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Le médias blog de Julian

Laurent Orry : parcours, passions, actualités - il aborde tous les sujets !

28 Mai 2017 , Rédigé par Julian STOCKY Publié dans #Télévision, #Théâtre

Bonjour Laurent,

 

Quel plaisir de nous entretenir avec vous  !

 

 

1/ Vous êtes un artiste aux multiples casquettes et aux nombreuses expériences, notamment devant la caméra, sur les planches ou bien encore dans la mise en scène. Pourquoi prenez-vous autant de plaisir chaque jour à exercer ce métier ?

 

Être acteur et être metteur en scène, ce n'est pas tout à fait pareil, ce n'est pas le même plaisir. A la limite, cela peut être plus gratifiant d'être acteur car l'on est vu et, si cela marche, on est reconnu dans la rue. Alors que le metteur en scène est plus dans l'ombre.

 

J'ai fait beaucoup de mises en scène de théâtre il y a plusieurs années et, actuellement, je fais de la réalisation de courts-métrages. J'avoue que même si j’aime profondément être acteur, mon ultime plaisir est dans la création de mon univers, pour explorer vraiment mes obsessions.

 

Quand je peux le faire aussi en tant qu'acteur, c'est super. Dans «  Plus belle la vie  », j'ai demandé à ce que mon personnage soit confronté à son passé, à son enfance, soit à travers la figure du père qui revient, soit quelqu’un d’autres, peu importe, mais que son enfance resurgisse d'une manière ou d'une autre. C'est quelque chose qui m’obsède beaucoup, comment on construit sa vie en fonction de enfant que l'on a été, de l’enfance qu’on a eue.

 

En tant qu'auteur ou metteur en scène, on a plus facilement la possibilité d'orienter son art vers ce qui nous intéresse profondément. Le comédien est plus au service d'un réalisateur, d'un scénario. Ce que j'apprécie beaucoup, mais ce n'est pas le même plaisir.

 

Ce métier (je devrais dire: ces métiers!) est aussi une façon de s'inventer, ça aussi c'est un grand plaisir! On ne choisit pas sa famille, ses parents, ni le contexte de ses premières années, mais on peut inventer son présent, son quotidien, on peut faire autre chose que ce qui était peut-être prévu. Même si j’ai le sentiment qu’en ce qui me concerne, rien n’a jamais été prévu  J'ai l'impression non pas de contrôler ma vie mais de la projeter, d'être un peu responsable de cette projection.

 

2/ Retrouvez-vous une certaine complémentarité entre ces différents domaines ?

 

Oui, je crois mais il ne faut pas que cela déborde. Quand on est acteur, il y a un réalisateur et un metteur en scène, il ne s'agit pas de se mettre à leur place. Cela ne veut pas dire se soumettre, mais connaître sa fonction et savoir où l'on a un champ de possible.

 

Il est vrai que naviguer de l'un à l'autre permet d'avoir un peu de recul justement. D'abord de savoir que le réalisateur doit faire face à des problèmes et donc qu’il serait bien de ne pas lui en rajouter. Et, inversement, de comprendre un peu mieux comment fonctionnent les comédiens pour faire attention à leur psychologie. Il y a donc des passerelles.

 

C'est pareil lorsque j'écris. Je viens de rédiger le scénario d'un court-métrage. Traduire ses idées en histoires à travers des personnages a quelque chose de très plaisant, car l'on devine déjà vers quoi et comment on va pouvoir diriger et SE diriger.

 

3/ Quelle est l'expérience qui vous a le plus marqué jusqu'à présent ?

 

Au théâtre, je me souviens d'avoir repris le rôle au pied levé de George Dandin, il y a plusieurs années, pour une tournée à travers la France. Cela a été une vraie rencontre. Parfois l'on ne s'y attend pas, c'est souvent comme cela que ça se passe. Ce que l'on attend est régulièrement décevant et ce que l'on n'attend pas est une belle surprise. Je crois avoir compris vraiment où voulait en venir le metteur en scène et cela a été une révélation.

 

Je me souviens aussi de mon adaptation de Raymond Carver, un nouvelliste américain, que j'avais traduit pour le théâtre. Cela a été une très très belle expérience. Ce sont des histoires du quotidien, de couples. Des sortes de nouvelles Ikéa comme l'a écrit une universitaire. Cela pourrait paraître péjoratif mais, en fait, c'est vrai. Ce sont des gens qui ont sensiblement la même vie, dans un même mobilier et pourtant, à l'intérieur de ça, chacun est particulier. On s'y retrouve tous. Du coup, j'avais fait un décor extrêmement épuré, comme si c'était la même petite maison sur x années avec tous les locataires qui y avaient vécu, avec toutes leurs histoires de couples qui se succédaient. L’inspiration était littéraire, pourtant pour moi, ce spectacle se situait plus entre théâtre et cinéma . Il y a eu des choses vraiment magiques!

 

J'aime beaucoup travailler avec les comédiens pour que, le moment venu, lors des représentations, il y ait plusieurs niveaux de lecture, plusieurs strates qui permettent d'improviser tout en retombant toujours sur ses pieds. Ça amène quelque chose, cela introduit du réel.

 

Et puis, il y a eu la dernière grosse intrigue sur «  Plus belle la vie  », qui a été assez forte. C'est très difficile car le tournage est extrêmement rapide. J'avoue que, pour cette intrigue, je me suis mis à nu. Même si être acteur ce n'est jamais être totalement soi-même, cela passe par nos émotions, nos sentiments, notre corps. Sans la mise à nu, quelque chose d'humain ne sera pas présent. J'y ai mis de moi. J'ai joué avec cette limite, qui est de dire que ce n'est pas moi mais il faut faire comme si, à un moment précis.

 

4/ Vous êtes actuellement l'interprète de Jérôme Belesta dans la série à succès de France 3 « Plus belle la vie ». Que dire sur cette chouette expérience ?

 

C'est d’abord une super ambiance, vraiment. Il n'y a pas de vedette ou de star. C'est très agréable, quand on fait bien son travail, d'avoir tout de suite ce retour des partenaires, des acteurs, des producteurs, des auteurs. J'ai rarement vécu cela sur les plateaux de tournage, où spontanément les gens nous croisent ou nous appellent pour nous dire qu'ils ont beaucoup apprécié ce que l'on fait. Il y a un côté très familial.

 

Comme dans toutes les séries au long court, il y a une possibilité de développement. Nous nous sommes très vite entendus avec Caroline et Théo, qui jouent respectivement la femme et le fils de mon personnage . Nous avons beaucoup de plaisir à nous retrouver, à jouer ensemble.

 

De temps en temps, les auteurs écrivent des choses qui sont inspirées du réel, souvent de faits divers, pour être ancrés dans la réalité sociale. Cela demande un bel engagement d'acteur. J'apprécie beaucoup la qualité du travail de certains comédiens de la série.

 

Seul vrai regret, ce serait mieux si nous avions plus le temps de faire les choses. Mais la diffusion quotidienne, tout au long de l'année, impose ce rythme soutenu. D'une manière ou d'une autre, c'est une expérience formidable. Des idées progressistes y sont véhiculées, notamment ce couple d'homosexuels qui adopte des enfants métisses ou cette fille qui se fait violer par un petit ami et qui porte plainte, car quand on dit non, c’est non! La famille Belesta qui essaye de rester digne malgré ses faibles moyens financiers. Ce qui permet de parler de la fierté des gens dits « défavorisés » et pour qui l’important n'est pas qu’une question d'argent., mais de aussi de respect de soi… C'est vraiment très bien qu'il y ait ce regard humaniste sur autant de sujets.

 

5/ Plus généralement, quelles sont vos autres actualités, projets et envies artistiques actuels ?

 

Je viens de faire un guest dans « Caïn ». Je suis en train de tourner dans une nouvelle série, « Ben », à Nantes, pour France 2, avec entre autres Barbara Schulz. C'est une série policière. Mon personnage pourrait être un frère de Jérôme Belesta, mais en plus nerveux et plus buté. Cela va être bien, je pense. On a toujours peur de côtoyer des vedettes, parfois à juste titre, mais c'est vraiment très agréable de travailler avec des gens comme Barbara, qui est très sympa, et comme Akim Isker, le réalisateur, qui est à la fois très pro et très attentionné.

 

Je mets aussi la dernière main sur un court-métrage que m'ont inspiré des auteurs américains, père et fils, John et Dan Fante. Cela parle de filiation, un thème qui décidément m’obsède. Pour reprendre votre expression, je multiplie les casquettes, puisque je l’ai écrit, je le réalise et je joue dedans. C’est un film fait avec très très peu de moyens, mais comme le disait une fois Maître Martin Scorsese: l’important est que ce soit avant tout un acte d’amour.

 

Merci Laurent d'avoir répondu à nos questions  !

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