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Le médias blog de Julian

Jean Leloup nous dévoile sa nouvelle pièce de théâtre !

24 Novembre 2016 , Rédigé par Julian STOCKY Publié dans #Théâtre

Bonjour Jean,

Merci d’avoir accepté de répondre à quelques questions pour notre blog.

1/ Vous mettez en scène « C’est Noel tant pis » au Bouffon théâtre. Comment présenter cette pièce ? Quelle histoire y est racontée ?

C’est une critique de la famille occidentale où la grand-mère est tellement mise de côté, en bout de table, qu’elle finit par disparaître sous la table, dans un état critique. S’en suit un branlebas de combat…tout le monde cherche la grand-mère sans vraiment la chercher, personne n’est vraiment très heureux de fêter Noël et de se retrouver dans ce jeu de miroirs que constitue la famille.

Ils ont tous des prétextes pour fuir ou attaquer, personne n’a préparé quelque chose… la fille a fait une galette des rois parce qu’il lui restait des amandes et les paquets ne sont pas faits. C’est le désordre total et la mère est bien sûr le centre du foyer… mais elle est très énigmatique puisqu’elle est à la fois dans le déni total et en même temps dans l’envie de disparaitre. Elle n’arrête pas de répéter qu’elle a une famille unie et merveilleuse pour défier sa mère et pour se donner bonne conscience... et tente de mettre tous ses petits soldats au pas… en vain bien entendu… Le spectateur a tout le loisir de constater leur carence affective, qui va se révéler de manière parfois très débridée et étonnante.

Le fils prépare plusieurs surprises que je ne dois pas révéler ici et qui peuvent avoir plusieurs explications. Cette pièce permet aussi de révéler tous les rapports entre père et fils, entre père et fille, posant la question de l’impact de chacun dans le lien familial et la chaleur associée. Finalement, je pense que la grande leçon de ce spectacle est de dire que seule l’action permet le lien et que nous sommes tous responsables du délitement du lien et de notre isolement. Quant à la belle sœur, en permanence stigmatisée : « la pièce rapportée », exprime dés le début son exclusion du faux « clan » (expression de la mère).

En même temps, C’est Noêl, tant pis est l’harmonie de la dysharmonie. C’est peut-être la plus grande originalité de forme de cette pièce… Tout est son et discordance harmonique. J’ai d’ailleurs fait appel à un pianiste pour mettre le désordre dans l’histoire et le pousse chaque fois à aller vers plus de folie, de subversion. Je suis d’ailleurs content d’avoir rencontré ce jeune pianiste compositeur qui montre beaucoup de talent à improviser et qui crée pour l’image et la scène. C’est un plaisir de travailler avec lui… comme avec toute l’équipe d’ailleurs et  les deux talentueuses scénographes qui se complètent dans la créativité et l’originalité. De vrais forces de proposition.

2/ Selon vous, quelles sont les clés de réussite de la pièce ? Pourquoi plaira-t-elle aux spectateurs dans la salle ?

Je la pousse le plus possible vers le rire, mais en même temps, elle est très noire et fait réfléchir sur nous-mêmes, sur nos habitudes à nous isoler tout le temps et à réagir sur tout.

C’est pour cela qu’à la fin de la pièce, juste après avoir apporté  du soin au fils et regroupé tout le monde, je fais en sorte que cela ne dure pas, car l’instinct de chacun est de revenir dans sa coquille. Comme si l’autre était sans un danger, malgré le sang familial, alors que l’on a besoin de lui. Je trouve que c’est une belle allégorie de la famille actuelle et du problème de l’isolement.

Pour répondre plus précisément à votre question, je dirai que c’est un ensemble de talents à l’écoute et en action. Des comédiens engagés d’abord puis d’autres « êtres inspirés » comme la scénographe Lika Guillemot qui mêle son savoir faire dans les volumes et l’espace avec ceux de Pryscille Pulisciano qui est spécialisée dans la couture de luxe, les tissus et leur matière, d’autres aspects esthétiques… notre pianiste découvert : Thomas Pironneau et des maquilleuses intrépides et subtiles comme Clara Pelard et Tahe Sayad. Bien sûr, il y a les comédiens : Carole Calvez, Janine Reguart et Lise Trabaud pour les femmes ainsi qu’Eric Feurstein et William Nogaret pour les hommes.

3/ De façon plus générale, quels sont vos projets et envies artistiques actuels ?

J’aimerais faire tellement de chose !... Je voudrais monter Kean, une pièce très lourde avec de nombreux personnages ou Lorenzaccio… Pour torpiller le système actuel que beaucoup ne veulent plus. C’est une œuvre magnifique qui valorise, à l’inverse, le partage sans cette négociation permanente qui peut exister. Pour avoir du plaisir en respectant l’autre, sans contrepartie systématique.

Je vais aussi jouer « Le journal d’un fou », œuvre avec laquelle j’ai gagné beaucoup de concours. Un metteur en scène vient de me le proposer et il faut que je me dépêche car je n’aurais bientôt plus l’âge du rôle. La folie est toujours délicate à jouer et m’excite beaucoup pour cela, la grande difficulté est d’être sincère.

J’ai aussi une lecture bientôt avec d’autres comédiens pour une autre mise en scène d’un texte de Lars Norén : Pure sur la dureté de la vie de couple… deux couples qui se croisent dans un appartement…

4/ Vous êtes un artiste aux multiples casquettes, comme en témoignent vos expériences aussi sur les plateaux et sur les planches. Qu’est-ce qui vous plait tant dans l’exercice artistique ?

C’est justement l’aspect symphonique des choses. On se rencontre et on est un groupe dans lequel on partage, comme un bon plat, mais en créant. C’est pour cela que j’aime autant le théâtre, il y a quelque chose de magique dans  deux axes : avec d’autres comédiens et avec le public.

L’exercice du jeu est et doit rester quelque chose de jubilatoire où tout le monde vient pour donner de son temps, de sa sueur, pour être à l’écoute de l’autre, rebondir avec l’autre, jouer avec l’autre pour ensuite donner à un public qui va aussi être avec nous, jouer avec nous, être en symbiose avec nous. J’ai envie de dire qu’il y a presque un rapport amoureux double, que je trouve très fort au théâtre. Ce que l’on ne ressent pas au cinéma, sur un tournage, à mon goût, car la technique submerge vite le tout.

Ce fut un plaisir, Jean, d’effectuer cet entretien en votre compagnie !

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