleurs un nom… La création musicale, très présente et inspirée, complète l’ensemble.
 
J’ai porté une vraie attention à la vérité historique : je me suis appuyé sur la biographie de référence. Mais moment où il faut faire « parler » ce personnage, j’ai laissé faire ma sensibilité. 
 
5/ Sur quoi insister pour inciter définitivement les lecteurs à venir voir ce spectacle ? 
 

 

On peut aimer ce spectacle pour son coté historique, pédagogique, humain, ou tragique. La trajectoire du personnage évoque l’histoire, la science, la jubilation de la découverte, la profondeur de sa vision du monde, le drame intime de sa vie, sa solitude et sa quête..  Déjà, le public est captivé par la force l’émotion que suscite son parcours. J’espère que les prochains spectateurs ressentiront la même émotion ! 
 
Merci Benoit pour ce bel échange !

Publié dans Théâtre

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