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Le médias blog de Julian

Patrick Guerineau : parcours, passions, projets - il nous dit tout !

21 Mai 2017 , Rédigé par Julian STOCKY

Bonjour Patrick,

 

Quelle joie d'effectuer cette interview en votre compagnie  !

 

1/ Vous êtes un artiste aux multiples casquettes, comme en témoigne votre parcours  : télévision, cinéma, théâtre, publicité notamment. Qu'est-ce qui vous plaît tant dans l'exercice artistique ?

 

Quelque soit le domaine, je fais à chaque fois mon métier, j'interprète, je raconte une histoire. Je ne fais pas le choix de ne m'orienter que vers un seul domaine, je réponds favorablement aux sollicitations parce que j'en ai envie, parce que j'en vibre.

 

Il est très excitant, au théâtre, au cinéma ou en télévision, de mettre de l'humain dans un personnage qui sort juste de la tête d'un auteur, d'un producteur. C'est de l'encre sur un bout de papier, c'est une idée et je vais m'y confronter, pour mettre mon humanité, mes sentiments, ma façon de parler, de bouger, de réagir. Tout cela évidemment en travaillant avec le metteur en scène, en fonction de ses choix. Je ne suis que l'outil de tout ça.

 

Quelques soient les personnages que l'on m'a proposés ou que l'on me propose, j'ai besoin de les comprendre et de les aimer. Dès fois, c'est particulier. Par exemple quand on doit jouer des salauds. Cela m'oblige à trouver les raisons justes de chaque personnage, même dans ses pires moments, qui justifient ses actes. Je crois que je suis un super avocat.

 

2/ Retrouvez-vous certaines complémentarités entre ces différents domaines ?

 

Oui, c'est absolument complémentaire. Le travail entre le cinéma, la télévision et la publicité est assez similaire. C'est la même façon de fabriquer des histoires, de fabriquer un film avec des séquences, un scénario, des découpages, des prises tournées parfois en quelques minutes seulement.

 

Là où, au théâtre, il y a un travail de fond plus important, ce qui ne veut pas dire que c'est plus ou moins qualitatif. On est dans une continuité, on aborde un personnage, une pièce, on la répète pendant deux mois, c'est tout le temps la même chose. Après ce travail en profondeur, à un moment donné, c'est parti, on se lance et on est sur scène pour une heure trente. C'est un long déroulé. Pour le coup, le travail n'est pas le même.

 

Donc, oui, c'est complémentaire mais ce sont deux façons de travailler très différentes. Je ne sais pas si on peut faire l'un sans l'autre. J'aime faire les deux. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde et je peux aussi comprendre leur choix. Ce sont deux impulsions différentes et, pour l'instant, je n'ai pas envie de choisir. Les deux expériences me plaisent. J'ai grandi au théâtre, j'ai été formé au théâtre, j'ai commencé par le théâtre, j'ai passé dix ans sur scène au sein d'une compagnie, j'ai adoré cela, j'ai appris mon métier à ce moment-là. Après, je me suis retrouvé confronté au jeu d'acteur face à la caméra, qui a quelque chose de plus retenu. On ne peut pas jouer devant une caméra comme on joue au théâtre, ça devient faux, c'est l'enfer.

 

3/ Le rythme des plateaux de tournage est très soutenu. A ce titre, quelle est votre méthodologie de travail en amont ?

 

J'ai besoin de travailler en amont. Je ne fais pas parti de ces acteurs qui arrivent et qui vont quasiment découvrir leur séquence en direct, avec ce désir d'absolue spontanéité. J'ai cette spontanéité mais j'ai besoin des fondations. J'ai besoin, pour pouvoir trouver l'espace de liberté sur le plateau, sur le décor, avec énormément de personnes et de contraintes techniques autours, de maîtriser suffisamment le parcours de mon personnage et ce que j'ai envie d'y raconter.

 

Pour trouver cette liberté et cette spontanéité, j'ai besoin de connaître mon texte, de comprendre mon personnage, de savoir ce que je vais y raconter. A partir du moment où j'ai tout cela, que j'ai des propositions à faire au metteur au scène, les choses vont plus vite et sont plus simples une fois sur le plateau.

 

Je pense qu'un acteur met en scène son personnage et qu'un metteur en scène met en scène son film. Nous sommes des outils à disposition d'un metteur en scène, d'une histoire. On discute avec lui, on trouve des points d'accord, de désaccord, on y réfléchit ensemble mais l'acteur arrive avec des propositions, avec son personnage réfléchi et pensé.

 

4/ Vous interprétez depuis plus de dix ans le personnage de Xavier, sur TF1, dans «  Camping Paradis  ». Que dire sur cette belle aventure humaine ?

 

C'est une très belle aventure humaine, qui a commencé en juin 2006. A ce moment-là, nous ne sommes pas du tout dans une configuration de série. A aucun moment, je m'imagine, au moment où je réponds à ce coup de fil, où on me propose ce rôle, en parler dix ans plus tard avec vous.

 

On part sur ce que l'on appelle un unitaire. A l'époque, le premier titre était, je crois, «  Le camping des flots bleus  ». Comme cela venait se télescoper avec le film «  Camping  », qui est sorti à la même période, nous avons changé de titre pour devenir «  Camping Paradis  ».

 

On me propose le rôle de Xavier, barman, je connaissais le metteur en scène de cet unitaire avec lequel j'avais fait un film précédemment. On part sur cette aventure, censée se terminer un mois après. Mais c'est un énorme succès, plus de dix millions de téléspectateurs. Du coup, producteur et diffuseur, la chaîne TF1, ont voulu remettre le couvert, forts d'un tel succès. Donc, l'année qui a suivie, nous avons fait un deuxième opus, qui a marché. Et ainsi de suite. La machine s'est mise en route petit à petit. Nous sommes devenus une série au bout de quatre ans environ. Aujourd'hui, nous tournons six épisodes de 90 minutes chaque année, ce qui est énorme actuellement en télévision.

 

C'est un beau parcours professionnel, dix ans de travail dans des conditions quand même franchement exceptionnelles et heureuses, en pleine air, au soleil, sur de la comédie, avec une bonne ambiance. Tout cela est humainement très agréable.

 

Humainement justement, tous ces gens-là sont devenus une famille, des amis. Cela fait dix ans de travail. Avec les acteurs, les techniciens, les metteurs en scène, nous avons partagé une tranche de vie, nous avons traversé les joies, les peines, les accidents de la vie, les bonheurs, les mariages, les naissances, les décès. On a tout vécu ensemble, cela crée des liens, nous sommes une équipe soudée. C'est peut-être l'un des ingrédients du succès de cette série. La sympathie et l'amitié que les téléspectateurs décèlent probablement à l'écran sont bien réelles.

 

5/ Votre personnage de Xavier est quelqu'un, en apparence, de sensible. Comment l'aborder d'un point de vue artistique ?

 

Le parcours du personnage est complexe. Au départ, il est dessiné comme étant barman, beau gosse, plagiste, dans sa caricature un peu dragueur. Au fil des tournages et de ses expériences, je n'avais pas envie de m'enfermer dans ce stéréotype. Cela ne m'intéressait pas. Je voulais y mettre plus de sensibilité et, du coup, d'enfance. Là où l'on a tendance à dire que le personnage est un peu simpliste ou nunuche, j'y vois de l'enfance. Je l'ai un peu construit comme cela, c'est un enfant coincé dans un corps d'adulte. Il est resté enfantin, il a un rapport au monde qui est assez premier degré. Ce qui est, de mon point de vue, touchant, il prend pleine balle toutes les informations. C'est un amoureux, il aime les femmes mais pas au sens du consommateur. Si une femme s'intéresse à lui parce qu'il lui a fait un bon cocktail, cela l'émeut immédiatement, il tombe de suite amoureux. Il est un peu fleur bleu et ça me fait rire d'utiliser cela.

 

L'idée était aussi d'en faire un personnage de comédie et de s'en amuser, d'appuyer le trait pour que cela puisse donner des ressorts de comédie qui fonctionnent, ce qui est très sympa.

 

6/ Pour la suite, quelles orientations aimeriez-vous lui donner ?

 

En corrélation avec les auteurs, nous faisons évoluer les personnages. On reste malgré tout dans cette lignée mais on essaie de faire en sorte que Xavier grandisse avec la série, avec toujours ses réflexes enfantins, émotionnels, avec ses vraies fausses certitudes mais tout en lui imaginant quelque chose de profond à chaque fois.

 

Il y a déjà deux-trois épisodes comme cela, où le personnage est amené à dire des vérités plus profondes qu'il n'en a l'habitude. L'idée étant de vous amener à vous demander si Xavier est si nunuche que cela ou si tout cela ne serait pas une carapace, une protection face au monde extérieur. Est-ce qu'il ne serait pas en train de se protéger derrière l'enfant qu'il est ou qu'il a été pour ne pas affronter les réalités du quotidien  ? C'est un peu ce que l'on se raconte et c'est ce qui va nourrir un peu le personnage je pense.

 

7/ Plus généralement, en plus de ce riche programme, quels sont vos autres envies et projets artistiques du moment ?

 

J'ai envie de retourner au théâtre, c'est quelque chose qui me manque. Ce n'est évidemment pas facile avec les tournages, cela nous prend beaucoup de temps. Comme je le disais, j'ai beaucoup travaillé au théâtre, donc c'est quelque chose que j'aime. J'ai eu l'occasion de partir en tournée il y a deux ans avec Laurent Ournac, sur une envie commune. Nous avons mis à profit notre planning commun pour la comédie «  Du piment dans le caviar  », qui a permis de proposer des personnages totalement différents. Nous avons adoré et nous avions été surpris de voir à quel point cela fonctionnait, à quel point les théâtres affichaient complets. C'était probablement fort de la notoriété de la télévision mais, en tout cas, nous avons pris beaucoup de plaisir.

 

J'ai évidemment envie d'utiliser des ressorts plus profonds et plus sérieux que j'ai en moi, que j'ai pu utiliser auparavant. Nous, acteurs, nourrissons nos personnages de ce que nous sommes, de nos émotions, de nos moments de joie, de nos accidents aussi. On est riche de cela.

 

J'ai envie aussi de séries en télévision, de cinéma, de cinéma à la télévision. Quand je vois des séries comme «  Guyane  » ou «  Le bureau des légendes  »  , cela me parle, me touche, je m'y projette. J'aime beaucoup ces univers-là. Je suis très heureux de voir que, en France, depuis quelques années, nous arrivons à produire de telles séries.

 

Merci Patrick pour votre disponibilité  !

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