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Le médias blog de Julian

Franck Breuil, décorateur sur les plateaux de tournage, nous raconte sa passion pour son beau métier !

10 Juillet 2016 , Rédigé par Julian STOCKY Publié dans #Télévision

Franck Breuil, décorateur sur les plateaux de tournage, nous raconte sa passion pour son beau métier !

Bonjour Franck,

Merci de nous accorder un peu de votre temps !

1/ Vous êtes actuellement chef décorateur sur la série à succès de TMC « Les Mystères de l’Amour ». Pour commencer, de façon simple, comment décririez-vous votre travail ? En quoi consiste-t-il ?

J’accompagne en fait les personnages dans leur vie quotidienne, c’est-à-dire que je les connais personnellement et individuellement jusqu’au fond de chez eux. Même au fond de leurs secrets. Mon travail consiste alors à mettre en avant chaque personnage en fonction de ce qu’il est.

Jean-Luc Azoulay, la direction artistique, parfois la chaîne, me donnent le descriptif du rôle. A moi ensuite de lui apporter des éléments, des couleurs, des matières qui vont pouvoir confirmer ce qu’est le personnage. Voire donner des indications. Parfois il peut être subtil de voir un cadre qui représente telle ou telle chose, que l’on ne voit pas spontanément mais qui fait partie d’un ensemble.

Je cherche à faire une boite au comédien pour qu’il soit beau dedans. Je travaille donc pour les artistes et pour l’image.

2/ Comment se passe l’élaboration d’un nouveau décor en intérieur ? Quelles en sont les principales étapes ?

Je commence par lire le texte, j’en parle ensuite en réunion, notamment avec Jean-Luc Azoulay. Puis vient la réflexion qui se fait plutôt avec la direction artistique, voire avec le diffuseur TMC directement. Je sollicite donc toutes les personnes qui sont censées donner leur avis sur l’image finale.

Je propose, les gens disposent, nous modifions tant que nous voulons car la décoration est quelque chose d’infini.

Une équipe de professionnels procède ensuite à la fabrication, en travaillant le bois et en assemblant pour constituer les volumes. Suivie par des peintres. Il peut aussi y avoir notamment des sculpteurs, et même tous les métiers du bâtiment.

Les objets y sont faits, toutefois, différemment de la vraie vie. Je n’ai pas besoin qu’un tuyau fonctionne, mais simplement qu’il ressemble à un tuyau. Un interrupteur et les traces de doigts sur le mur m’intéressent, les fils derrière ne me concernent plus. Je travaille uniquement sur ce qui se voit. Avant le tournage, les ensembliers viennent mettre les rideaux et les accessoiristes les biblos.

La durée totale de réalisation est très variable. Typiquement, trois mois se sont écoulés entre l’idée du producteur et la première apparition à l’écran du garage, qui a été recomposé par rapport à celui d’origine. A l’inverse, nous avons tourné ce matin une scène dans le bureau de Roger Girard, le papa d’Hélène. La demande a été formulée il y a une semaine seulement. Ce décor était pourtant dans le texte, mais des modifications ont eu lieu dans le plan de tournage.

Quelles en sont vos principales sources d’inspiration ?

Moi, qui je suis, ce que je pense. Je fais ce que j’ai à faire en fonction de ma façon d’imaginer les choses, évidemment contrôlé et recadré par tout un tas de personnes. Pour éviter d’être certainement hors contexte. C’est donc vraiment le travail de toute l’équipe d’images qui permet d’aboutir au résultat final.

Même l’équipe de tournage intervient dans le décor final, en allumant ou non les lumières, ou en mettant des filtres plus ou moins chauds ou froids. Sans oublier l’étalonnage, qui intervient également dans les couleurs.

Je ne suis donc qu’un élément qui, pour simplifier, met les murs et le papier peint. Pour laisser ensuite la place aux autres qui vont y faire plein de choses.

3/ Une fois un décor en place, quel est votre rôle lors d’un tournage ? Quelles améliorations peuvent ensuite être proposées au fur et à mesure des tournages ?

Sauf en cas d’insatisfaction de la part de l’équipe de production, je n’interviens généralement plus sur un décor. Une fois ce dernier livré la veille du tournage, il ne m’appartient plus et je ne reviens donc pas dessus.

Je passe déjà à un autre décor à venir. Je vis dans « Les Mystères de l’Amour ». Je me lève le matin, je me couche le soir avec la série. Il m’arrive même d’en rêver la nuit. Ce programme m’accompagne au quotidien, avec trois unités de temps : la lecture du texte, la date de diffusion et la date de tournage.

4/ Les décors de la série ne sont pas utilisés au quotidien. Ainsi, comment parvenez-vous à les bichonner ?

Je n’ai pas de méthode particulière. A Bezons, de nombreux décors existent encore, sans pour autant être utilisés. Une chambre d’hôpital, les bureaux de la Tchu Corporation notamment. Nous avons même commencé à en démonter des petits bouts pour faire le garage.

Si je dois, à un moment, remonter un décor ayant déjà existé, j’utilise ma bible de plus de 100 décors dans laquelle j’ai tout noté.

Les décors existent donc le temps du tournage puis soit ils disparaissent, soit ils rejouent. Il arrive même que certains disparaissent avant, ensuite, d’être remontés ailleurs.

5/ Une fois qu’un décor n’est plus utilisé, que devient-il ? Conservez-vous tout ou partie des éléments ?

Tous les éléments d’un décor susceptible de rejouer sont précieusement conservés. Ceux d’un décor qui ne fera plus office rejoignent un grand stock. Mais je sais où les retrouver.

Si l’on veut recréer par exemple la chambre de Chloé d’il y a deux ans, je dispose de tous les documents et nous avons conservé l’ensemble des éléments.

6/ Quant aux décors en extérieur, quelles principales différences, notamment en termes d’organisation, y voyez-vous ?

Je situerais au moins deux décors intérieurs différents : celui qui est naturel et celui qui ne l’est pas. A Bezons, nous n’avons que des décors intérieurs non naturels. Le commissariat peut encore ressembler à un commissariat de quartier parisien, mais tout ce qui est présent dans le hangar est au format studio, c’est du décor façon sitcom.

Autrement dit, c’est une scène, faite pour tourner, contrairement au commissariat. A l’extérieur, c’est comme dans un décor intérieur naturel, à part que les volumes ne sont pas les mêmes et qu’il n’y a pas de cadre. Mais, pour moi, cela ne doit rien changer.

Le rapport aux échelles n’est simplement pas le même en extérieur, il est donc nécessaire, en arrivant, d’appréhender la situation. Le moment des repérages est très important, avec le réalisateur, la régie et, si besoin, l’équipe de production. Pour aborder sur le site ce que l’on voit et ce que l’on veut en faire.

Ce fut un plaisir, Franck, d'échanger avec vous !

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